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28/04/2026

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𝐀𝐦𝐚𝐭𝐡 𝐍𝐢𝐚𝐧𝐞, 𝐥’𝐚𝐫𝐜𝐡𝐢𝐭𝐞𝐜𝐭𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐥𝐮𝐦𝐢𝐞̀𝐫𝐞 : 𝐜𝐡𝐫𝐨𝐧𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝’𝐮𝐧 𝐛𝐚̂𝐭𝐢𝐬𝐬𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐮 𝐜𝐢𝐧𝐞́𝐦𝐚 𝐬𝐞́𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐚𝐢𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐦𝐩𝐨𝐫𝐚𝐢𝐧
𝐂𝐡𝐞𝐟 𝐨𝐩𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫, 𝐦𝐨𝐧𝐭𝐞𝐮𝐫, 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫
Sénégal où le cinéma renaît avec force, porté par une nouvelle génération de créateurs audacieux, certains noms s’imposent avec une discrétion éloquente. Celui d’Amath Niane appartient à cette catégorie rare d’artisans de l’image dont le travail, loin du tumulte médiatique, façonne en profondeur l’identité visuelle d’un cinéma en pleine mutation. Chef opérateur, monteur, réalisateur, il est de ceux qui pensent le cadre avant même de déclencher la caméra de ceux qui racontent sans bruit, mais avec une précision redoutable.

𝐔𝐧𝐞 𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐚𝐭𝐫𝐢𝐜𝐞, 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐝𝐢𝐬𝐜𝐢𝐩𝐥𝐢𝐧𝐞 𝐞𝐭 𝐢𝐧𝐭𝐮𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧
Le parcours d’Amath Niane s’ancre dans l’exigence d’une formation d’élite à l’École Supérieure des Arts Visuels de Marrakech, véritable creuset de talents africains. Là où d’autres choisissent une spécialisation, lui opte pour la transversalité. Réalisation, son, montage (promotion 2001), puis image (promotion 2009) : il embrasse le cinéma dans sa globalité, comme un organisme vivant dont chaque organe participe à la narration.
Cette double formation n’est pas un simple cumul de compétences. Elle constitue le socle d’une pensée cinématographique cohérente, où la technique n’est jamais dissociée de l’émotion. Chez lui, le montage respire déjà dans le tournage, la lumière anticipe le récit, et le son épouse les silences.

𝐔𝐧𝐞 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐯𝐢𝐬𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐚𝐮 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐜𝐞 𝐝𝐮 𝐫𝐞́𝐞𝐥
Ce qui frappe dans la trajectoire d’Amath Niane, c’est sa capacité à faire dialoguer esthétique et engagement. Dès ses premières réalisations, il capte les tensions et les espoirs d’une société sénégalaise en transformation. La Cité Claudel, œuvre délicate et immersive, témoigne de cette volonté de plonger au cœur des réalités sociales sans jamais céder au didactisme.
Son regard se pose également sur la scène rap sénégalaise, qu’il documente avec une sensibilité rare. Plus qu’un simple sujet, il y perçoit une pulsation, une parole brute, un espace de résistance et d’affirmation identitaire. Chez Niane, la caméra devient alors témoin, mais aussi complice.

𝐋𝐞 𝐦𝐚𝐢̂𝐭𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐥𝐮𝐦𝐢𝐞̀𝐫𝐞 : 𝐮𝐧𝐞 𝐬𝐢𝐠𝐧𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐢𝐧𝐜𝐨𝐧𝐭𝐨𝐮𝐫𝐧𝐚𝐛𝐥𝐞
C’est cependant en tant que directeur de la photographie qu’il impose avec le plus de force sa signature. Son travail sur J’existe de Demba Dia, Xalé Bu Rérr / Un enfant perdu de Abdou Khadir Ndiaye, ou encore Un air de kora de Angèle Diabang, récompensé au FESPACO 2019, révèle une approche profondément sensorielle de l’image.
Sa lumière ne se contente pas d’éclairer : elle sculpte, suggère, révèle. Elle épouse les visages, caresse les textures, épouse les silences. Chaque plan semble habité par une tension invisible, une humanité fragile qu’il capte avec une précision presque tactile.

