21/06/2026
DNA un bel hommage au chef
Anne Muller - 19 juin 2026
Sainte-Marie-aux-Mines : son chœur de Valentin bat la mesure avec entrain
Créée il y a 68 ans par André Valentin et dirigée aujourd’hui par son fils Jean-Marc, la chorale du Lycée de Sainte-Marie-aux-Mines n’est plus un chœur d’élèves depuis des lustres, mais un ensemble d’une cinquantaine d’adultes qui interprètent des chansons d’un répertoire majoritairement français et contemporain.
Anne Muller –
La chorale du Lycée aurait pu être rebaptisée “chorale des Valentin”, tant la famille est impliquée dans cet ensemble. C’est le patriarche, André, qui l’avait créée en 1958, alors qu’il était prof d’allemand au lycée général de Sainte-Marie-aux-Mines. Au premier étage du bâtiment, sa salle de classe est restée le lieu de répétition de la belle saison, quand le chauffage n’est pas nécessaire. Sinon, c’est au foyer de la piscine que les voix s’élèvent, tous les mardis soir et samedis après-midi.
Aujourd’hui, il n’y a plus de lycéens impliqués, mais majoritairement des adultes, parfois des anciens de l’établissement. Si André, ni son indéfectible soutien, son épouse Colette, ne sont plus de ce monde, leurs quatre enfants poursuivent l’œuvre familiale. Leurs deux filles, les sopranos Michèle, l’aînée de la fratrie, et Christine, assurent la logistique du groupe, et les deux garçons, l’aspect plus musical : Philippe, le petit dernier, accompagne les choristes au piano, et assure certaines harmonisations de partitions, tandis que Jean-Marc, a pris la direction. Et leurs 11 enfants ? Ils sont tous, à un moment donné, passés par la chorale, même s’ils ont trouvé d’autres loisirs.
La chorale du Lycée s’époumone à quatre voix, deux chez les dames, deux chez les messieurs. Le chef ne les mène pas à la baguette, il dirige à mains nues, depuis 2012. « Le privilège du chef, c’est qu’il entend les quatre voix, c’est assez plaisant, mais c’est quelque chose qu’on obtient seulement après des heures de boulot : la justesse, l’harmonie des voix, le respect du rythme. La cerise sur le gâteau, c’est le concert qui marche bien. Mais c’est court, deux heures… » Il loue les vertus du chant choral : « il panse les plaies avec lesquelles les gens viennent ».
Ne pas accuser ou dévaloriser
Et s’il y a un souci (l’un qui chante trop fort, pas assez juste, ou trop vite ou trop lentement), il n’y va pas frontalement, « ce n’est pas ma nature, et ça ne sert à rien, c’est contre-productif : s’il y a un conflit, quand la tension monte, je n’y vais pas directement, j’essaie de trouver une petite plaisanterie, pour faire passer la chose. L’autre ne doit pas se sentir accusé, dévalorisé… Le rôle du chef, c’est de fédérer les énergies », explique le chef qui ajoute : « Il faut toujours tirer les gens vers le haut. La ligne rouge, c’est le groupe. Il faut écouter l’autre. Personne ne veut mal faire. »
Ancien directeur général des services de la Ville
À 66 ans, Jean-Marc Valentin a l’expérience du management chevillé au corps : quand il était directeur général des services de la Ville de Sainte-Marie-aux-Mines et de la communauté de communes du Val d’Argent, il y avait une centaine d’agents ! « Les enjeux ne sont pas les mêmes. On ne va pas se prendre la tête pour un bémol pas juste… »
Cependant, il aime les « choses propres et bien finies. Quand c’est bien chanté, ça donne la chair de poule ! » Le répertoire coule un peu de source, souvent issu de morceaux travaillés lors de stages. C’est majoritairement de la chanson française, de Joe Dassin à la plus actuelle Louane. « Du moment qu’il y a de belles mélodies et de belles paroles, je suis preneur ! »
« Les voix, ça ne coûte rien ! »
Il apprécie la musique au service de la poésie pour décupler sa forme. Et pour assurer quelques clins d’œil aux villes jumelées de la cité minière, les choristes ont aussi appris quelques chants en slovène et en allemand. L’allemand, c’est aussi pour faire plaisir aux anciens des fêtes de Noël, notamment à l’hôpital. Sans oublier une petite incursion en anglais pour les parties gospel.
