03/07/2026
Gettysburg, 3 Juillet 1863, troisième et dernier jour de la bataille.
Après deux jours de combats à Gettysburg, la situation n’a pas bougé depuis le premier soir. Les troupes fédérales de l’Army of the Potomac, désormais au complet avec l’arrivée du VI Corps du Major General John Sedgwick, sont solidement retranchées sur les hauteurs au sud-est de la ville. Les attaques confédérées sur les deux flancs n’ont pas abouti. A Little Round Top, malgré la disparition opérationnelle du III Corps, les forces fédérales ont repoussé les assauts confédérés et ont consolidé leurs positions. Le VI Corps de Sedgwick renforce le flanc gauche fédéral occupant Big Round Top et empêchant toute nouvelle manœuvre. A Culp’s Hill, malgré des combats acharnés jusque t**d dans la nuit, les assauts confédérés n’ont fait que faire reculer de quelques mètres la ligne fédérale, sans parvenir à la briser.
Initialement, le General Robert E. Lee veut à nouveau attaquer le flanc droit à Culp's Hill pour attirer des renforts fédéraux à cet endroit et laisser au Lieutenant General James Longstreet une deuxième chance de percer le flanc gauche au sud de la crête de Cemetery Ridge. Mais dès l’aube, l’artillerie fédérale pilonne les positions confédérées sur Culp’s Hill. Les combats reprennent et les fédéraux tentent de rétablir la ligne de la veille au soir. Les Confédérés perdent l’initiative à Culp’s Hill et malgré plusieurs attaques au cours de la matinée, ils ne parviennent pas à déloger leurs adversaires et sont même contraints de reculer. Les renseignements qui parviennent au General Lee indiquent également que le flanc gauche fédéral, autour des Round Top, a été solidement renforcé. Il devient illusoire de penser réussir une attaque de flanc.
Mais Robert E. Lee estime que, pour renforcer les flancs, l’Army of the Potomac a dû dégarnir son centre. Cemetery Ridge est certes un peu en hauteur mais c’est le point le plus bas des défenses fédérales. Si, comme il l’espère, les Fédéraux ont renforcé les flancs en dégarnissant le centre, Cemetery Ridge est la zone la moins défendue du dispositif fédéral.
Une attaque au centre, alors qu’il est en infériorité numérique, semble totalement déraisonnable mais Robert E. Lee ne manque pas d’audace. La Garde Impériale française l’a fait à Solférino, en Italie, le 24 juin 1859. Sous le commandement du Général de Division Jacques Camou, un béarnais, la 2ème Division d’Infanterie de la Garde Impériale, composée des Voltigeurs de la Garde, attaque en plein centre du dispositif autrichien, à un contre quatre, et prend la tour et le couvent de Solférino, perçant la ligne autrichienne. Si les Confédérés parviennent à renouveler l’exploit et à percer à Cemetery Ridge, le Major General Georges Meade sera contraint d’abandonner le terrain, ou bien prendra le risque d’être anéanti en tentant de combler la brèche. La cavalerie de JEB Stuart, contournant toute l’Army of the Potomac par le nord et l’est, attaquera Cemetery Ridge à revers pour soulager l’infanterie.
Le Lieutenant General James Longstreet, qui commande le First Corps de l’Army of Northern Virginia, s’oppose à cet assaut. Il y a presque deux kilomètres de terrain à découvert, en faux plat ascendant, entre les positions confédérées et Cemetery Ridge. La chaleur approche des 30°C, dans une météo à l’orage donc humide et lourde. Une grande partie de l’artillerie fédérale est massée à Cemetery Ridge qui est la zone la plus propice à son déploiement. L’infanterie fédérale est abritée derrière un muret de pierres qui borde une route. Les fantassins confédérés vont devoir approcher à découvert, franchir plusieurs barrières agricoles qui vont désorganiser les rangs, sous la chaleur et le feu ennemi. Longtstreet estime qu’il lui faudrait 30 000 hommes pour réussir à atteindre la ligne fédérale, la percer et exploiter. Or, son corps d’armée est meurtri des combats de la veille. Le Major General John Bell Hood a dû être amputé d’un bras, sa division est épuisée et a subi de lourdes pertes, comme celle du Brigadier General Evander Law. Seule la division de Virginiens du Major General George Pickett est fraîche et complète.
