19/08/2026
«La brigade de Minty a mené la meilleure charge que j’ai jamais vu» Nash Farm, 20 août 1864
La campagne d’Atlanta, commencée début mai 1864, a permis au groupe d’armées du Major General William Tecumseh Sherman de pénétrer profondément en Géorgie. Le General Joseph E. Johnston, qui a remplacé le General Braxton Bragg au commandement de l’Army of the Tennessee confédérée en décembre 1863, ne parvient pas à arrêter les trois armées de Sherman, l’Army of the Tennessee fédérale, l’Army of the Ohio et l’Army of the Cumberland. Sherman aligne plus de 110 000 soldats de l’Union contre près de 60 000 soldats confédérés. En trois mois de campagne, Sherman parvient aux portes d’Atlanta. Johnston, qui a une relation exécrable avec le président confédéré Jefferson Davis, fait les frais de ces revers et est remplacé le 18 juillet par le Lieutenant General John Bell Hood. Le 22 juillet, John Bell Hood lance ses troupes à l’assaut pour tenter de chasser Sherman des abords d’Atlanta mais échoue lui aussi. Le siège partiel d’Atlanta commence.
Pour tenter de refermer l’étau sur Atlanta, William T. Sherman ordonne une campagne de cavalerie autour de la ville pour détruire ses routes logistiques, surtout les chemins de fer du sud. L’opération a un format de raid de cavalerie mais Sherman préfère parler d’une attaque. Un raid a généralement pour but de tout détruire sur son passage avant de retourner vers les lignes amies. Sherman insiste sur le fait que cette opération doit bien davantage « travailler » que « combattre » : il faut détruire durablement les deux voies ferrées qui ravitaillent Atlanta. La mission est confiée au commandant de la Third Division du Cavalry Corps de l’Army of the Cumberland, le Brigadier General Judson Kilpatrick, surnommé « Kill Cavalry » pour sa témérité qui met souvent ses hommes dans des situations compliquées. Kilpatrick demande au Major General Thomas de lui rattacher deux brigades supplémentaires pour ce raid. Ses trois brigades, comprenant huit régiments et une batterie d’artillerie, se voient renforcées par deux brigades de la Second Division, comprenant six régiments et une batterie d’artillerie. La First Brigade de la Second Division est la fameuse « Saber Brigade » commandée par le Colonel Robert G. Minty et dans laquelle figure le 4th U.S. Cavalry, aux côtés du 7th Pennyslvania Cavalry et du 4th Michigan Cavalry. La Second Brigade de la Second Division est commandée par le Colonel Eli Long, un ancien capitaine du 4th U.S. Cavalry.
Ce sont environ 4500 hommes qui s’élancent le soir du 18 août 1864. Cap sur l’Atlantic & West Point Railroad, à Red Oak Station. Dès le depart de l’opération, les fédéraux sont accrochés par une brigade de 400 cavaliers confédérés du Texas sous les ordres du Brigadier General Lawrence Sullivan Ross. Très inférieurs en nombre, les cavaliers de Ross ne peuvent pas s’opposer frontalement aux fédéraux mais ils adoptent une tactique ret**datrice, pour ralentir au maximum Kilpatrick et donner le temps à des troupes d’infanterie d’intervenir. A Red Oak Station, les hommes de Kilpatrick détruisent près de 500 m de voie ferrées pendant que les brigades de Minty et Long repoussent les Confédérés. Les Texans se battent comme des lions mais sont trop peu nombreux et la chaleur est écrasante. Il fait 37°C à la mi-journée du 19 août. En fin d’après-midi, les fédéraux ont repoussé les Texans jusqu’à Jonesboro, sur la Macon & Western Railroad.
A la nuit tombée, les cavaliers entreprennent la destruction de la voie ferrée et de tous les entrepôts à portée. Ce sont près de cinq kilomètres de voie ferrée et plusieurs d’entrepôts et de bâtiments qui sont détruits, ainsi, hélas, qu’une grande partie de la ville, brûlée et pillée. Les Confédérés de Ross continuent de harceler les fédéraux dont une partie forme une ligne de défense. Les combats se poursuivent dans la soirée et la nuit, alors qu’une chaude pluie tropicale commence à tomber, rendant la destruction des voies plus compliquées. En effet, il faut faire des brasiers suffisamment intenses pour approcher le point de fusion de l’acier et tordre les rails autour de poteaux télégraphiques. De plus, Kilpatrick apprend que la division d’infanterie du Major General Patrick Cleburne est en marche forcée pour l’intercepter, accompagnée de la division de cavalerie du Major General William Martin. Kilpatrick décide donc d’évacuer Jonesboro, déjà ravagée et de poursuivre vers la gare de Lovejoy’s Station, à environ huit kilomètres au sud. Partie vers 2h du matin, la colonne marche de nuit vers Mc Donough, au sud-est, puis bifurque vers le sud-ouest, vers Lovejoy’s Station.
Les Confédérés ne se reposent pas davantage. La division de Cleburne, forte de 3000 hommes, arrive en train à Lovejoy’s Station et se déploie rapidement. La brigade de Ross est renforcée par la brigade de cavalerie du Brigadier General Samuel Ferguson et par Croft’s battey d’artillerie, aux ordres du Lieutenant Alfred Young, également en route vers Lovejoy’s Station. Les combats incessants redoublent d’intensité et les cavaliers de Kilpatrick se replient vers l’est, en direction d’une ferme abandonné, appartenant à la famille Nash.
