Lancée jadis pour perforer les murailles des forteresses médiévales, cette formule transperce maintenant les pare-feu des citadelles médiatiques. Proclamer « Que Nenni ! », c’est exprimer un refus. C’est aussi et surtout canaliser son énergie au-delà de ce refus afin de progresser sur un terrain fertile et constructif. Que Nenni prend l’apparence d’une plateforme imaginaire continuellement transfo
rmée par la réflexion et l’action de ses membres. Sans frontière, ni délimitation, elle est autant ouverte vers l’extérieur que mobile à l’intérieur. Son devenir dépend de sa capacité à agencer et à promouvoir une multitude de potentiels. Une fois construites individuellement ou collectivement, les idées peuvent se concrétiser librement ; seul le « véto » d’un membre peut empêcher ce processus. Que Nenni entend privilégier la recherche, la prise de risques dans différents domaines, en soutenant des initiatives indépendantes et originales. Le sentiment de dépossession constitue un moteur pour tenter de mieux maîtriser, choisir et contrôler des espaces libres de création. L’organisation souhaite valoriser un aspect horizontal de la culture favorisant les connexions créatrices entre individus. Les subventions étatiques ou les super-productions privées privilégient au contraire un aspect vertical de la culture qui tend à subordonner celle-ci à des orientations politiques ou marchandes. Que Nenni n’a pas vocation à devenir une organisation politique. A la question « alors qu’est-ce que vous proposez ? », le groupe répond de son propre nom. Nul ne cherche ici à résoudre les problèmes de la société et encore moins à formuler des explications générales. L’association est consciente des pièges tendus pour canaliser, politiser et marginaliser ses aspirations au changement. Les lumières artificielles de cette époque obscure n’attirent pas les membres de l’organisation. Que nenni entend favoriser la production de subjectivités, entendues comme visions, interprétations, rapports singuliers au monde. La production de subjectivités est en soi une remise en cause par le bas des valeurs dominantes de nos sociétés. Il s’agit de parler de ce qui concerne les membres, de « participer à la vie de la cité », et en ce sens créer du politique, non pas de la politique. Des postures telles (que) l’ironie, l’absurdité, la folie semblent des moteurs opérationnels à cette distanciation du monde en vue de la transformation de notre rapport à celui-ci. Que Nenni ouvre des portes, des caps, des directions permettant à ses membres de s’orienter. Nul ne connait la destination. Ce voyage collectif sera rythmé par des repas festifs et conviviaux, sorte de réunion libre nourrissant les réflexions de l’association. L’ensemble des actions et réflexions seront retranscrites dans un mini-journal gratuit et autofinancé. Que nenni n’attend rien mais aspire à tout.