L'Inconnu du Ciné-Club, un événement Télérama

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La prochaine séance de "L’Inconnu…"  aura lieu le mardi 18 octobre. En septembre, les invités surprise étaient les frère...
13/10/2022

La prochaine séance de "L’Inconnu…" aura lieu le mardi 18 octobre.
En septembre, les invités surprise étaient les frères Dardenne !

Au cours d’une soirée particulièrement riche et émouvante, ils ont parlé de leur travail et de leur cinéphilie en montrant trois extraits de films fétiches : "Allemagne année zéro" de Roberto Rossellini, "Tous en scène" de Vincente Minnelli, et "La Gu**le ouverte" de Maurice Pialat dont ils ont montré une scène de huit minutes où Philippe Léot**d dialogue avec sa mère, interprétée par Monique Mélinand.

« Maurice Pialat fait partie des cinéaste qui nous rapprochent, qui nous appartiennent à tous les deux, a dit Jean-Pierre Dardenne. Au moment de choisir un extrait, j’étais embêté, « Qu’est ce que je vais bien pouvoir prendre chez lui ?" Et je me suis souvenu du visage de la mère dans "La Gu**le ouverte". Quand arrive la scène que nous avons choisie, dans les premiers moments du film, on sait qu’elle est condamnée à mort. Le titre nous le dit et dans les séquences précédentes, elle passe des examens médicaux qui n’augurent rien de bon. Mais dans ce plan séquence d’une dizaine de minutes, Pialat donne à cette femme dix minutes de vie parce qu’ensuite on ne la verra que couchée. Il le fait avec une tendresse qui va irriguer le film malgré sa dureté, et le nimber d’un amour infini. Il y a une grande simplicité, une grande évidence, dans sa manière de regarder ses comédiens avec une caméra fixe mais pas bloquée, qui ajoute une légère tension à la scène. En évoquant les tours et détours de l’amour, un thème que reprend le Cosi Fan Tutte de Mozart joué en fond, l’actrice fait quelque chose d’extraordinaire. On ne sait pas ce qui se passe en elle. Est-ce qu’elle se doute de ce qui va lui arriver ? Est-ce son enfance, son adolescence, qui lui reviennent et traversent son esprit ? Son visage nous est offert, on peut le prendre en partage, on ne sait quoi y lire, ça nous résiste et c’est beau »

Avant la séance de rentrée (à ne pas rater), le jeudi 8 septembre, retour sur quelques grandes séances au cinéma du Pant...
21/08/2022

Avant la séance de rentrée (à ne pas rater), le jeudi 8 septembre, retour sur quelques grandes séances au cinéma du Panthéon à Paris où L'inconnu du ciné-club a établi ses quartiers depuis dix ans. En mars 2019, Christophe Honoré a choisi d’évoquer deux films qui donnent envie de faire du cinéma : “Lola”, de Jacques Demy, et “Julieta”, de Pedro Almodóvar.

A l'époque, il vient d’achever le tournage de Chambre 212 et en commence le montage. Quelques semaines plus t**d, le film sera montré à Cannes. Il prend néanmoins le temps de faire ses choix et tranche vite. Lola, bien sûr, pour commencer. C’est pour lui une « obsession », le film fétiche par excellence, celui qu’il a eu « la chance » de découvrir à l’adolescence, qui ne l’a jamais quitté et lui a servi de boussole esthétique. « Les premiers chocs de l’adolescence forment votre sensibilité mais touchent aussi votre réflexion et lui donnent des contours auxquels vous voudriez accorder ensuite l’ensemble du cinéma. »

