14/05/2018
À la tête de Seconde Vague Productions, créée après 13 Productions, Paul Saadoun (à droite sur la photo) était un ardent défenseur du cinéma d’art et d’essai, mais aussi de programmes exigeants pour la télévision, telle la célèbre série documentaire d'Arte sur la peinture, Palettes.
Paul Saadoun est décédé mercredi 9 mai des suites d’une maladie ancienne qu'il avait su combattre, avant qu’elle ne se révèle la plus forte.
Avec lui, c’est une certaine idée du cinéma et de la télévision qui disparaît : celle d'élaborer des projets avec "des auteurs et réalisateurs exigeants, ceux qui offrent un point de vue sur la société, son histoire, la vie et le monde", que ce soit par le biais de documentaires ou de fictions.
Cette philosophie aura traversé toute sa carrière, de 13 Productions, créée en septembre 1985 et qu’il présidera juqu’en décembre 2011, à Seconde Vague Productions, lancée au printemps 2012.
Autre constante dans la trop courte vie de Paul Saadoun, la ville de Marseille, chère à son cœur. Né à Constantine, en Algérie, il était arrivé dans la cité phocéenne à l’âge de 12 ans. Il ne la quittera plus, même avec, toujours, un pied à Paris.
C’est dans la capitale qu'est ainsi fondée Palette Production, société sœur de 13 Productions (domiciliée à Marseille), dédiée à la célèbre série sur la peinture d’Arte, Palettes d’Alain Jaubert. Seconde Vague Productions est déployée au Nord et au Sud en revanche, avec des bureaux à Paris et à Marseille.
Producteur rompu aux "médias français et internationaux", Paul Saadoun est à l’origine de "films qui ont fait date dans l’histoire de la télévision", souligne la présentation de Seconde Vague, sur son site : outre Palettes, déjà mentionné, Le goulag d'Iossif Pasternak et Hélène Chatelain et 10 ans de la vie politique à Marseille de Jean-Louis Comolli.
Plusieurs de ses productions "ont été remarquées pour leur innovation cinématographique, beaucoup d’autres ont été primées. On pense aux documentaires du réalisateur canadien Paul Cowan, aux longs métrages du réalisateur hongrois Bela Tarr, au travail d’Armand Gatti, l’homme de théâtre, et à certaines œuvres de Peter Watkins, réalisateur anglais de talent incontesté", peut-on lire également.
"C’était un grand producteur de films d’art et d’essai", résume sa compagne, Elisabeth Hulten, jointe par Le film français. Après plus de 15 ans à Arte, au côté de Thierry Garrel, notamment, elle avait rejoint Seconde Vague il y a trois ans, pour prendre en charge le développement et la direction artistique.
La société venait de produire le long métrage documentaire Plutôt mourir que mourir de Natacha Nisic, sorti le 11 avril. La question de son avenir est prématurée, estime Elisabeth Hulten.
Sur les réseaux sociaux, où s’est diffusée l’annonce de la disparition de Paul Saadoun, nombreux sont les messages qui soulignent les qualités humaines du producteur.
"Homme d'une haute culture, engagé par ses profondes convictions progressistes qui n'avaient d'égal que sa gentillesse et son esprit de tolérance, il laisse derrière lui une filmographie riche et brillante", écrit par exemple le journaliste Alex Panzani.
"Paul était quelqu’un de discret, modeste, humble… C’était quelqu’un de bien", nous a confié Yves Jeanneau, commissaire général du Sunny Side of the Doc. Un hommage sera rendu au producteur lors de la 29e édition, attendue du 25 au 28 juin, à La Rochelle. Paul Saadoun était l’un des fervents et fidèles soutiens du grand marché international du documentaire, créé en 1990 à Marseille, avant de migrer sur la côte atlantique. La photo de cet article, où il figure, à droite, a d'ailleurs été prise pendant le Sunny Side de 2016.
Emmanuelle Miquet
A la tête de Seconde Vague Productions, créée après 13 Productions, Paul Saadoun (à droite sur la photo) était un ardent défenseur du cinéma d’art et d’essai, mais aussi de programmes exigeants pour la télévision, telle la célèbre série documentaire d'Arte sur la peinture, Palettes.