Chroniques Grevisse - Usages de la langue française

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Chroniques Grevisse - Usages de la langue française Partagez avec nous vos expériences d’enseignants de français.

Les Chroniques Grevisse proposent avec Jean-Christophe Pellat des réflexions sur les usages de la langue française dans tous ses états : littéraires, historiques et contemporains.

[Norme et usage] Quand / quantMieux vaut se méfier des cancans et réfléchir au qu’en dira-t-on. « Quand » et « quant » s...
13/10/2026

[Norme et usage] Quand / quant

Mieux vaut se méfier des cancans et réfléchir au qu’en dira-t-on. « Quand » et « quant » sont homophones, mais leur orthographe, fidèle à leur étymologie, aide à les distinguer, bien qu’en liaison avec une voyelle, leur consonne finale se prononce « t ».
« Quand », écrit « quant » à l’origine, vient du latin « quando » (fin Xe s.). Adverbe ou conjonction de temps, il est très fréquent, pour poser une question ou introduire une subordonnée circonstancielle : « Dis, quand reviendras-tu ? (Barbara) – « Quand on court après l’esprit, on attrape la sottise » (Montesquieu).
« Quant » vient du latin « quantum », qui signifie « combien » (XIIIe s.). Il est toujours associé à la préposition « à », pour signifier « pour ce qui est de, en ce qui concerne ». Placé en tête de phrase, il indique un changement de thème dans un texte : « Quant à Mme Verdurin, elle voulait à chaque fois me faire faire la connaissance d’Andrée » (M. Proust). L’expression «quant-à-soi » (1780) désigne l’attitude réservée de quelqu’un qui garde pour soi ses sentiments, notamment dans les locutions « se tenir, rester sur son quant à soi » qui expriment cette réserve.
Ces deux mots grammaticaux ont d’autres homophones, comme « camp » et « Caen », dont s’est amusé Raymond Devos dans « À Caen les vacances ». « Je demande à l'employé : - Pour Caen, quelle heure ? / - Pour où ? / - Pour Caen ! - Comment voulez-vous que je vous dise quand, si je ne sais pas où ? - Comment ? Vous ne savez pas où est Caen ? » Quand le temps et le lieu se mêlent, on n’est pas loin de tomber dans un Trou noir.

Des mille et des cents[orthographe] Accord des numérauxPour l’accord des numéraux, il faut distinguer les numéraux ordin...
06/10/2026

Des mille et des cents
[orthographe] Accord des numéraux

Pour l’accord des numéraux, il faut distinguer les numéraux ordinaux et cardinaux.
Le numéral ordinal indique un rang précis dans une série. Il s'accorde avec le nom qu'il qualifie. Ainsi, on écrira « les deuxièmes mardis du mois », « les premiers froids de la saison » ou encore « la seconde mi-temps ».
Le numéral cardinal, lui, indique un nombre précis : « quatre, trente-six, soixante-huit », etc. Il est invariable (« les quatre amis, soixante soldats, mille employés »). On rencontre parfois un pluriel fautif « quatres », écrit même sur une plaque de rue (« la place des quatre-Z’horloges »). Mais « vingt » et « cent » prennent un « s » final lorsqu'ils sont précédés d'un nombre qui les multiplie et qu'ils ne sont pas immédiatement suivis d'un autre numéral. Ainsi il faut écrire les chiffres suivants de cette manière : « quatre-vingts », mais « quatre-vingt-dix », « deux-cents euros » (l’euro suit la règle du pluriel), mais « trois-cent-trente pages ».
Petite remarque : depuis les Rectifications de 1990, le trait d’union se place entre tous les mots composant le nombre : « deux-mille-huit-cent-quarante ».
En revanche, « mille » numéral est toujours invariable :
« Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort / Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port » (P. Corneille, « Le Cid »).
Mais « mille » est aussi un nom de mesure, qui varie au pluriel. Le mille (romain), ancienne mesure de longueur terrestre, fait mille pas, soit 1481.5 mètres. Un mille marin équivaut à 1852 m.« On mit la chaloupe en mer ; elle nagea au rivage dont nous étions à environ deux milles » (Chateaubriand). Faites bonne mesure.