Lola a été tourné à Nantes. Vu de son bourg de Bretagne, la ville ressemblait à New York. Christophe Honoré y a découvert le film sur l’écran du Quatorza, près du Théâtre Graslin. Quand il rendait visite à sa grand-mère, il demandait à visiter les lieux du tournage et, en les arpentant, rêvait à la fabrication d’un film. Demy était fils de garagiste à Nantes, lui fils de prothésiste dentaire à Rostrenen, rien ne semblait interdit.
La scène qu’il montre s’ouvre dans un cabaret et passe devant le Théâtre Graslin. Honoré la commente avec passion. « Tout y est faux, dit-il, et c’est devenu la grande force de Demy ! Le cabaret qu’on voit n’existe pas, l’enfant n’a rien de vraisemblable… Qui aurait l’idée, comme Lola, de le laisser seul pour sortir. Rien n’est tout à fait plausible et pourtant on ne se pose aucune question. La force de la mise en scène est de viser autre chose que le réalisme, c’est ce que j’aime beaucoup chez Demy. Il incarne l’âge d’or d’un cinéma où, pour atteindre la vérité, un film ne devait pas ressembler à la vie. »

Dès ses premiers films enchaînés à un rythme d’enfer, sautant du coq à l’âne, mêlant dialogues et chansons, Christophe Honoré s’est calé dans l’élan du jeune Demy : « La force du cinéma, c’est d’être pluriel, de ne pas chercher la littéralité de ce qu’on montre, c’est finalement assez facile de faire croire à une caméra invisible… »
Après la magie et la grâce des premiers films, tels que Lola, un cinéaste doit se réinventer pour durer, trouver en lui la matière. Le réalisateur des Chansons d’amour, qui a joliment relancé sa carrière en 2018 avec Plaire, aimer et courir vite, choisit ainsi de montrer un passage d’un film t**dif de Pedro Almodóvar, un auteur aimé et vieillissant, qui a choisi lui aussi de naviguer au large du réalisme.
« Il est difficile de vieillir dans le cinéma, dit Christophe Honoré, on peut se replier sur une troupe d’acteurs, sur des sujets qui varient peu, sur un savoir-faire. Le renouvellement est complexe et pourtant Almodóvar en est capable quand on ne l’attend plus. Je ne savais qu’attendre de lui quand j’ai vu Julieta et il a repris d’autorité la première place. Il a eu l’intelligence de s’éloigner de son univers en adaptant une nouvelle d’Alice Munro, de laquelle il ne semble pas familier. Et il en fait un grand film sur le cinéma. »
L’extrait qu’il fait projeter, Christophe Honoré l’a élu parce qu’on y voit passer la silhouette flamboyante de Douglas Sirk, ainsi que celle de Hitchcock. Des souvenirs de cinéphile mais aussi des éclats du présent, des plans qui semblent tombés des telenovelas brésiliennes. Du théâtre aussi. Or, pour Christophe Honoré, c’est la source de jouvence, le lieu où priment l’artifice et la mise en scène. Où le cinéma retrouve du souffle : « On pense toujours que si le cinéma essaie de croiser le théâtre, c’est pour le pire. Au contraire. Almodóvar n’a pas peur de ces greffes. Il travaille dans la joie et l’excitation, celles de frotter la beauté du grand cinéma au théâtre et à la trivialité des romances télévisuelles. Il fabrique un objet d’aujourd’hui tout en restant connecté à l’histoire du cinéma. Julieta donne envie de faire des films. Ça remotive ! »

Avant la séance de rentrée (à ne pas rater), le jeudi 8 septembre, retour sur quelques grandes séances au cinéma du Pant...
20/08/2022

Avant la séance de rentrée (à ne pas rater), le jeudi 8 septembre, retour sur quelques grandes séances au cinéma du Panthéon à Paris où L'inconnu du ciné-club a établi ses quartiers depuis dix ans. En 2017, Marina Foïs avait longuement expliqué sa passion pour Gérard Depardieu, “le meilleur acteur du monde”.