𝐋𝐞 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐚𝐠𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 : 𝐮𝐧𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐨𝐥𝐞 𝐚𝐟𝐟𝐢𝐫𝐦𝐞́𝐞
Lorsqu’il passe derrière la caméra en tant que réalisateur, Amath Niane ne change pas de langage il l’approfondit. Avec Xalé, les blessures de l’enfance (2022), il explore les traumatismes silencieux et les cicatrices invisibles de l’enfance. Le mouton de Sada (2023) prolonge cette réflexion en interrogeant les traditions et leurs contradictions.
Mais c’est avec Une si longue lettre (2025), adaptation contemporaine du roman culte de Mariama Bâ, qu’il franchit un cap décisif. En revisitant cette œuvre majeure, il ne se contente pas d’un hommage : il en propose une relecture visuelle, ancrée dans les réalités actuelles, où les questions de genre, de transmission et de liberté résonnent avec une intensité nouvelle.

𝐁𝐎𝐔𝐋 𝐅𝐀𝐋𝐋𝐄 𝐈𝐌𝐀𝐆𝐄𝐒 : 𝐜𝐫𝐞́𝐞𝐫, 𝐩𝐫𝐨𝐝𝐮𝐢𝐫𝐞, 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐦𝐞𝐭𝐭𝐫𝐞
Conscient que le cinéma ne se limite pas à la création individuelle, Amath Niane cofonde à Dakar, aux côtés de la réalisatrice Rama Thiaw, la société BOUL FALLE IMAGES. Plus qu’une structure de production, BFI se veut un espace de résistance artistique, un incubateur de récits ancrés dans les réalités africaines.
À travers cette initiative, il participe à l’émergence d’un cinéma indépendant, affranchi des regards extérieurs, capable de raconter l’Afrique depuis elle-même, avec ses codes, ses contradictions et sa richesse.

𝐔𝐧 𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐢𝐟, 𝐚𝐮 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐜𝐞 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐟𝐞𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧
Au-delà de l’artiste, il y a le bâtisseur. Élu président de l’Association des techniciens de l’audiovisuel et du cinéma sénégalais (ATACS), Amath Niane s’engage pour la reconnaissance et la structuration des métiers techniques, souvent relégués à l’ombre.
Sa réélection à l’unanimité illustre l’estime de ses pairs, mais surtout la pertinence de son action. Sous son impulsion, l’ATACS s’inscrit dans une dynamique continentale en rejoignant la Fédération panafricaine des cinéastes lors du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de, Ouagadougou, renforçant ainsi les passerelles entre professionnels africains.

𝐔𝐧𝐞 𝐦𝐞́𝐦𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐞𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧
Amath Niane appartient à cette génération qui ne se contente pas de faire des films : elle construit une mémoire. Une mémoire visuelle, sensible, profondément enracinée dans les réalités contemporaines.
Dans un monde saturé d’images, il choisit la justesse plutôt que l’abondance, la profondeur plutôt que l’effet. Son cinéma qu’il soit derrière la caméra ou dans l’ombre d’un projecteur capte l’essentiel : l’humain, dans toute sa complexité.
Et c’est peut-être là que réside sa véritable force : dans cette capacité à transformer chaque image en trace, chaque lumière en mémoire, chaque film en fragment d’histoire.

✍𝐏𝐚𝐫 𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘 / À 𝐥𝐚 𝐜𝐫𝐨𝐢𝐬é𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐚𝐢𝐭𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥'𝐚𝐧𝐚𝐥𝐲𝐬𝐞

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27/04/2026


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𝐂𝐥𝐚𝐫𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐓𝐡𝐨𝐦𝐚𝐬 𝐃𝐞𝐥𝐠𝐚𝐝𝐨 : 𝐥’𝐚𝐫𝐭𝐢𝐬𝐚𝐧 𝐝𝐢𝐬𝐜𝐫𝐞𝐭 𝐪𝐮𝐢 𝐚 𝐟𝐚𝐜̧𝐨𝐧𝐧𝐞́ 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐦𝐚𝐠𝐞𝐬 𝐝𝐮 𝐜𝐢𝐧𝐞́𝐦𝐚 𝐬𝐞́𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐚𝐢𝐬
Dans l’histoire du cinéma africain, certains noms brillent sous les projecteurs, tandis que d’autres, plus discrets, en constituent les fondations invisibles. Clarence Thomas Delgado appartient à cette seconde catégorie : celle des bâtisseurs, des passeurs, des hommes de l’ombre dont le regard a contribué à écrire quelques-unes des pages les plus marquantes du septième art sénégalais.

