05/03/2019
DE MAUVAIS DIRIGEANTS ENGENDRENT DE MAUVAIS DIRIGÉS
Pourquoi il faut pointer du doigt la mal gouvernance.
On apprenait d'une étude des Nations Unies de 2015 sur la gestion de l'eau douce, que "la crise mondiale de l'eau est une crise de gouvernance, bien plus que de disponibilité de la ressource."
Mais au-delà même du problème de l'eau, c'est notre cadre de vie en général qui peut être affecté par la mal gouvernance.
Si un État avalise des tentatives de corruption, de plus en plus de gens vont essayer de reproduire les mêmes mauvaises pratiques. Si un État laisse se détériorer le cadre public, la délinquance et les mauvais comportements s'ensuivent.
C'est l'ami Moussa Dieng qui nous rappelle la théorie de la vitre brisée en psychologie, importante pour saisir tout le mal qu'il y a derrière la mal gouvernance.
Cette théorie enseigne que l'absence d'un cadre adéquat engendre des comportements de vandalisme. Quand un État ferme les yeux sur les imperfections de l’environnement urbain (absence de feux de circulation, de trottoirs, de poubelles publiques, de douches publiques, etc.), les transgressions, et donc la sensation que la loi n'existe pas augmentent.
Quand après avoir fini de manger une banane dans la rue, vous vous rendez compte qu'il n'y a pas de poubelle à proximité et que votre environnement immédiat est sale, vous avez tendance à jeter la peau de banane par terre en vous disant "De toutes façons c'est sale." Mais si vous voyez que tout est propre autour de vous, vous hésitez. Vous avez tendance à garder votre peau de banane avec vous jusqu'à la prochaine poubelle.
Donc, la tendance à jeter des déchets dans la rue augmente lorsque nous vivons dans un environnement impropre. Un cadre non adéquat génère donc des incivilités.
Voilà comment la mal gouvernance peut avoir un impact négatif sur le comportement des citoyens que nous sommes.
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""La théorie des fenêtres cassées "
En 1969, à l'Université de Stanford (USA), le professeur Philip Zimbardo a mené une expérience en psychologie sociale. Il a laissé deux voitures abandonnées dans la rue, deux voitures identiques, même marque, modèle et couleur. Une est restée dans le Bronx, un quartier pauvre et troublé de New York et l'autre à Palo Alto, un quartier riche et pacifique de la Californie. Deux voitures identiques abandonnées, deux quartiers avec des populations très différentes et une équipe de spécialistes en psychologie sociale qui étudiaient le comportement des personnes sur chaque site.
Il s'est avéré que la voiture abandonnée dans le Bronx a commencé à être vandalisée en quelques heures. Elle a perdu moteur, rétroviseurs, radio, etc. pneus. Tout ce qui était utilisable a été emporté et ce qui ne l'était pas, a été détruit. Au contraire, la voiture abandonnée à Palo Alto est restée intacte.
Il est fréquent d'attribuer à la pauvreté la cause des crimes. Attribution partagée par les positions idéologiques les plus conservatrices (aussi bien de droite que de gauche). Cependant, l'expérience en question ne s'arrête pas là, lorsque la voiture abandonnée dans le Bronx a été détruite et celle de Palo Alto était en parfait état.
Les chercheurs ont ensuite décidé de briser la vitre du véhicule de Palo Alto. Le résultat a été le déclenchement du même processus du Bronx, avec le vol, la violence et le vandalisme du véhicule, réduit au même état que celui du quartier pauvre.
Pourquoi la vitre brisée d'une voiture garée dans un quartier soi-disant sécurisé est-elle capable de déclencher tout un processus délictueux?
Ce n'est pas à cause de la pauvreté. Il existe évidemment quelque chose qui a à voir avec la psychologie, avec le comportement humain et avec les relations sociales.
La vitre brisée d'une voiture abandonnée transmet une idée de décadence, de désintérêt, d'une négligence qui rompt les codes de coexistence. C'est comme si la loi, les normes et les règles étaient absentes et que plus rien n'a de la valeur. Chaque nouvelle attaque subie par l'automobile réaffirme et multiplie cette idée, jusqu'à ce que l'escalade des événements s'aggrave et devient incontrôlable, menant à la violence irrationnelle.