Son débit est rapide, sa parole, libre et sans détours, son excitation à vif se transmet à la salle. Marina Foïs est une cinéphile du genre cinévore. Ses parents l’emmenaient voir les rétrospectives de Satyajit Ray ou de Kurosawa bien avant ses 10 ans ; elle dormait à moitié, en boule dans les fauteuils, emportait des bribes de films qui sont restées profondément ancrées. Elle parle avec fièvre de Pialat, de Buñuel, de Deneuve et de Depardieu, l’idole absolue, qui sait comme personne atteindre le détachement rêvé : « C’est le seul qui dit “je m’en fous” et le pense vraiment, il se fout de son image, il se fout du regard des autres, il s’oublie, ce à quoi il faudrait aspirer quand on veut faire ce métier. »

Elle a parfois confié que Gérard Depardieu la visitait dans ses rêves, plus ou moins étranges. « Je rêve souvent de lui, et souvent il me sauve. Je n'ai pas d'explication, je ne l'ai pas fait analyser. Pour moi, il est le meilleur acteur du monde et il ne sera pas remplacé. Je ne sais pas comment je me remettrais s’il venait à disparaître. On ne peut pas retrouver ce mélange unique de poésie et de trivialité. Il n’y a qu’à le regarder dans cette scène, personne ne la jouerait comme lui. Il emporte tout, c’est magnifique. » Elle a choisi un extrait des Valseuses pour la rencontre entre l’énergie bouleversante et sauvage du jeune Depardieu et la verve de Bertrand Blier, dont elle regrette qu’elle ait disparu du paysage : « Je ne pense pas qu’on puisse le remplacer, lui non plus. La combinaison d’humour énorme et de profond désespoir, c’est une qualité presque juive – je suis juive –, une poésie noire et surréaliste avec laquelle je me suis construite. » Et Depardieu, qui a 26 ans à l’époque du film qui va faire de lui une star, elle le trouve d’une beauté à tomber : « Il est au-delà de l’interprétation. Un sujet à lui seul. Il est beau et d’une grande virilité, mais il s’en extrait. Comme Michel Piccoli, il est viril sans jouer les grosses co****es. Je suis plus sensible à cette masculinité qu’à celle de Lino Ventura, par exemple, un trouble s’en dégage. Depardieu, à l’écran, est animal. Dans la vie aussi. »

Elle a eu l’occasion d’être sa partenaire et elle a trouvé ça « cosmique ». « C’est un voyage, dit-elle. Rien que sa présence, sa masse, je devais aller dans ses bras et je ne parvenais pas à faire le tour de sa taille, à le contenir tout entier. Je l’ai trouvé d’une grande générosité, d’une grande finesse, je n’ai pas eu le Gérard dont on parle souvent, il ne répondait pas au téléphone pendant les prises, il ne m’a pas pété au nez, il ne m’a pas importunée. En revanche, il m’a montré un summum de liberté dans l’incarnation. » Depuis longtemps, l’acteur des Valseuses lui sert de guide, notamment dans son travail avec Maurice Pialat, dans ce cinéma « bordélique » qui « s’invente au présent, sur le tournage », et où sa présence est envoûtante. « Les sentiments ne sont pas ordonnés, il arrive à trouver quelque chose de l’ordre de la pulsion, qui nous raconte ce que nous sommes, des êtres complexes, victimes de nos émotions. »

Sa plus grande leçon d’actrice, elle dit l’avoir apprise en regardant une interview de Depardieu à l’époque de Loulou. « On lui parlait de son talent et il répondait : “Je vous coupe tout de suite, je n’ai pas de talent, j’ai de la disponibilité.” Je trouve cette phrase géniale, elle m’a énormément aidée dans mon travail. Quand on est acteur, la seule chose sur laquelle il faut rester concentrée, c’est la disponibilité au metteur en scène, à l’histoire qu’il raconte, à son univers. En plus de ce qu’il est, Depardieu regarde son métier avec justesse. C’est très intelligent de dire à 30 ans qu’il suffit d’être disponible. C’est concis, clair, précis, imparable. »

Avant la séance de rentrée (à ne pas rater), le jeudi 8 septembre, retour sur quelques grandes séances au cinéma du Pant...
16/08/2022

