17/05/2026
Elle s'appelait Élisabeth Ricol. Elle est née le 15 février 1916 à Montceau-les-Mines, dans une famille d'immigrés espagnols pauvres. Son père, mineur, était atteint de la silicose. Elle grandira avec le sentiment que l'injustice n'est pas une fatalité.
À 26 ans, elle est capitaine des Francs-tireurs et partisans, l'un des bras armés de la Résistance intérieure française. Le 1er août 1942, elle monte sur une table devant un magasin Félix Potin de la rue Daguerre, dans le 14e arrondissement de Paris, et harangue la foule pour appeler à la lutte armée contre l'Occupation. Elle réussit à fuir avant l'arrivée des forces de l'ordre. Les Allemands et la police française lui donnent alors un surnom : « la Mégère de la rue Daguerre ». Radio Londres, elle, l'appelle « l'héroïne de la rue Daguerre ».
Elle est arrêtée le 11 août 1942. Jugée par le Tribunal d'État français, elle est condamnée à mort le 15 juillet 1943. Elle avait 27 ans. Elle était enceinte. Sa peine est commuée en travaux forcés à perpétuité le 3 avril 1943, à la naissance en prison de son fils Gérard. Un enfant qui lui sauve la vie, dans une cellule.
Mais la survie ne signifie pas la liberté. Après la prison de Fresnes et celle de Rennes, elle est livrée aux Allemands. Le 30 mai 1944, elle part du fort de Romainville, passe par Neue Bremm, puis Ravensbrück, puis le kommando de Leipzig dépendant de Buchenwald — le plus grand kommando de femmes du camp. Son matricule à Ravensbrück : 42171. À Leipzig : 3935. Des numéros à la place d'un nom, comme pour des milliers d'autres.
Elle survit. Elle rentre en 1945.
Et ce n'est pas la fin de ses épreuves. En 1951, à Prague où elle s'est installée avec son mari Artur London, devenu vice-ministre des Affaires étrangères, celui-ci est arrêté dans le cadre des purges staliniennes. Il est jugé, condamné. Pendant ses années de détention, il lui transmet clandestinement son témoignage, glissé dans des paquets de papier à ci******es. Lise le recueille, le garde, le protège. Ce témoignage deviendra L'Aveu, publié en 1968 — porté à l'écran en 1970 par Costa-Gavras, avec Yves Montand et Simone Signoret dans les rôles du couple London.
Lise London est morte le 31 mars 2012, à Paris, à l'âge de 96 ans. Officier de la Légion d'honneur, titulaire de la Médaille de la Résistance française, elle avait témoigné jusqu'au bout, pour les jeunes générations, dans les collèges et les lycées.
Une place porte aujourd’hui le nom de Lise et Artur London à Paris — inaugurée en 2017. Mais combien de personnes savent qui elle était ?
Une femme de 15 ans engagée dans les Jeunesses communistes. Une capitaine de la Résistance à 26 ans. Une condamnée à mort qui a mis au monde un enfant en prison. Une déportée. Une v***e de bagnard du stalinisme. Une mémoire vivante pendant 96 ans.
Si ce nom mérite de ne pas disparaître, partagez ce post. La mémoire ne se transmet pas toute seule — elle a besoin de nous.
Et vous : connaissiez-vous Lise London avant aujourd'hui ? Qu'est-ce qui, dans son parcours, vous touche ou vous révolte le plus ?