29/11/2025
🇧🇫 fans Burkina 24
𝐈𝐝𝐫𝐢𝐬𝐬𝐚 𝐎𝐮𝐞́𝐝𝐫𝐚𝐨𝐠𝐨 : 𝐥𝐞 𝐜𝐢𝐧𝐞́𝐚𝐬𝐭𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐚 𝐫𝐞́𝐯𝐞́𝐥𝐞́ 𝐥’𝐚̂𝐦𝐞 𝐝𝐮 𝐁𝐮𝐫𝐤𝐢𝐧𝐚 𝐅𝐚𝐬𝐨 𝐚𝐮 𝐦𝐨𝐧𝐝𝐞
Figure emblématique du 7ᵉ art africain, Idrissa Ouédraogo demeure l’un des réalisateurs les plus influents du continent. Né le 21 janvier 1954 à Banfora et disparu le 18 février 2018 à Ouagadougou, il laisse derrière lui une œuvre singulière, profondément ancrée dans les réalités de son pays natal, le Burkina Faso, tout en dialoguant avec les grandes tragédies universelles. Son cinéma, souvent tendu entre ruralité et urbanité, tradition et modernité, a marqué les esprits par sa précision visuelle, sa sensibilité sociale et son audace narrative.
𝐋𝐞𝐬 𝐫𝐚𝐜𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐝’𝐮𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐮𝐫 : 𝐞𝐧𝐟𝐚𝐧𝐜𝐞, 𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐭 𝐞́𝐯𝐞𝐢𝐥 𝐚𝐫𝐭𝐢𝐬𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞
Idrissa Ouédraogo grandit entre Banfora et Ouahigouya, dans le Nord burkinabè. De ces paysages arides, de l’organisation communautaire des villages, des gestes du quotidien, il tirera plus t**d la matière qui donnera à son cinéma sa puissance d’évocation.
Issu d’une famille d’agriculteurs qui voient en lui un espoir, il poursuit ses études à Ouagadougou et s’oriente très tôt vers l’image.
Il intègre en 1976 l’Institut africain d’études cinématographiques (LAFEC), dont il sort major après avoir obtenu une maîtrise en 1981. Curieux, ambitieux, avide de techniques nouvelles, il se forme ensuite à l’étranger : d’abord au VGIK de Moscou, l’une des plus prestigieuses écoles de cinéma au monde, puis à Kiev, avant de rejoindre en France l’Idhec (aujourd’hui La Fémis) et la Sorbonne, où il achève un DEA de cinéma en 1985.
Ce parcours exceptionnel façonne un créateur cosmopolite, à la croisée des écoles soviétiques du réalisme, du cinéma d’auteur européen et des esthétiques africaines.
𝐋𝐞𝐬 𝐝𝐞́𝐛𝐮𝐭𝐬 : 𝐜𝐨𝐮𝐫𝐭𝐬-𝐦𝐞́𝐭𝐫𝐚𝐠𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐩𝐫𝐞𝐦𝐢𝐞𝐫𝐬 𝐞́𝐜𝐥𝐚𝐭𝐬 𝐚𝐫𝐭𝐢𝐬𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬
Dès ses années de formation, Idrissa Ouédraogo fonde sa première société de production, Les Films de l’Avenir, prémices de Les Films de la Plaine. Il y produit Poko, son film de fin d’études, qui remporte le prix du meilleur court-métrage au FESPACO, annonçant l’arrivée d’une nouvelle voix dans le cinéma africain.
Tout au long des années 1980, il multiplie les courts-métrages documentaires et de fiction, dont Pourquoi (1981), Les Écuelles (1983), Ouagadougou, Ouaga deux roues (1985), Issa le tisserand (1985) ou encore Tenga (1985).
Ces films, souvent tournés en milieu rural, explorent les changements sociaux à travers des récits intimistes. On y retrouve ses thèmes fondateurs : l’exode, le choc des générations, les tensions entre tradition et modernité.
𝐋𝐚 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐞́𝐜𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞 : 𝐝𝐞 𝐘𝐚𝐚𝐛𝐚 𝐚̀ 𝐓𝐢𝐥𝐚𝐢̈
En 1986, il signe son premier long métrage, Yam Daabo (Le Choix), qui installe son univers. Mais c’est avec Yaaba (1988) qu’il conquiert une reconnaissance mondiale : le film décroche le Prix de la Critique à Cannes et le Prix du Public au FESPACO en 1989. Avec sa simplicité narrative et sa profondeur émotionnelle, Yaaba devient instantanément un classique du cinéma africain.
Un an plus t**d, il atteint un sommet avec Tilaï (1990), tragédie inspirée des mythes ancestraux réinterprétés dans un contexte contemporain. Le film remporte le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes, un exploit qui place le Burkina Faso au cœur de la carte mondiale du cinéma.
Tilaï rafle aussi l’Étalon de Yennenga et confirme Idrissa Ouédraogo comme l’une des plus grandes voix du cinéma africain.
En 1991, il surprend en signant la mise en scène théâtrale de La Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire à la Comédie-Française, lui offrant une reconnaissance dans le monde des arts européens.