Avant la séance de rentrée (à ne pas rater), le jeudi 8 septembre, retour sur quelques grandes séances au cinéma du Panthéon à Paris où L'inconnu du ciné-club a établi ses quartiers depuis dix ans. Au printemps 2011, pour sa première venue, le chanteur cinéphile Christophe projetait Grey Gardens, film culte des frères Maysles, et s'enflammait pour des images rares d'un héros blues Lightnin’Hopkins…

"Dans les années 70, Christophe possédait une des plus fameuses collections de copies 35 millimètres de France. Il les projetait, jusqu’au bout de la nuit, dans son appartement de la place Dauphine où brillaient les lumières des juke-box. Une passion de pirate. Les films lui arrivaient comme par mystère. Il fréquentait les projectionnistes dont il connaissait tous les tours et récupérait en douce des copies qui, le plus souvent, sortaient de la circulation pour un léger défaut. Le chanteur des Mots bleus en garde une belle collection d’histoires, qu’il raconte parfois avec un luxe de détails. Le soir de sa première visite au ciné-club de Télérama, au printemps 2011, il est intarissable : les expéditions nocturnes à fond les ballons sur l’autoroute Paris-Bordeaux pour échanger, à mi-chemin, sur un parking désert, des machines à sous contre des œuvres convoitées ; les petits trafics avec son jeune voisin, le futur cinéaste Xavier Giannolli, chez qui il cachait ses films en cas de descente de flics ; le jour où Fellini, en visite à Paris, trouva chez lui, grâce au bouche-à-oreille, la seule copie sous-titrée du film qu’il était venu montrer…
La collection a disparu aujourd’hui, éparpillée par des vents contraires, mais Christophe garde d’autres trésors, innombrables, dans son appartement-musée de Montparnasse. Il nous invite quelques semaines avant la séance à faire le tri. Des heures d’écoute et de visionnage, entre la chambre et le salon, où il enregistre la nuit sur des synthétiseurs disposés face aux fenêtres (avec souvent des images de films qui tournent en boucle). Des allers-retours entre DVD et VHS pour finalement tomber en arrêt, assis au bord du lit, sur une vieille bande vidéo en noir et blanc, « un truc dingue », un moyen métrage très rare sur un génie du blues, le guitariste Lightnin’Hopkins, filmé en 1968 dans l’intimité de son village par le documentariste Les Blank (qui se fera connaître plus t**d pour Burden of Dreams, sur le tournage épique du Fitzcarraldo de Werner Herzog).

Les images que nous montre Christophe sont dans un noir et blanc qui tire sur le gris, saturées de lumière, une VHS qui a fait son temps, et l’impression de découvrir un document sauvé des eaux. Elles seront ensuite restaurées en couleur, pas sûr qu’il les préfère ainsi. Le blues est brut et sale. Une musique de blessure, une musique à vif qui a retourné son enfance et qu’il chantait sur les trottoirs de Saint-Germain : « En yaourt, du faux anglais. J’étais le meilleur chanteur de Yop du monde. J’étais bon pour l’improvisation, c’était chiadé, ça ressemblait à l’original, on pouvait s’y tromper. » Le blues était sa passion, c’était lui, tel qu’il se raconte ce soir-là : « J’étais un enfant à cran, ça s’entendait sûrement dans ma façon de chanter, je donnais tout, je me défoulais. Je fuguais beaucoup. Mon père me déposait à la pension, j’attendais qu’il tourne les talons et je disparaissais pendant plusieurs jours. » Aline, explique-t-il, c’était un blues. Les arrangeurs de variété ont fait leur métier mais lui sait ce qu’il chantait (« et j’ai crié, crié…»).

Avant la séance de rentrée (à ne pas rater), le jeudi 8 septembre, retour sur quelques grandes séances au cinéma du Pant...
11/08/2022

Avant la séance de rentrée (à ne pas rater), le jeudi 8 septembre, retour sur quelques grandes séances au cinéma du Panthéon à Paris où L'inconnu du ciné-club a établi ses quartiers depuis dix ans. En 2011, Jacques Audiard avait choisi de partager des images de concert de concerts dont celles, filmées par D.A. Pennebaker à Monterey en 1967, qui révélèrent Janis Joplin à une génération médusée.