La chorale du Lycée chante davantage à l’extérieur qu’ à domicile. Pour la dernière saison, elle a assuré trois concerts dans la vallée et sept à l’extérieur. Pas besoin d’aller quémander des dates, les sollicitations arrivent toutes seules. L’ensemble vit grâce à la générosité des plateaux à la fin de ses concerts, et aux rentrées d’argent générés à la bourse aux minéraux fin juin : une équipe de 12 personnes tient les deux caisses de la zone Gem, et sont rémunérés par l’organisation.
La journée de chanson contemporaine avec Jacky Locks, à l’automne, assure aussi quelques bénéfices. Résultat : la chorale ne demande pas de subvention à la Ville, - qui met à disposition les locaux de répétition et de concert, ainsi que l’aide des services techniques. Elle ne demande pas non plus de cotisation à ses membres.
Ses frais ne sont pas énormes : 60 € de Sacem par an, les photocopies des partitions, les 350 € d’adhésion à la société des éditeurs et auteurs de musique, la location de bus pour ses concerts extérieurs, le financement de ses pots d’après concert, et un repas de fin d’année… « Contrairement à une fanfare, qui a besoin d’instruments, les voix, ça ne coûte rien ! » s’exclame M. Valentin.
Hormis les concerts de Noël , où les choristes optent pour la sobriété classique (blanc en haut et noir en bas), une petite révolution vestimentaire est arrivée avec des polos de différentes couleurs. Mais pas question de rebaptiser la chorale du Lycée, même sans lycéens. « On n’a pas trouvé mieux comme nom, c’est notre histoire, et ça ne nous empêche pas de chanter ! »
Avec Jean-Jacques Goldmann
Sa formation de chef, Jean-Marc Valentin la doit à des semaines de stages pendant ses vacances d’août, à Troyes où est basée l’association Chanson Contemporaine, qui organise des semaines chantantes. Il y a effectué 13 saisons avec des centaines de choristes et la présence d’interprètes prestigieux (William Sheller, Julien Clerc, Charles Aznavour), où il a aussi connu des « chefs fantastiques, comme Michel Schwingrouber ou Jacky Locks. Ce dernier anime toujours, en septembre, une journée de la chanson contemporaine à Sainte-Marie-aux-Mines, qui a attiré jusqu’à 500 choristes par session dans la cité minière.
Le souvenir le plus marquant de M. Valentin, c’est sans doute d’avoir chanté le titre Ensemble, dans le chœur accompagnant Jean-Jacques Goldmann, en juillet 2001 au théâtre d’Alès, issu de l’album Chansons pour les pieds. « On a enregistré avec lui pendant une semaine, je me suis régalé ! » Goldmann reste reste son chanteur préféré « il a une sensibilité hors du commun, il traduit les sentiments humains par la musique et les paroles comme personne ». Pas étonnant qu’il revienne souvent dans le répertoire de la chorale du Lycée…
Légendes photos
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Il dirige tout en douceur, en accompagnant les chanteurs au synthé : Jean-Marc Valentin, chef de la chorale du Lycée de Sainte-Marie-aux-Mines. Photo Anne Muller
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André Valentin, fondateur de la chorale du Lycée en 1958, qu’il a dirigée pendant 54 ans. Ici lors d’un concert de printemps en 2011. Photo archive Jean-Louis Kieffer
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La chorale du Lycée dans sa nouvelle disposition pour être plus près du public, avec ses couleurs de printemps, le 6 juin dernier. Photo Patrick Gouye
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Jean-Marc Valentin, à la direction du choeur, lors du concert de printemps, le samedi 6 juin dernier. Photo Patrick Gouye
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La chorale du Lycée a ouvert la saison 2026 à Turckheim le dimanche 29 mars dans le cadre de Festi’coeur. Photo Patrick Gouye