𝐔𝐧 𝐜𝐢𝐧𝐞́𝐚𝐬𝐭𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐥𝐢𝐟𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐭 𝐞𝐧𝐠𝐚𝐠𝐞́
Les années 1990 et 2000 voient se succéder des œuvres marquantes.
Samba Traoré (1993) est nommé pour l’Ours d’argent à Berlin.
Le Cri du cœur (1994) reçoit un accueil chaleureux et le Prix du public au Festival du cinéma africain de Milan.
En 1997, Kini et Adams, tourné au Zimbabwe, explore l’amitié masculine et remporte en 1998 le Prix du Meilleur long métrage au même festival.
Dans les années 2000, Idrissa Ouédraogo s’intéresse davantage aux formats populaires : il réalise la série culte Kadi Jolie (2001), puis contribue au film collectif 11'09"01 – September 11 (2002), où onze réalisateurs du monde entier méditent sur les attentats du 11 septembre.
Il devient également une figure institutionnelle :
• Président du Grand Jury du FESPACO en 2003,
• Réalisateur de La Colère des Dieux la même année,
• Lauréat de nombreuses distinctions, dont Commandeur de l’Ordre national du Burkina Faso et Chevalier des Arts et des Lettres en France.
𝐃𝐞́𝐛𝐚𝐭𝐬 𝐞𝐭 𝐜𝐫𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 : 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐞𝐱𝐢𝐠𝐞𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐚𝐫𝐭𝐢𝐬𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬
Le succès international du cinéaste suscite toutefois des débats.
Certaines voix, comme celle de la critique Françoise Pfaff, lui reprochent de privilégier une esthétique « exotique » et des images rurales jugées répétitives, destinées davantage au public occidental qu’aux spectateurs africains.
Pour sa part, la spécialiste Sharon A. Russell rappelle les contraintes structurelles du cinéma africain : manque de financements, conditions matérielles difficiles, nécessité de séduire des coproducteurs étrangers.
Elle souligne aussi l’ingéniosité et la rigueur d’Ouédraogo, qui a su créer malgré un environnement hostile au développement de l’industrie cinématographique.
𝐋𝐞𝐬 𝐝𝐞𝐫𝐧𝐢𝐞̀𝐫𝐞𝐬 𝐚𝐧𝐧𝐞́𝐞𝐬 : 𝐝𝐞́𝐬𝐢𝐥𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐞𝐭 𝐫𝐞̂𝐯𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐚𝐜𝐡𝐞𝐯𝐞́𝐬
En 2015, à la veille du 24ᵉ FESPACO, il exprime le désir de tourner un film « important », consacré à la colonisation et aux luttes anticoloniales, un projet ambitieux qu’il ne pourra malheureusement jamais concrétiser.
Ses proches évoquent alors son désenchantement face à l’évolution du cinéma africain, qu’il juge miné par un manque de moyens, d’infrastructures et de nouvelles voix suffisamment soutenues.
𝐋𝐚 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐚𝐫𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐮𝐧 𝐦𝐚𝐢̂𝐭𝐫𝐞
Idrissa Ouédraogo s’est éteint le 18 février 2018, à l’âge de 64 ans, laissant le Burkina Faso plongé dans une profonde émotion. L’ancien président Roch Marc Christian Kaboré a salué la mémoire de « cet immense cinéaste, dont le talent a porté haut les couleurs du pays ».
• Le 20 février, un cortège funèbre a traversé Ouagadougou, marquant plusieurs haltes symboliques, chacune chargée d’émotion et de respect pour l’homme et son œuvre. Place des Cinéastes,
• Porte du FESPACO,
avant son inhumation au cimetière de Gounghin.
Artistes, politiciens, religieux et anonymes viennent saluer celui qui a incarné l’âme du cinéma burkinabè pendant plus de trois décennies.
𝐇𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐠𝐞 : 𝐮𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐢𝐧𝐞𝐧𝐭 𝐞𝐧 𝐡𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐠𝐞, 𝐮𝐧 𝐫𝐞𝐠𝐚𝐫𝐝 𝐢𝐧𝐨𝐮𝐛𝐥𝐢𝐚𝐛𝐥𝐞
L’œuvre d’Idrissa Ouédraogo continue d’inspirer des générations de cinéastes africains et internationaux. Par son humanisme, sa maîtrise narrative et visuelle, son attachement aux réalités africaines, il a façonné une œuvre à la fois intime et universelle.
En capturant la dignité des gestes quotidiens, en explorant les fractures sociales sans jamais perdre sa sensibilité, il a donné au cinéma africain certains de ses plus grands chefs-d’œuvre.
Idrissa Ouédraogo n’a pas seulement filmé des histoires : il a filmé un peuple, une terre, une mémoire collective.