Sa première visite a lieu dans les toutes premières heures du “ciné-club”, il choisit de Montrer Main basse sur la Ville de Francesco Rosi et, en préambule, présente plusieurs extraits de films qui captent de grands moments dans la vie d’une époque, les festivals, premiers du genre, celui de Newport, côté jazz en 1958, celui de Monterey, coté rock, en 1967, pendant « l’été de l’amour ». Le jazz, il le raconte, lui vient du temps passé aux côtés de son père. Le rock, on l’imagine, sonne l’heure de l’émancipation.

Et de l’excitation : « Je suis toujours bouleversé de voir avec quelle grâce, quelle attention, la musique était filmée à l’époque. Celle qui était déjà installée, comme le jazz, et celle qui était en train d’émerger, de s’inventer et que l’on capturait sur le vif. Ça donne des documents incroyables et le film du festival de Monterey est un chef-d’œuvre absolu. Parce qu’il saisit un moment de basculement dans l’histoire de la musique. Quand Jimi Hendrix et Otis Redding apparaissent sur scène, c’est comme s’ils débarquaient de la planète Mars et ils s’apprêtent à faire un ménage incroyable. Simon and Garfunkel qui sont à l’affiche prennent un sacré coup de vieux. Le film est réalisé par un documentariste hors du commun, D. A. Pennebaker, qui vient alors de signer le légendaire Don’t Look Back en suivant Bob Dylan lors d’une tournée anglaise et qui réalisera ensuite des œuvres marquantes comme The War Room, en 1993, sur la campagne de Bill Clinton. »
Jacques Audiard a isolé un moment particulièrement précieux de Monterey Pop, celui où Janis Joplin, qui est encore une inconnue, naît aux yeux du monde. « Plus rien ensuite ne pourra se faire sans elle », dit le cinéaste du Prophète. « Cette scène est poignante, un pur moment de cinéma, de mise en scène sur le vif, la fabrication d’un mythe. Tout est resté gravé dans ma mémoire : le plan sur son pied qui bat la mesure, les gros plans sur les spectateurs, le petit saut qu’elle fait en sortant de scène et qui dit : j’ai gagné ! » Rien n’est pourtant joué. La réputation de la jeune fille du Texas ne dépasse pas les clubs de San Francisco quand elle arrive sur le site du festival et elle ne se produit pas sous son nom, mais sous celui du groupe dont elle n’est que la chanteuse, Big Brother and The holding Company. Les organisateurs ne lui ont pas réservé une place de choix. Elle est programmée en début d’après-midi et D. A. Pennebaker ne sait à peu près rien d’elle.

Je ne peux m’empêcher de vibrer quand je vois ça, commente Jacques Audiard. Je ne peux qu’imaginer la concentration surnaturelle de ceux qui filmaient avec un matériel plutôt lourd, des caméras 16 mm avec des chargeurs de 120 mètres. Ils étaient obligés de cadrer, de rester sur le motif. Ils tiraient le maximum des contraintes qui étaient les leurs. Ils étaient attentifs à tout, ils regardaient vraiment les musiciens, et on voit la chanteuse chanter, on voit quel effort ça représente pour elle, on saisit chacune des émotions qui la traversent. » 

Pennebaker a dû biaiser pour rendre cet instant inoubliable. Quand Janis Joplin est arrivée à Monterey, elle était accompagnée d’un manager dur en affaires qui refusait qu’on la filme.