Pendant les combats, le commandant du 4th U.S. Cavalry, le Capitaine James McIntyre est porté disparu aux contacts des Confédérés. Les témoins disent qu’à l’annonce de la capture de leur chef, les cavaliers du 4th deviennent de vrais démons et contre-attaquent, chargeant dans le tas avec une rare violence, bousculant tout sur leur passage, jusqu’à récupérer leur commandant.
Les fédéraux comprennent rapidement que leur situation devient très dangereuse. Les Confédérés sont toujours plus nombreux et les rapports des éclaireurs fédéraux sont inquiétants. Kilpatrick surestime les forces confédérées et pense que deux divisions d’infanterie et deux divisions de cavalerie s’apprêtent à l’encercler. Il est en effet sur le point d’être pris en étau par l’avant et l’arrière mais les Confédérés sont moins nombreux qu’il ne pense. L’infanterie qui arrive de Lovejoy’s Station, sur ses arrières, est le plus grand danger. Face à lui, la brigade de Ross, la batterie de Young et quelques éléments de Ferguson sont postés mais Ferguson n’a pas toute sa puissance.
A Nash Farm, Kilpatrick convoque ses chefs de brigade et demande leur avis. Il faut absolument se dégager par une poussée au point le plus faible, donc sur la brigade de Ross.
- « En tirant ou en sabrant ? » demande Kilpatrick.
Le chef de la Saber Brigade, Robert G. Minty, n’hésite pas :
- « Au sabre, Mon Général ».
Et Minty va plus loin. Il propose de ne pas déployer ses régiments en ligne de bataille mais de charger en colonnes par quatre, ses trois régiments côte à côte. Il compare ses colonnes à des locomotives, concentrant leur force sur des points très précis.
- « Quand nous frapperons, quelque chose se brisera forcément. » dit-il.
La brigade de Minty est placée en tête, le 4th U.S. à gauche, le 4th Michigan au centre et le 7th Pennsylvania à droite. La charge est lancée, suivie de près par la brigade de Long et la division de Kilpatrick. Pour ne pas être directement sous le feu de l’artillerie confédérée, la charge se fait au milieu d’un champ de maïs déjà très haut. Mais une route borde le champ à gauche et, naturellement, les chevaux du 4th U.S. veulent échapper au fouet incessant des pieds de maïs. Leurs cavaliers décident spontanément de se déporter à découvert, ce qui les met directement sous le feu des canons de Young. Mais ce faisant, ils peuvent aussi beaucoup accélérer. Les tirailleurs confédérés sont surpris, sabrés et dépassés en trombe. Les premières lignes de défense confédérées sont rapidement atteintes et déjà, de nombreux cavaliers confédérés ont pris la fuite devant cette charge tonitruante. Le choc de la charge fait littéralement voler en éclat les lignes confédérées. Selon des témoins, les cavaliers du 4th poursuivent les fuyards et taillent leur chemin dans les lignes confédérées à coups de sabre à droite avec une telle violence que les blessures sont dantesques.
Les Confédérés pourtant, se battent avec une force « surhumaine » selon des témoins, mais la charge est trop violente. Les canons confédérés sont finalement atteints et capturés. Les canons légers sont sabotés et un obusier de 12 livres est emporté. La déroute confédérée finit par être totale et les soldats en fuite sont poursuivis et sabrés sur plusieurs kilomètres.
Le Colonel Minty écrit dans son rapport que près de 500 ennemis ont été sabrés, la batterie de trois canons capturée, trois drapeaux de régiments confédérés capturés et plus de 600 confédérés ont été fait prisonniers. Il rapporte que sa brigade a perdu 106 hommes, tués, blessés, disparus, dont 42 hommes pour le seul 4th U.S. Cavalry qui est parvenu le premier aux lignes ennemies.
Le général Kilpatrick écrit, pour sa part, que la charge de la brigade de Minty est la meilleure charge qu’il a jamais vue.
Mais la colonne est gravement désorganisée à la suite de cette charge phénoménale et le retour vers les lignes fédérales autour d’Atlanta est un chemin de croix très éprouvant. Les dernières unités parviennent en sécurité dans l’après-midi du 22 août. Les hommes sont dans un état terrifiant, la plupart n’ayant somnolé que quelques heures, à cheval et en chemin, depuis la nuit du 18 août.
Le bilan de l’opération n’est pas très fameux en termes de destruction des voies ferrées. Quelques jours seulement après le raid, la ligne Macon & Western Railroad est réparée et peut acheminer du ravitaillement à Atlanta. Mais en termes de l’opinion publique confédérée, le raid de Kilpatrick est un succès massif. 4500 cavaliers ont fait un large tour d’Atlanta, au cœur de la Géorgie, et les troupes confédérées n’ont pas réussi à les arrêter. Les rapports des combats de Nash Farm, en particulier, sèment l’effroi. La cavalerie fédérale, et en particulier le 4th U.S. Cavalry, se taille à coups de sabre, une réputation de détermination et de férocité sans précédent.
Mais cette détermination à se sortir du piège de Nash Farm porte un nom particulier qui, lui-même, mettait l’effroi au cœur des soldats de l’Union : Andersonville. Ouvert depuis seulement quelques mois, le camp de prisonniers d’Andersonville, au sud de la Géorgie, était déjà sinistrement réputé parmi les troupes fédérales, notamment pour les privations, les exactions des gardes et la mortalité élevée. En effet, il est considéré qu’en 14 mois d’existence, le camp d’Andersonville a vu 13 000 prisonniers décéder, soit 28% de la population totale de prisonniers. Echapper à Andersonville était la principale motivation de la violence des fédéraux à Nash Farm !
Capt. Tim Larry