Des expériences ultérieures (James Q. Wilson et George Killing) ont permis de développer la « théorie des vitres cassées ». D'un point de vue criminologique, cette théorie établit que la criminalité est plus élevée dans les zones où la négligence, la saleté, le désordre et la violence sont les plus élevés.
Si une fenêtre est cassée dans un immeuble et personne ne la répare, bientôt toutes les autres fenêtres seront aussi brisées. Lorsqu'une communauté montre des signes de détérioration, sans que personne ne s’intéresse à l'éviter, les délits vont surgir. Si des « petites fautes » telles que le stationnement dans un lieu interdit, le dépassement de la vitesse limite ou l'irrespect d'un feu rouge ne sont pas sanctionnés, des fautes majeures commenceront à se développer, suivies par des crimes encore plus graves.
Si les parcs et autres espaces publics se laissent détériorer progressivement sans que personne ne prend des mesures pour l'éviter, les lieux seront abandonnés par la population (car les gens ne veulent plus quitter leur maison par crainte des délinquants), et ces mêmes espaces abandonnés seront progressivement occupés par des criminels.
La réponse des studieux était encore plus forte, déclarant que, face à l'abandon et au désordre, de nombreux maux sociaux se développent et l'environnement se dégrade.
Il suffit de voir , par exemple, lorsqu'un parent ne prend pas soin de quelques aspects de la maison, telles que le manque de peinture sur les murs en mauvais état , ou lorsqu'il y a des mauvaises habitudes de nettoyage , de mauvaises habitudes alimentaires , langage déplacé, manque de respect entre les membres de la famille , etc. . , etc. . , etc. . : une négligence des relations interpersonnelles s'installe peu à peu et la famille commence à établir de mauvaises relations avec la société en général, et peut un jour aller jusqu'à la prison .
Celle-ci est peut-être une hypothèse du délabrement de la société, le manque de respect pour les valeurs universelles, le manque de respect de la société envers elle-même et envers les autorités (extorsion et corruption) et vice- versa, la corruption à tous les niveaux, le manque d'éducation et de formation pour la culture urbaine, le manque d'opportunités qui créé un pays avec des fenêtres brisées, avec de nombreuses fenêtres brisées que personne ne semble vouloir réparer.
La théorie des fenêtres brisées a été appliquée pour la première fois au milieu des années 80 dans le métro de New York, qui était devenu la partie la plus dangereuse de la ville. Ils ont commencé à lutter contre les petites transgressions : le graffiti qui détériorait les lieux, la saleté des stations, l'ivresse des usagers, l’évasion du paiement des tickets, les larcins et les troubles. Les résultats ont été évidents...
En ayant commencé par le plus petit on est donc parvenu à sécuriser le métro.
Plus t**d, en 1994, Rudolph Giuliani, maire de New York, basé sur la théorie des fenêtres cassées et l'expérience du métro, a propulsé une politique de « tolérance zéro ».
La stratégie consistait à créer des communautés propres et bien rangées, ne permettant pas des violations de la loi et des règles de la vie urbaine.
Le résultat pratique a été une énorme baisse des taux de criminalité dans la ville de New York.
Le terme « tolérance zéro » sonne comme une sorte de solution autoritaire et répressive, mais son concept principal est plutôt la prévention et la promotion des conditions de sécurité sociale.
Il ne s'agit pas de lyncher le délinquant, ou de l'arrogance de la police, en fait, pour les abus de pouvoir devrait s'appliquer également la tolérance zéro.
Ce n'est pas une tolérance zéro de celui qui a commis le crime, mais une tolérance zéro du délit en lui-même.
Il s'agit de créer des communautés propres, bien rangées, respectueuses de la loi et des codes de base de la coexistence social de l'homme.
Il serait bon de relire encore cette théorie et de la diffuser."
Khadim Ndiaye