Pendant sa prestation de l’après-midi, le documentariste a fait mine de respecter les règles, mais laissé tourner sa caméra pour voler quelques plans au milieu de la foule. Après l’onde de choc provoquée par sa protégée, le manager a fini par se laisser amadouer, et Janis Joplin est remontée sur scène pour un deuxième show au crépuscule. En mélangeant ces deux moments, en fondant le jour et la nuit, Pennebaker boucle sa scène. « C’est d’une beauté à couper le souffle, dit Jacques Audiard. Et Monterey Pop comme le film de Newport montrent les visages d’une époque, ceux qu’on va voir dans le cinéma du Nouvel Hollywood. Le plan sur Mama Cass, la chanteuse de The Mamas and the Papas, assise dans le public, est inoubliable : elle prend la prestation de Janis Joplin de plein fouet, les temps changent. »

Avant la séance de rentrée (à ne pas rater), le jeudi 8 septembre, retour sur quelques grandes séances au cinéma du Pant...
31/07/2022

Avant la séance de rentrée (à ne pas rater), le jeudi 8 septembre, retour sur quelques grandes séances au cinéma du Panthéon à Paris où L'inconnu du ciné-club a établi ses quartiers depuis dix ans. En mars 2020, quelques jours avant le confinement, Vincent Delerm avait partagé son éblouissement devant une séquence de “Ma nuit chez Maud”, d’Éric Rohmer et projeté Dieu seul me voit de Bruno Podalydes.

Ceux qui écoutent en boucle le chanteur de F***y Ardant ont compris depuis longtemps que le cinéma est au cœur de son existence. Ce soir-là, il commence par parler de Truffaut, puisque c’est avec lui qu’il est entré dans la vie (presque) active, un mémoire pendant ses études sur les rapports du cinéaste à la littérature, et même l’idée, vite abandonnée, d’un film sur la génération de gens qui s'habillent toujours comme Antoine Doinel. « J’aimais son cinéma et la manière dont il en parlait, dit-il. François Truffaut expliquait les choses de manière simple,
fluide, il faisait visiter les coulisses de son métier et donnait l’impression qu’on pouvait y arriver soi-même, ça m’a beaucoup aidé. Au-delà des mots, il faisait partie des gens qui m’ont donné envie d’avoir 30 ans quand j’en avais 8. »

Vincent Delerm a choisi une scène de la Nouvelle Vague qui n’est pas signée Truffaut – trop évident. Quand il la revoit en compagnie des spectateurs du Panthéon, c’est quand même une phrase de l’auteur de La Femme d’à côté qui lui vient d’emblée : « Une chose contre laquelle on ne peut rien, c’est le charme ! » Truffaut avait fait ce commentaire, faussement défaitiste, alors qu’un de ses films sortait en même temps que La Fièvre du samedi soir, où rayonnait John Travolta.

Dans la scène de Ma nuit chez Maud, d’Éric Rohmer, Françoise Fabian et Jean-Louis Trintignant, dans leur trouble, leur trouble opacité, ont un charme à tomber. Avec ce moment de grâce, Vincent Delerm veut partager ce qu’il appelle le « cinéma du presque » et dont il a fait le fil rouge de sa carte blanche : « Ces moments de ratage pas raté, explique-t-il, de ratage un peu sublime où deux personnages passent à côté d’une situation et nous touchent au cœur. Des moments qui ressemblent à tant de choses que l’on a vécues, qui réveillent des questions qu’on se pose souvent. Pourquoi ai-je pris ce chemin-là ? Pourquoi n’ai-je pas embrassé cette fille-là ? Ce sont de purs éclats de vie qui prennent beaucoup de place dans nos pensées mais qui sont difficiles à mettre en scène à l’écran et difficiles à rendre passionnants. Or tout dans la scène nous subjugue, la beauté des personnages et celle de l’image. Et ce qui est magnifique, c’est qu’on peut se prendre pour eux. Quand on regarde Indiana Jones, on ne se projette nulle part, alors qu’on peut se dire qu’on s’enroulera un jour dans une couverture au côté d’une femme comme Françoise Fabian. »