𝗨𝗻𝗲 𝘁𝗿𝗮𝗷𝗲𝗰𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗗𝗮𝗸𝗮𝗿, 𝗹’𝗘𝘂𝗿𝗼𝗽𝗲 𝗲𝘁 𝗹’𝗔𝗹𝗴𝗲́𝗿𝗶𝗲
Né en 1953 à Dakar dans une famille d’origine cap-verdienne, Delgado grandit dans un environnement ouvert sur le monde, nourri par les circulations culturelles et diplomatiques. Très tôt, son destin s’écrit entre plusieurs continents : de la Suisse au Portugal, où il rejoint son oncle, ambassadeur du Sénégal, il s’imprègne d’une vision cosmopolite qui influencera durablement son approche du cinéma.
À Lisbonne, il intègre l’Institut portugais du cinéma, où il se forme à la réalisation et à la production. Mais c’est en 1977, au sein de la Radiodiffusion-Télévision Algérienne, qu’il affine son regard en tant que cadreur. Là, il apprend la rigueur de l’image, la précision du geste technique, et développe une sensibilité visuelle qui deviendra sa signature.

𝐀𝐮𝐱 𝐜𝐨̂𝐭𝐞́𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐠𝐞́𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐝𝐮 𝐜𝐢𝐧𝐞́𝐦𝐚 𝐚𝐟𝐫𝐢𝐜𝐚𝐢𝐧
De retour au Sénégal, Delgado s’inscrit dans une dynamique collective fondatrice. Il devient assistant opérateur, puis premier assistant réalisateur, et collabore avec les plus grandes figures du cinéma africain. Aux côtés de Ousmane Sembène, il participe à des œuvres majeures telles que Le Camp de Thiaroye, Guelwaar, Faat Kiné ou encore Moolaadé.
Son parcours le mène également à travailler sur des productions internationales comme Les Caprices d'un fleuve de Bernard Giraudeau ou Toubab Bi de Moussa Touré.
À chaque projet, Delgado s’impose comme un technicien rigoureux et un collaborateur précieux, capable de traduire en images les ambitions des réalisateurs les plus exigeants.

𝐋𝐞 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐚𝐠𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 : 𝐮𝐧𝐞 𝐯𝐨𝐢𝐱 𝐬𝐢𝐧𝐠𝐮𝐥𝐢𝐞̀𝐫𝐞
Après plus d’une décennie passée à apprendre auprès des maîtres, Clarence Delgado franchit un cap décisif : celui de la réalisation. En 1991, il signe son premier long métrage, Niiwan (également orthographié Niiwam), adapté d’une nouvelle de Ousmane Sembène.
Le film reçoit le prestigieux Prix OCIC au Festival international du film d’Amiens, consacrant ainsi une œuvre à la fois intime et profondément ancrée dans les réalités sociales sénégalaises. Avec Niiwan, Delgado affirme une écriture cinématographique sobre, attentive aux silences, aux tensions familiales et aux fractures sociales.

𝐏𝐫𝐨𝐝𝐮𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫, 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐞𝐮𝐫 𝐞𝐭 𝐟𝐢𝐠𝐮𝐫𝐞 𝐢𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥𝐥𝐞
Au-delà de la réalisation, Delgado s’engage activement dans la structuration du cinéma sénégalais. Il produit notamment L’Appel des arènes de Cheikh A. Ndiaye, contribuant à faire émerger de nouvelles voix.
Son implication dépasse le cadre artistique : en tant que président de l’organisation Cinéastes Sénégalais Associés, il joue un rôle clé dans la défense des intérêts des professionnels du secteur, participant à la consolidation d’une industrie cinématographique nationale encore fragile.

𝐋’𝐡𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐠𝐞 𝐝’𝐮𝐧 𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐨𝐦𝐛𝐫𝐞
Clarence Thomas Delgado n’est peut-être pas le nom le plus médiatisé du cinéma africain, mais son empreinte est indélébile. À travers ses collaborations, ses réalisations et son engagement institutionnel, il incarne une génération de cinéastes qui ont œuvré avec passion et exigence à la construction d’un cinéma africain libre, engagé et profondément humain.
Son parcours raconte, en filigrane, l’histoire d’un cinéma en mouvement : un cinéma qui traverse les frontières, dialogue avec le monde, et continue de puiser sa force dans ses racines.

𝐅𝐢𝐥𝐦𝐨𝐠𝐫𝐚𝐩𝐡𝐢𝐞
Les films de Delgado comprennent :
1981 En résidence surveillée par Paulin Soumanou Vieyra long métrage de fiction politique -Assistant
1987 Camp de Thiaroye par Ousmane Sembène - long métrage dramatique historique - Directeur adjoint
1988 Niiwam Long métrage dramatique, adaptation d'une nouvelle d'Ousmane Sembène Réalisateur, scénariste
1996 Les Caprices d'un fleuve -de Bernard Giraudeau long métrage dramatique historique - Directeur adjoint
1997 TGV par Moussa Touré Comédie dramatique - Acteur
1999 Héroïsme au quotidien d’Ousmane Sembène Court métrage dramatique - Directeur adjoint
2002 Fatima, l'Algérienne de Dakar de Med Hondo - long métrage dramatique Coproducteur
2004 Moolaadé par Ousmane Sembène long métrage dramatique - Directeur adjoint
2005 L'Appel des arènes de Cheikh Ndiaye -Long métrage dramatique, adaptation du roman D’Aminata Sow Fall - Assistant réalisateur, coscénariste, coproducteur
2012 Moi Zaphira ! Par Apolline Traoré - long métrage dramatique -Directeur adjoint
2015 Lune est tombée de Gahité Fofana - long métrage dramatique - Directeur adjoint
2021 Que le Père soit - long métrage dramatique - Directeur