𝐅𝐢𝐥𝐦𝐨𝐠𝐫𝐚𝐩𝐡𝐢𝐞
Comme réalisateur
𝐋𝐨𝐧𝐠𝐬 𝐦𝐞́𝐭𝐫𝐚𝐠𝐞𝐬
1986 : Yam Daabo (Le choix)
1989 : Yaaba (Grand-mère)
1990 : Tilaï (La loi)
1991 : A Karim Na Sala (Karim et Sala)
1992 : Samba Traoré
1994 : Le Cri du cœur
1997 : Kini et Adams
2000 : Le monde à l'endroit
2003 : La Colère des dieux
2006 : Kato, Kato
𝐂𝐨𝐮𝐫𝐭𝐬 𝐦𝐞́𝐭𝐫𝐚𝐠𝐞𝐬, 𝐝𝐨𝐜𝐮𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐟𝐢𝐥𝐦𝐬 𝐜𝐨𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐢𝐟𝐬
1981 : Poko
1981 : Pourquoi?
1983 : Les Écuelles, documentaire
1983 : Les Funérailles du Larle Naba, documentaire
1984 : Issa le tisserand, docu-fiction
1985 : Ouagadougou, Ouaga deux roues, documentaire
1986 : Tenga
1991 : Obi
1994 : Afrique, mon Afrique
1994 : Gorki
1995 : film collectif Lumière et Compagnie (un segment)
1996 : Samba et Leuk le lièvre avec Jean-Louis Bompoint, animation
1997 : scénarios du sahel: Pour une fois
1997 : scénarios du sahel: La Boutique
1997 : scénarios du sahel: Le gros et le maigre
1997 : scénarios du sahel: Le Guerrier
1997 : Les Parias du cinéma (un segment)
2000 : scénarios du sahel: Conseils d'une tante
2001 : 100 jours pour convaincre, cent très courts films contre le Sida
2001 : Le marché du deux roues au Burkina
2002 : film collectif 11'09"01 - September 11 (un segment)
2008 : L'Anniversaire
𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐯𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧
1999: Entre l'arbre et l'écorce (programme de télévision)
1999: Kadi Jolie (série télévisée)
2005: Trois Hommes, un village avec Issa Traoré de Brahima
𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐝𝐮𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫
1989: Yaaba (Grand-mère)
1990: Tilaï (La loi)
1992: Samba Traoré
1995: Guimba, un tyran, une époque, réalisation : Cheick Oumar Sissoko
2003: Kounandi, réalisation : Appoline Traoré
2003: Sous la clarté de la lune, réalisation : Appoline Traoré
2006: Kato, Kato
𝐑𝐞́𝐜𝐨𝐦𝐩𝐞𝐧𝐬𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐢𝐬𝐭𝐢𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬
Récompenses
Poko, 1981
Prix du meilleur court-métrage au FESPACO
Prix de la Critique Internationale
Mention spéciale de l’Institut culturel africain (ICA)
Écuelles (les), 1983
Prix Kodak Musée de l’Homme
Grand prix Documentaire à Melbourne
Prix de la Fédération internationale des ciné-clubs d’Oberhausen
Grand prix du court-métrage à Nevers
Issa le tisserand, 1984
Prix de l’Institut culturel africain (ICA)
Prix de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT)
Prix de la Critique Internationale
Cauri 85
Yam Daabo, 1986
Prix Georges-Sadoul
Prix de l’OCIC
Prix du 7e Art FESPACO 1987
Prix de la meilleure musique FESPACO 1987
Prix de l’Unicef
Prix de la ville de Ouagadougou
Prix OUA (Tunisie)
Prix du CIERTO
Prix UNESCO
Corride d’Argent au Festival du Film de Taormine
Yaaba, 1989
Prix spécial du Jury, prix du public et prix de la meilleure musique FESPACO
Prix de la Critique Internationale (FIPRESCI
Prix d'or au Festival international du film de Tokyo
Prix du Jury œcuménique - Mention spéciale
Tilaï, 1990
Prix Afrique
Prix OCIC
Grand Prix au Festival de Cannes 1990
Prix du meilleur long métrage au 1er Festival du cinéma africain, d’Asie et d’Amérique latine de Milan en 1991
Étalon de Yennenga, Grand prix du FESPACO 1991
Samba Traoré, 1992
Tanit d’Argent aux Journées cinématographiques de Carthage
Ours d’Argent au Festival international du film de Berlin
Le Cri du cœur, 1994
Prix OCIC à la Mostra de Venise
Prix du public lors du 5e Festival du cinéma africain, d’Asie et d’Amérique latine de Milan 1995
Kini et Adams, 1997
Prix du meilleur long métrage lors du 8e Festival du cinéma africain, d’Asie et d’Amérique latine de Milan 1998
Prix du jury au Festival international du Film des Bermudes 1998
Prix UNESCO à la Mostra de Venise
Trois Hommes, un village, 2005Prix spécial du jury série ou sitcom FESPACO avec Issa Traoré de Brahima
𝐃𝐞́𝐜𝐨𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬
Première classe de l’ordre national du Burkina Faso.
Première classe de l’Ordre tunisien du mérite (2016)
Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres (France).
✍𝐏𝐚𝐫 𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘 / À 𝐥𝐚 𝐜𝐫𝐨𝐢𝐬é𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐚𝐢𝐭𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥'𝐚𝐧𝐚𝐥𝐲𝐬𝐞