Dans l’un des décors de Ma nuit chez Maud, dont Vincent Delerm a cherché la trace quand il donnait des concerts à Clermont-Ferrand, où fut tourné le film (comme il cherchait à Paris ceux des films de Truffaut), la scène est emblématique du cinéma en chambre de la Nouvelle Vague. D’une intimité en question et en émoi. La scène a commencé à trois dans l’appartement de Maud. À la suite du dîner, le personnage d’Antoine Vitez s’est éclipsé pour laisser celui de Jean-Louis Trintignant en compagnie de Maud, femme libre et tentatrice. Il neige dehors, les mouvements sont limités, ils sont appelés à passer la nuit ensemble. La mise en scène magnifie la beauté de Françoise Fabian, son érotisme lumineux, tout en traquant le trouble de Trintignant, son vacillement, la tension et l’incertitude de ses mouvements, lui qui veut refuser son corps pour garder son amour entier.

« C’est un moment de totale intimité, magnifiquement rendu », résume Vincent Delerm. La Nouvelle Vague a beaucoup composé autour de cette figure du tête-à-tête, deux dans une pièce, et quand on se retrouve à trois, c’est presque un événement. Cette intimité me touche beaucoup… » Il en a fait une chanson, La Vie Varda qui est comme un écho :

Si on peut vivre comme Agnès

Se parler à deux dans la pièce

Et ressentir une émotion

Si on peut vivre une vie Varda

Marcher sur le sable comme ça

Faire une vie hors compétition

Si je peux dormir contre toi

Si je peux…

Depuis dix ans, au Cinéma du Panthéon à Paris, “Télérama” organise “L’Inconnu du ciné-club”, une soirée où nous demandon...
27/07/2022

Depuis dix ans, au Cinéma du Panthéon à Paris, “Télérama” organise “L’Inconnu du ciné-club”, une soirée où nous demandons à des artistes, dont l'identité n'est révélée qu'au lever de rideau, de nous offrir des moments de cinéma uniques à travers une sélection d’extraits et la présentation d’un long métrage. Avant la séance de rentrée (à ne pas rater), le jeudi 8 septembre, retour sur quelques grands moments: en 2016, Nathalie Baye nous avait longuement parlé de deux cinéastes majeurs de sa filmographie, François Truffaut et Jean-Luc Godard.

« Ne fais pas l’idiot Alphonse, tu es un très bon acteur, le travail marche bien. Je sais, il y a la vie privée, mais la vie privée, elle est boiteuse pour tout le monde. Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse. Il n’y a pas d’embouteillage dans les films, il n’y pas de temps mort, les films avancent comme des trains, tu comprends, comme des trains dans la nuit. » Nathalie Baye nous remet en tête ces phrases de Truffaut, qui n’en finissent jamais de faire leur chemin . Elle était aux premières loges quand il les a prononcées. Formée à la dure école de la danse classique, repérée par hasard dans la rue, elle tenait le rôle de la scripte sur le faux tournage de La Nuit américaine et n’imaginait pas à quel point elle tomberait, là, amoureuse du cinéma.

« Cette phrase m’a marquée, comme elle en marqué beaucoup, elle porte à la rêverie. Truffaut disait toujours qu’au cinéma tout était mieux, plus fluide, plus fort, plus heureux. Les portières des voitures s’ouvraient sans encombre, leur moteur démarrait au bon moment. Il y croyait dur comme fer. Il avait pour le cinéma un amour incroyable et il me l’a transmis. » Débuter ainsi, dans les studios de la Victorine, dans les coulisses romancées du septième art, était un don du ciel : « Tout aurait pu sembler fade ensuite, dit-elle. La compagnie de cette troupe menée par Truffaut était grisante, tout comme les décors des studios de la Victorine, dont il a été difficile de partir. » Son agent l’a prévenue aussitôt : « Ne t’attends pas à ce que tous les tournages soient aussi idylliques ! » Et j’ai enchaîné avec La Gu**le ouverte de Maurice Pialat…”

