28/04/2026
Ecobank Sénégal
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𝐀𝐦𝐚𝐭𝐡 𝐍𝐢𝐚𝐧𝐞, 𝐥’𝐚𝐫𝐜𝐡𝐢𝐭𝐞𝐜𝐭𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐥𝐮𝐦𝐢𝐞̀𝐫𝐞 : 𝐜𝐡𝐫𝐨𝐧𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝’𝐮𝐧 𝐛𝐚̂𝐭𝐢𝐬𝐬𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐮 𝐜𝐢𝐧𝐞́𝐦𝐚 𝐬𝐞́𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐚𝐢𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐦𝐩𝐨𝐫𝐚𝐢𝐧
𝐂𝐡𝐞𝐟 𝐨𝐩𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫, 𝐦𝐨𝐧𝐭𝐞𝐮𝐫, 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫
Sénégal où le cinéma renaît avec force, porté par une nouvelle génération de créateurs audacieux, certains noms s’imposent avec une discrétion éloquente. Celui d’Amath Niane appartient à cette catégorie rare d’artisans de l’image dont le travail, loin du tumulte médiatique, façonne en profondeur l’identité visuelle d’un cinéma en pleine mutation. Chef opérateur, monteur, réalisateur, il est de ceux qui pensent le cadre avant même de déclencher la caméra de ceux qui racontent sans bruit, mais avec une précision redoutable.
𝐔𝐧𝐞 𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐚𝐭𝐫𝐢𝐜𝐞, 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐝𝐢𝐬𝐜𝐢𝐩𝐥𝐢𝐧𝐞 𝐞𝐭 𝐢𝐧𝐭𝐮𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧
Le parcours d’Amath Niane s’ancre dans l’exigence d’une formation d’élite à l’École Supérieure des Arts Visuels de Marrakech, véritable creuset de talents africains. Là où d’autres choisissent une spécialisation, lui opte pour la transversalité. Réalisation, son, montage (promotion 2001), puis image (promotion 2009) : il embrasse le cinéma dans sa globalité, comme un organisme vivant dont chaque organe participe à la narration.
Cette double formation n’est pas un simple cumul de compétences. Elle constitue le socle d’une pensée cinématographique cohérente, où la technique n’est jamais dissociée de l’émotion. Chez lui, le montage respire déjà dans le tournage, la lumière anticipe le récit, et le son épouse les silences.
𝐔𝐧𝐞 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐯𝐢𝐬𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐚𝐮 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐜𝐞 𝐝𝐮 𝐫𝐞́𝐞𝐥
Ce qui frappe dans la trajectoire d’Amath Niane, c’est sa capacité à faire dialoguer esthétique et engagement. Dès ses premières réalisations, il capte les tensions et les espoirs d’une société sénégalaise en transformation. La Cité Claudel, œuvre délicate et immersive, témoigne de cette volonté de plonger au cœur des réalités sociales sans jamais céder au didactisme.
Son regard se pose également sur la scène rap sénégalaise, qu’il documente avec une sensibilité rare. Plus qu’un simple sujet, il y perçoit une pulsation, une parole brute, un espace de résistance et d’affirmation identitaire. Chez Niane, la caméra devient alors témoin, mais aussi complice.
𝐋𝐞 𝐦𝐚𝐢̂𝐭𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐥𝐮𝐦𝐢𝐞̀𝐫𝐞 : 𝐮𝐧𝐞 𝐬𝐢𝐠𝐧𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐢𝐧𝐜𝐨𝐧𝐭𝐨𝐮𝐫𝐧𝐚𝐛𝐥𝐞
C’est cependant en tant que directeur de la photographie qu’il impose avec le plus de force sa signature. Son travail sur J’existe de Demba Dia, Xalé Bu Rérr / Un enfant perdu de Abdou Khadir Ndiaye, ou encore Un air de kora de Angèle Diabang, récompensé au FESPACO 2019, révèle une approche profondément sensorielle de l’image.
Sa lumière ne se contente pas d’éclairer : elle sculpte, suggère, révèle. Elle épouse les visages, caresse les textures, épouse les silences. Chaque plan semble habité par une tension invisible, une humanité fragile qu’il capte avec une précision presque tactile.
𝐋𝐞 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐚𝐠𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 : 𝐮𝐧𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐨𝐥𝐞 𝐚𝐟𝐟𝐢𝐫𝐦𝐞́𝐞
Lorsqu’il passe derrière la caméra en tant que réalisateur, Amath Niane ne change pas de langage il l’approfondit. Avec Xalé, les blessures de l’enfance (2022), il explore les traumatismes silencieux et les cicatrices invisibles de l’enfance. Le mouton de Sada (2023) prolonge cette réflexion en interrogeant les traditions et leurs contradictions.
Mais c’est avec Une si longue lettre (2025), adaptation contemporaine du roman culte de Mariama Bâ, qu’il franchit un cap décisif. En revisitant cette œuvre majeure, il ne se contente pas d’un hommage : il en propose une relecture visuelle, ancrée dans les réalités actuelles, où les questions de genre, de transmission et de liberté résonnent avec une intensité nouvelle.
𝐁𝐎𝐔𝐋 𝐅𝐀𝐋𝐋𝐄 𝐈𝐌𝐀𝐆𝐄𝐒 : 𝐜𝐫𝐞́𝐞𝐫, 𝐩𝐫𝐨𝐝𝐮𝐢𝐫𝐞, 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐦𝐞𝐭𝐭𝐫𝐞
Conscient que le cinéma ne se limite pas à la création individuelle, Amath Niane cofonde à Dakar, aux côtés de la réalisatrice Rama Thiaw, la société BOUL FALLE IMAGES. Plus qu’une structure de production, BFI se veut un espace de résistance artistique, un incubateur de récits ancrés dans les réalités africaines.
À travers cette initiative, il participe à l’émergence d’un cinéma indépendant, affranchi des regards extérieurs, capable de raconter l’Afrique depuis elle-même, avec ses codes, ses contradictions et sa richesse.
𝐔𝐧 𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐢𝐟, 𝐚𝐮 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐜𝐞 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐟𝐞𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧
Au-delà de l’artiste, il y a le bâtisseur. Élu président de l’Association des techniciens de l’audiovisuel et du cinéma sénégalais (ATACS), Amath Niane s’engage pour la reconnaissance et la structuration des métiers techniques, souvent relégués à l’ombre.
Sa réélection à l’unanimité illustre l’estime de ses pairs, mais surtout la pertinence de son action. Sous son impulsion, l’ATACS s’inscrit dans une dynamique continentale en rejoignant la Fédération panafricaine des cinéastes lors du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de, Ouagadougou, renforçant ainsi les passerelles entre professionnels africains.
𝐔𝐧𝐞 𝐦𝐞́𝐦𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐞𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧
Amath Niane appartient à cette génération qui ne se contente pas de faire des films : elle construit une mémoire. Une mémoire visuelle, sensible, profondément enracinée dans les réalités contemporaines.
Dans un monde saturé d’images, il choisit la justesse plutôt que l’abondance, la profondeur plutôt que l’effet. Son cinéma qu’il soit derrière la caméra ou dans l’ombre d’un projecteur capte l’essentiel : l’humain, dans toute sa complexité.
Et c’est peut-être là que réside sa véritable force : dans cette capacité à transformer chaque image en trace, chaque lumière en mémoire, chaque film en fragment d’histoire.
✍𝐏𝐚𝐫 𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘 / À 𝐥𝐚 𝐜𝐫𝐨𝐢𝐬é𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐚𝐢𝐭𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥'𝐚𝐧𝐚𝐥𝐲𝐬𝐞