17/08/2026
ORPAILLAGE ILLÉGAL : 4 000 MILLIARDS DE PERDUS… ET TOUJOURS LE SILENCE !
On ne peut pas perdre chaque année des milliers de milliards de francs CFA et prétendre mener sérieusement la lutte contre l’orpaillage illégal.
Les chiffres annoncés sont vertigineux : près de 100 tonnes d’or extraites illégalement chaque année, pour une valeur estimée à plus de 4 000 milliards de FCFA, avec un manque à gagner fiscal d’environ 700 milliards de FCFA.
Alors une question s’impose : comment un État qui connaît l’ampleur du phénomène peut-il laisser celui-ci prospérer aussi longtemps ?
Depuis des années, les alertes s’accumulent. Les sites clandestins ne sont pas invisibles. Les engins lourds ne tombent pas du ciel. Les flux de personnes, les commerces, les activités autour des zones d’exploitation et les réseaux qui permettent à tout cela de fonctionner ne peuvent raisonnablement être considérés comme totalement inconnus des services de l’État.
Et pourtant, lorsqu’il s’agit de réseaux sociaux, l’État sait parfois se montrer extrêmement rapide et ferme. Des propos sont poursuivis, des publications sanctionnées, des condamnations tombent.
Mais face à un phénomène qui détruit les terres, pollue les eaux, fragilise les communautés et prive les caisses publiques de centaines de milliards, on entend encore parler de difficultés à agir.
Pourquoi cette différence de traitement ?
Si l’État dispose des moyens de renseignement, de sécurité, de contrôle territorial et de répression nécessaires pour faire respecter la loi, alors il doit expliquer pourquoi l’orpaillage clandestin continue de prospérer.
Car 4 000 milliards de FCFA par an, ce n’est pas une petite perte.
À titre purement illustratif, si 1 kilomètre de route coûtait 1 milliard de FCFA, cette somme représenterait 4 000 kilomètres de routes.
À environ 37,3 milliards de FCFA pour un CHU, elle représenterait plus d’une centaine de CHU.
À 1,6 milliard pour un groupe scolaire d’excellence, elle représenterait environ 2 500 établissements.
Voilà ce que signifie concrètement l'argent qui échappe chaque année à la collectivité.
Et la corruption soulève la même interrogation. On ne peut pas proclamer une guerre contre les détournements, puis rester silencieux lorsque les pratiques corruptives semblent gagner du terrain.
Un État sérieux ne choisit pas les fléaux qu’il combat selon leur visibilité médiatique. Il combat ceux qui mettent en danger l’intérêt général.
Dès lors, une exigence légitime s’impose : où sont les contrôles ? Où sont les audits ? Où sont les enquêtes ? Où sont les responsabilités ?
Dans les zones où l’orpaillage illégal sévit depuis des années, pourquoi ne pas renforcer les contrôles administratifs, financiers et patrimoniaux, dans le strict respect de la loi, afin d’identifier les complicités éventuelles ?
Pourquoi l’Assemblée nationale ne ferait-elle pas de ce phénomène un véritable sujet d’enquête et d’évaluation des politiques publiques ?
Pourquoi ceux qui ont la responsabilité de protéger l’environnement, les ressources naturelles et le patrimoine national ne devraient-ils pas régulièrement rendre compte de leurs résultats ?
Il ne suffit plus de constater les dégâts.
Il faut expliquer l’inaction, identifier les responsabilités et agir.
Car lorsqu’un phénomène aussi massif persiste malgré les alertes, les pertes financières et les dégâts environnementaux, le peuple est en droit de demander des comptes.
Et surtout, il faut éviter une dangereuse inversion des responsabilités : lorsqu’un individu commet une infraction, il répond de ses actes. Mais lorsque des pratiques illégales prospèrent pendant des années sur un territoire, la question de l’efficacité de l’État, de ses contrôles et de ses institutions doit également être posée.
Les citoyens n’attendent pas des excuses.
Ils attendent des résultats.
Parce que 4 000 milliards de FCFA par an, ce ne sont pas seulement des chiffres.
Ce sont des écoles qui manquent, des routes qui ne sont pas construites, des hôpitaux qui pourraient sauver des vies et un avenir collectif qui s’évapore sous nos yeux.
Alors, qui protège réellement l’or de la Côte d’Ivoire… et qui profite de sa disparition ?