Cahiers d’exercices Grevisse : une collection complète du CE1 à la 1reLes cahiers d’exercices Grevisse (éditions Magnard...
28/09/2026

Cahiers d’exercices Grevisse : une collection complète du CE1 à la 1re

Les cahiers d’exercices Grevisse (éditions Magnard) sont maintenant disponibles pour chaque classe du CE1 à la 1re (CE1, CE2, CM1, CM2, 6e, 5e, 4e, 3e, 2nde, 1re ).

Ces cahiers proposent de nombreux exercices d’étude de la langue : orthographe, grammaire, conjug*ison, lexique, conformément aux programmes officiels de français de chaque classe. Les notions sont réparties dans une série de fiches (1 page = bref résumé de la leçon et schéma visuel + exercices).

Les exercices de chaque fiche sont variés, avec des consignes simples : identification, analyse, manipulations (déplacer, remplacer, ajouter, supprimer). Ils portent sur des phrases isolées et, en fin de fiche, sur un court texte. Un ensemble de fiches sur la même notion est suivi de deux pages bilan : exercices de consolidation, activités d’écriture et d’oral, dictée. Dans les cahiers du primaire, des jeux de langage sont proposés. Dans les cahiers des classes qui se terminent par un examen (brevet en 3e, bac de français en 1re) sont ajoutés des exercices d’entrainement aux épreuves de français de l’examen et des conseils méthodologiques.

[Vocabulaire] Les mots d’origine germanique : les Allemands, nos cousins germainsLa langue française s’est enrichie au f...
22/09/2026

[Vocabulaire] Les mots d’origine germanique : les Allemands, nos cousins germains

La langue française s’est enrichie au fil des siècles d’apports successifs d’autres langues (italien, anglais, portug*is, arabe, ...). Les invasions germaniques ont eu des répercussions linguistiques. La langue des Francs, le francique (« ancien francique »), s’est largement répandue au Nord de la Loire (domaine d’oïl). Elle a donné son nom à notre pays, la France, et à notre langue, le français. Elle a introduit à partir du Ve siècle (Clovis) certains usages linguistiques, à commencer par la prononciation : le francique a rétabli le « h » aspiré, disparu en latin, et nous a apporté « le double v », la consonne « w », prononcée «w » dans « watt »ou « v » dans « wagon », que nos voisins Belges prononcent « w », comme dans « Wallons ».
Mais le francique a surtout enrichi le lexique (environ 400 mots selon le « Bon usage ») : administration féodale (« maréchal », « baron », « fief »), activité guerrière («guerre», « blesser », « épieu », « trêve »), couleurs (« bleu », « blanc », « gris »), vie agricole, végétation et animaux (« blé », « jardin », « haie », « hêtre », « troupeau »), mais aussi sentiments et traits de caractère (« orgueil », « honte », « hardi », « laid », « g*i »). Les seuls domaines sans grand apport du francique sont le commerce et l’artisanat.
Et l’allemand a pris le relais du francique (« bivouac, halte, képi ; trinquer, blottir, valse »), au XIX siècle dans la technologie (« gangue, zinc, potasse ») et les sciences humaines (« subjectivité, statistique »). Et au XXe siècle, « le ça» qui désigne l’inconscient est calqué sur l’allemand « Das Es ». Le « Bon usage » compte environ 150 mots empruntés à l’allemand.
L’ancien francique est par ailleurs à l’origine du néerlandais actuel. C’est aussi cela l’Europe, un échange de langues constant entre les peuples.

[Conjug*ison] Les temps surcomposés« Le blé, ç'a eu payé, mais ça paie plus » (Fernand Raynaud, « Le paysan »)Le fameux ...
15/09/2026