“Truffaut a un phrasé merveilleux, très juste tout en étant à la lisière du faux.”
Nathalie Baye aime raconter Truffaut, elle aime l’imiter aussi, rejouer sa voix chaude, passionnée, qui a bercé des générations de cinéphiles. Elle a un talent pour ça, une forme de mimétisme qui la pousse à parler comme ceux qu’elle fréquente. « Dans le cas de François, c’était très particulier, raconte-t-elle, car il avait un débit singulier que les acteurs avaient tendance à reprendre à leur compte. Jean-Pierre Léaud parlait un peu comme lui et sur ses films tout le monde était facilement contaminé par cette drôle de musicalité. » Pendant les répétitions de La Chambre verte, son troisième film avec l’auteur des 400 Coups – elle tient aussi deux rôles dans L’Homme qui aimait les femmes, dont la fameuse voix de l’horloge parlante –, elle s’est même angoissée à l’idée de copier le cinéaste et de se laisser entraîner sur une mauvaise voie : « Il ne faut surtout pas je me mette à parler comme vous ! » Elle explique : « Il a un phrasé merveilleux, très juste tout en étant à la lisière du faux, mais il n’appartient qu’à lui, et il ne va qu’à lui. Seul Léaud a réussi a composer avec des tonalités proches. »
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À l’époque où elle vient au Panthéon pour parler de Truffaut, mais aussi de Presley, Romy Schneider et Vincente Minelli, Nathalie Baye répète à longueur de colonnes que la rivalité entre Truffaut et Godard a été grandement exagérée par les chroniqueurs, malgré la correspondance venimeuse entre les deux figures de proue de la nouvelle vague (« Probablement personne ne te traitera de menteur, écrit Godard, aussi je le fais. Ce n'est pas plus une injure que fasciste, c'est une critique et c'est l'absence de critique où nous laissent de tels films, le tien et ceux de Chabrol, dont je me plains. ») « C’était plus un jeu qu’autre chose, commente-t-elle. Je ne les ai jamais entendus dire du mal l’un de l’autre. Ils étaient très intéressés, très curieux au contraire. François me demandait sans cesse des nouvelles du tournage de Sauve qui peut la vie, il voulait tout savoir, comment se comportait Godard, comment il travaillait au quotidien. Ils étaient tous les deux démesurément passionnés par leur métier. »

“J’ai vu Godard rudoyer des chefs opérateurs de renom […]. Avec les acteurs, il était délicieux. Quoique étrange.”
Avec Jean-Luc Godard, Nathalie Baye a tourné deux longs métrages : Sauve qui peut la vie, en 1979, et Détective, en compagnie de Johnny Hallyday, en 1984. Elle lui parle encore régulièrement au téléphone et donne, quand ça lui prend, une imitation drôlatique de leurs conversations. « J’ai adoré travailler avec Godard. C’est un homme passionnant. Il peut être très dur. Je l’ai vu rudoyer des chefs opérateurs de renom, faire des commentaires insupportables pendant les projections de rushes. Avec les acteurs, il était délicieux. Quoique étrange. »

Elle raconte ainsi la première rencontre avec le cinéaste sur le tournage de Sauve qui peut la vie. « Je suis arrivée la première, deux ou trois jours à l’avance, pleine d’envie et d’énergie. Je me préparais, même si je n’avais pas de scénario à lire. Le premier jour où nous devions tourner, un assistant est venu me trouver à l’hôtel pour me dire qu’il ne se passerait rien, Jean-Luc n’avait pas envie. Le deuxième non plus. Ça a duré cinq jours. Godard est venu me rendre visite à l’hôtel ; j’avais deux chats et il n’a parlé qu’à eux, il ne me disait rien. C’était bizarre, déstabilisant, mais je crois qu’imperceptiblement il m’a transmis sa langue, son rythme, il m’a ramollie et m’a mise dans un état d’entière disponibilité. Il ne dirige pas, Godard, il laisse libre, il observe et vole des choses. C’est impossible d’être mauvais avec lui. »

Lors de sa venue à « L’Inconnu du ciné-club », Nathalie Baye a choisi À Bout de course (Running on Empty), de Sidney Lumet, 1988.

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