𝐏𝐫𝐢𝐱 𝐅𝐞𝐬𝐭𝐢𝐯𝐚𝐥
Niiwam -Festival international du film d'Amiens (FIFAM) - Lauréat du prix OCIC 1991

✍𝐏𝐚𝐫 𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘 / À 𝐥𝐚 𝐜𝐫𝐨𝐢𝐬é𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐚𝐢𝐭𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥'𝐚𝐧𝐚𝐥𝐲𝐬𝐞

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25/04/2026


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🇳🇪 @@ fansUU.S. Embassy Niamey@Niamey
𝐑𝐚𝐡𝐦𝐚𝐭𝐨𝐮 𝐊𝐞𝐢̈𝐭𝐚 𝐔𝐧𝐞 𝐜𝐢𝐧𝐞́𝐚𝐬𝐭𝐞 𝐞𝐧𝐠𝐚𝐠𝐞́𝐞, 𝐚𝐮 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐜𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐯𝐢𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞𝐬.
Figure singulière et indocile du cinéma africain contemporain, Rahmatou Keïta s’impose comme une voix rare, à la croisée du journalisme, de la littérature et de l’image. Depuis le début des années 1990, son parcours dessine une trajectoire exigeante, nourrie par une conviction forte : raconter l’Afrique depuis son propre regard, sans filtres ni concessions. Portrait d’une bâtisseuse de mémoire, d’une passeuse d’histoires et d’une combattante de l’image.

𝐔𝐧𝐞 𝐢𝐝𝐞𝐧𝐭𝐢𝐭𝐞́ 𝐩𝐥𝐮𝐫𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐥𝐞 𝐜𝐫𝐞́𝐚𝐭𝐢𝐟
Née au Niger, Rahmatou Keïta revendique une filiation symbolique avec Soundiata Keïta, figure fondatrice de l’histoire mandingue. Une référence qui dépasse le simple héritage pour devenir une posture artistique et politique : celle d’une femme enracinée dans les mémoires du Sahel.
D’origine peule, songhaï et mandingue, elle incarne une Afrique plurielle, faite de croisements, de langues et de récits entremêlés. Cette richesse culturelle, loin d’être un décor, irrigue profondément son œuvre. Chez elle, chaque film devient un territoire où les identités dialoguent, se confrontent et se réinventent.

𝐃𝐞 𝐥𝐚 𝐩𝐥𝐮𝐦𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐜𝐚𝐦𝐞́𝐫𝐚 : 𝐮𝐧𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐣𝐞𝐜𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐦𝐚𝐢̂𝐭𝐫𝐢𝐬𝐞́𝐞
Avant de s’imposer derrière la caméra, Rahmatou Keïta fait ses armes dans le journalisme. Formée à la philosophie et à la linguistique à Paris, elle s’illustre sur plusieurs chaînes européennes, où son regard affûté et sa sensibilité culturelle séduisent rapidement.

C’est avec l’émission L'Assiette anglaise, diffusée sur France 2, qu’elle accède à une reconnaissance notable, couronnée par un prestigieux 7 d’or en 2005. Mais déjà, une autre ambition se dessine : dépasser le commentaire pour créer, passer de la narration journalistique à l’écriture cinématographique.

𝐔𝐧𝐞 𝐜𝐢𝐧𝐞́𝐚𝐬𝐭𝐞 𝐞𝐧𝐠𝐚𝐠𝐞́𝐞, 𝐚𝐮 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐜𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐯𝐢𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞𝐬
Très tôt, elle bifurque vers la réalisation et signe la série documentaire Femmes d’Afrique (1993–1997), une fresque en 26 épisodes qui dresse le portrait de femmes inspirantes à travers le continent. Œuvre pionnière, diffusée sur plusieurs chaînes africaines, elle impose d’emblée une ligne éditoriale claire : donner la parole à celles que l’histoire marginalise.