[Conjug*ison] Les temps surcomposés

« Le blé, ç'a eu payé, mais ça paie plus » (Fernand Raynaud, « Le paysan »)
Le fameux sketch de Fernand Raynaud a été mal compris par ses éditeurs, qui écrivent en titre « Ça eût payé ». Soucieux du beau langage, ils font de la forme verbale un « conditionnel passé 2e forme », comme on disait autrefois (c’est-à-dire un plus-que-parfait du subjonctif), forme très littéraire, avec un contre-sens sur la phrase. Ce n’est pas l’équivalent d’un conditionnel passé (« ça aurait payé »), mais un simple passé, qui s’oppose au présent, ce qui est le thème du sketch (« c’était mieux avant »). F. Raynaud, natif de Clermont-Ferrand, a employé un passé surcomposé, courant en français parlé, notamment dans le Sud-Est de la France. Ce temps est formé d’un double auxiliaire, surtout avec « avoir » répété : « Ce petit vin nouveau [...] a eu vite grisé tous ces buveurs de bière » (A. Daudet).
Le passé surcomposé exprime une action accomplie ou antérieure par rapport au passé composé, en particulier dans une subordonnée temporelle : « Quand la France a eu réalisé son programme révolutionnaire, elle a découvert à la Révolution toute espèce de défauts » (E. Renan). Ce temps est attesté depuis le XIIIe s. Avec le recul du passé simple, remplacé dans l’usage parlé après l’époque classique par le passé composé, le passé surcomposé a formé avec celui-ci un tandem, qui remplace le couple traditionnel passé antérieur - passé simple. Par extension, les grammaires donnent la liste des formes surcomposées parallèles aux formes composées : plus-que-parfait surcomposé, futur antérieur surcomposé, conditionnel surcomposé, subjonctif passé surcomposé, ... (voir la liste et les exemples dans « Le Bon usage»). La « Grammaire Larousse du français contemporain » (1964) a même introduit une 3e colonne « temps surcomposés » dans ses tableaux de conjug*ison.
Ne cédons pas à cette illusion de régularité systématique. Seul le passé surcomposé est vraiment vivant. Les autres temps surcomposés se rencontrent de manière sporadique et généralement dans une subordonnée, pour marquer l’antériorité par rapport à la forme composée principale : « Quand il avait eu rassemblé les plus effrontés de chaque métier, il leur avait dit : régnons ensemble » (Stendhal).

[Grammaire] DES NOMS PLURIELS au SINGULIER : les noms collectifsA côté des noms seulement pluriels qui n’ont pas de sing...
09/09/2026

[Grammaire] DES NOMS PLURIELS au SINGULIER : les noms collectifs

A côté des noms seulement pluriels qui n’ont pas de singulier (« annales, confins, entrailles, funérailles, gravats, mœurs, rillettes, ... »), voyons le cas inverse : les noms collectifs, au singulier, dénotent une pluralité d’individus (« une équipe, un bouquet, un troupeau »).
Les noms collectifs « se caractérisent par une discordance entre leur pluralité sémantique (ils désignent des collections ou collectivités d’entités isolables) et leur morphologie singulière » (« Grammaire méthodique du français »). Ils désignent « des regroupements spatio-temporels (essaim, bouquet), fonctionnels (équipe, escadrille, comité, famille), catégoriels (bourgeoisie, patronat) formant une entité homogène » (« ibid. ») ou des collections d’objets (« mobilier, outillage »), qui s’opposent aux noms d’individus comme « chaise », « cheval » ou « homme». L’homogénéité interne de cette catégorie (éléments identiques : un bouquet désigne une pluralité de fleurs) n’empêche pas de mettre ces noms au pluriel : on peut dénombrer les bouquets ou les équipes. Un complément du nom indique la composition de l’entité collective : « un bouquet de roses, une équipe de rugby ».
Certains noms collectifs atteignent un haut degré de généralité : « ensemble, classe, espèce, groupe, collection, ... ». L’indication de regroupement est tellement générale que la nature de leurs éléments n’est guère typée (« un groupe d’arbres, de maisons, de travail, de pression, d’écrivains, ...) et que certains constituent le centre nominal d’un déterminant complexe, dont on oublie alors la signification propre, comme « foule, nuée, tas ». On peut distinguer leur sens propre (« un tas de bois ») et leur sens quantifiant (« un tas d’histoires » = « un grand nombre d’histoires »). Quand ces noms sont employés dans un groupe sujet, on peut hésiter sur l’accord du verbe. Le choix du nombre dépend de l’interprétation : quand on considère globalement la référence, le verbe s’accorde avec le nom au singulier : « Une foule d'embarcations grouille entre les deux rives » (Farrère). Mais pour mettre en valeur la pluralité des individus, on préfère le pluriel : « une foule d'auditeurs demandèrent des explications » (TLFi). Cela peut soulever une foule de questions.

[Orthographe]Comme on parle beaucoup de l’orthographe aux examens (DNB, bac) depuis ce printemps, nous vous donnons à li...
01/09/2026

[Orthographe]

Comme on parle beaucoup de l’orthographe aux examens (DNB, bac) depuis ce printemps, nous vous donnons à lire la « dictée géante » qui a été donnée sur les Champs Elysées, sans voitures, pour établir un record du monde, le 4 juin 2023 à 1397 personnes (récitant : Augustin Trapenard). Aucun sans faute. Elle était annoncée très difficile (vocabulaire, constructions de phrases). A vous de juger. Bonne rentrée à toutes et à tous.

« Qui n’a pas vu Avignon du temps des papes, n’a rien vu. Pour la g*ieté, la vie, l’animation, le train des fêtes, jamais une ville pareille.
C’étaient, du matin au soir, des processions, des pèlerinages, les rues jonchées de fleurs, tapissées de hautes lices, des arrivages de cardinaux par le Rhône, bannières au vent, galères pavoisées, les soldats du pape qui chantaient du latin sur les places, les crécelles des frères quêteurs, puis, du haut en bas des maisons qui se pressaient en bourdonnant autour du grand palais papal comme des abeilles autour de leur ruche, c’était encore le tic-tac des métiers à dentelles, le va-et-vient des navettes tissant l’or des chasubles, les petits marteaux des ciseleurs de burettes, les tables d’harmonie qu’on ajustait chez les luthiers, les cantiques des ourdisseuses ; par là-dessus le bruit des cloches, et toujours quelques tambourins qu’on entendait ronfler, là-bas, du côté du pont.
Car chez nous, quand le peuple est content, il faut qu’il danse, il faut qu’il danse ; et comme en ce temps-là les rues de la ville étaient trop étroites pour la farandole, fifres et tambourins se postaient sur le pont d’Avignon, au vent frais du Rhône, et jour et nuit l’on y dansait, l’on y dansait...
Ah! l’heureux temps ! l’heureuse ville ! »
Alphonse Daudet, « Les lettres de mon moulin », « La mule du pape » (extrait)

[Lecture d'été] - Zaho de Sagazan, « La symphonie des éclairs », 2023Il fait toujours beau au-dessus des nuagesMais moi,...
28/08/2026

[Lecture d'été] - Zaho de Sagazan, « La symphonie des éclairs », 2023

Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi, si j'étais un oiseau, j'irais danser sous l'orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J'écouterais sous la pluie la symphonie des éclairs

Dès sa plus tendre enfance
Elle ne savait pas parler autrement
Qu'en criant tout bas, pas faute d'essayer
De les retenir, ces cris et ces larmes
Qui les faisaient tant-

Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi, si j'étais un oiseau, j'irais danser sous l'orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J'écouterais sous la pluie la symphonie des éclairs (...)

[Lecture d'été] - René Char, Fureur et mystère, « Evadné », 1964L’été et notre vie étions d’un seul tenant.La campagne m...
25/08/2026

[Lecture d'été] - René Char, Fureur et mystère, « Evadné », 1964

L’été et notre vie étions d’un seul tenant.
La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante.
Avidité et contrainte s’étaient réconciliées.
Le château de Maubec s’enfonçait dans l’argile.
Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre.
La violence des plantes nous faisait vaciller.
Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre.
Sur le muet silex de midi écartelé.
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres.
La faucille partout devait se reposer.
Notre rareté commençait un règne,
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant).

C’était au début d’adorables années.
La terre nous aimait un peu je me souviens.

[Lecture d'été] Jean Tardieu, Jours pétrifiés, « jour nuit soleil et arbres », extrait, 1947IEst-ce pour moi ce jour ces...
18/08/2026

[Lecture d'été] Jean Tardieu, Jours pétrifiés, « jour nuit soleil et arbres », extrait, 1947
I
Est-ce pour moi ce jour ces tremblantes prairies
ce soleil dans les yeux ce gravier encor chaud
ces volets agités par le vent, cette pluie
sur les feuilles, ce mur sans drame, cet oiseau ?
II
L’esprit porté vers le bruit de la mer
que je ne peux entendre
ou bien vers cet espace interdit aux étoiles
dont je garde le souvenir
je rencontre la voix la chaleur
l’odeur des arbres surprenants
j’embrasse un corps mystérieux
je serre les mains des amis. (...)

Adresse

5, Allée De La 2e DB
Paris
75015

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