Dans la foulée, elle fonde sa structure indépendante, Sonrhay Empire Productions, affirmant une volonté d’autonomie artistique dans un environnement souvent contraint par les logiques de financement extérieures.

𝐑𝐞𝐬𝐭𝐚𝐮𝐫𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐦𝐞́𝐦𝐨𝐢𝐫𝐞 : 𝐀𝐥’𝐥𝐞̀𝐞̀𝐬𝐬𝐢…, 𝐮𝐧 𝐚𝐜𝐭𝐞 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫
En 2005, elle franchit un cap décisif avec Al’lèèssi…, un documentaire puissant consacré aux pionnières du cinéma africain, notamment Zalika Souley. Présenté au Festival de Cannes, le film s’impose comme une œuvre majeure.

Récompensé par le prix Sojourner Truth et salué dans plusieurs festivals internationaux, ce long métrage dépasse le simple hommage. Il agit comme une réparation symbolique, redonnant une visibilité à celles que l’histoire officielle a trop souvent reléguées dans l’ombre.

𝐙𝐢𝐧’𝐧𝐚𝐚𝐫𝐢𝐲𝐚̂ ! : 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐝𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐞𝐭 𝐦𝐨𝐝𝐞𝐫𝐧𝐢𝐭𝐞́
Avec Zin’naariyâ ! (The Wedding Ring) en 2016, Rahmatou Keïta confirme son talent de conteuse. À travers une histoire d’amour délicate, elle explore les tensions entre modernité et traditions sahéliennes, tout en célébrant la diversité linguistique du Niger.

Le film marque un tournant historique : pour la première fois, le Niger est sélectionné aux Oscars dans la catégorie du film en langue étrangère lors de la 91e cérémonie. Une reconnaissance majeure, obtenue au prix d’un combat acharné.

Car derrière cette consécration se cache une réalité plus rude : celle d’une cinéaste contrainte de défendre son œuvre avec des moyens limités, menant elle-même une campagne de promotion à Hollywood. Une bataille révélatrice des inégalités structurelles du cinéma mondial.

𝐔𝐧𝐞 𝐯𝐨𝐢𝐱 𝐦𝐢𝐥𝐢𝐭𝐚𝐧𝐭𝐞, 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐦𝐢𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐭 𝐡𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐠𝐞
Au-delà de ses films, Rahmatou Keïta est une actrice engagée du paysage culturel africain. Membre fondatrice de l’Association panafricaine pour la culture, elle œuvre à créer des ponts entre les générations et les territoires.

Son cinéma devient alors un espace de transmission, un lieu où se croisent mémoire et futur. Cette dynamique se prolonge jusque dans sa sphère intime, avec sa fille, Magaajyia Silberfeld, qui s’inscrit à son tour dans le sillage d’un cinéma libre et audacieux.

𝐔𝐧𝐞 𝐩𝐢𝐨𝐧𝐧𝐢𝐞̀𝐫𝐞 𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐫𝐜𝐡𝐞, 𝐮𝐧 𝐜𝐨𝐦𝐛𝐚𝐭 𝐞𝐧𝐜𝐨𝐫𝐞 𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐭
Rahmatou Keïta ne se contente pas de réaliser des films : elle ouvre des brèches dans un système encore largement dominé par des regards extérieurs. Son ambition dépasse la reconnaissance individuelle. Elle incarne une lutte plus vaste : celle d’un cinéma africain autonome, affranchi et profondément enraciné dans ses réalités.

À travers chaque œuvre, elle impose une évidence : les récits africains n’ont pas à demander la permission d’exister. Ils doivent s’écrire, se filmer et se projeter, partout dans le monde. Et dans ce combat, Rahmatou Keïta avance, inlassablement — comme une pionnière moderne, déterminée à faire entrer l’Afrique dans le champ, et surtout, à lui redonner la parole.

𝐅𝐢𝐥𝐦𝐨𝐠𝐫𝐚𝐩𝐡𝐢𝐞
Longs métrages
𝐀𝐧𝐧𝐞́𝐞 𝐓𝐢𝐭𝐫𝐞 𝐍𝐨𝐭𝐞𝐬
2017 J'ai fait ce rêve
2016 L'alliance
2014 L'anneau d'or
2004 À l'lèèssi… Prix du meilleur documentaire (Montréal)
2001 Tout sur les psychanalystes
1999 Juste à cause d'une photo !
1990 Djassaree

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐯𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧
1993–1997 Femmes d'Afrique

✍𝐏𝐚𝐫 𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘 / À 𝐥𝐚 𝐜𝐫𝐨𝐢𝐬é𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐚𝐢𝐭𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥'𝐚𝐧𝐚𝐥𝐲𝐬𝐞

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