Le général Lee insiste pour l’assaut et détache deux divisions du Third Corps d’A.P. Hill. Celle du Major Generals James Pettigrew, qui remplace Henry Heth, blessé le 1er juillet, et du Major General Isaac Trimble, qui remplace Dorsey Pender, mortellement blessé le 2 juillet. Les trois divisions confédérées réunies rassemblent 12 500 hommes, moins de la moitié du nombre estimé nécessaire par Longstreet. Lee promet une préparation d’artillerie massive, réunissant entre 150 et 170 canons, qui ouvrent le feu sur Cemetery Ridge une heure avant l’assaut. Hélas, malgré son format inédit et très impressionnant, la préparation d’artillerie est largement inefficace et trompe l’Etat-Major confédéré. Le Brigadier General Henry Hunt, chef de l’artillerie fédérale, dispose de 80 canons sur Cemetery Ridge. Il attend 15 mn avant de riposter et il ordonne à ses batteries d’espacer de plus en plus leurs tirs, pour laisser croire que leurs pièces sont mises hors combat. Il veut également économiser ses obus à longue portée pour l’assaut d’infanterie mais le Major General Winfield Scott Hancock le presse de riposter pour soutenir le moral de ses hommes.
A 14h, par 31°C, les divisions de Pickett, Pettigrew et Trimble se déploient et, la mort dans l’âme, le général Longstreet ordonne l’assaut. La charge est un désastre. Les fantassins confédérés sont hachés par l'artillerie fédérale, avant d'être à portée de tir de l'infanterie. Les survivants de la progression parviennent au muret et engagent un corps à corps sauvage dans une terrible mêlée, notamment la brigade du Brigadier General Lewis Armistead, un ami personnel du général Hancock. Lewis Armistead est tué quelques instants après avoir franchi le muret et Winfield Scott Hancock est gravement blessé d’une b***e à l’aine. Les deux autres généraux de brigade de la division Pickett tombent également. Richard Garnett est tué, certainement par un tir d’artillerie à courte distance, parce que son corps ne sera jamais identifié. James Kemper est gravement blessé et doit être évacué. Les deux autres commandants de division, James Pettigrew et Isaac Trimble sont également blessés. L’assaut s’arrête de lui-même, faute d’assaillants.
Dans la division Pickett, 26 des 40 officiers supérieurs sont tués, blessés ou capturés. Sur les 12 500 hommes qui attaquent Cemetery Ridge, plus de 6500 sont mis hors de combat, tués, blessés, capturés et disparus. Les restes des forces finissent par refluer, hébétés et choqués. Le général Lee qui vient à leur rencontre, tombe sur le général Pickett, hagard et désorienté. Lorsque Lee lui ordonne de s'occuper de sa division, Pickett a cette réponse terrible : "Je n'ai plus de division". Ce qui sera appelé plus t**d « Pickett’s Charge » est terminée et c’est une catastrophe pour l’Army of Northern Virginia.
De plus, à l’est, la cavalerie de JEB Stuart, qui tente de contourner les lignes fédérale pour attaquer Cemetery Ridge par l’arrière, est interceptée par la division de cavalerie du Brigadier General David Gregg et la brigade du Brigadier General Georges A. Custer dans un endroit appelé depuis East Cavalry Field. Les « Wolverines » du Michigan de Custer chargent furieusement les cavaliers confédérés et un combat de mêlée très violent s’engage, sans vainqueur, mais qui empêche JEB Stuart de prendre Cemetery Ridge à revers.
Au sud des collines des Round Top, ayant appris l’échec de la charge de Pickett, le Brigadier General Judson Kilpatrick lance sa division de cavalerie fédérale à l’assaut du flanc droit de Longstreet et subit de lourdes pertes mais cette action empêche une nouvelle attaque sur les Round Top que Longstreet envisageait pour soulager Pickett.
A la fin de l’après-midi, toutes les attaques confédérées ont échoué, les pertes sont lourdes, l’artillerie n’a presque plus de munitions, le ravitaillement est difficile. Le général Robert E. Lee doit se rendre à l’évidence : l’Army of Northern Virginia ne peut pas vaincre l’Army of the Potomac à Gettysburg.
Lee espère encore que, galvanisés par leur succès, les fédéraux vont contre-attaquer, et qu'il pourra leur rendre la monnaie de leur pièce. Mais le général Georges Meade ne tombe pas dans le piège. Les deux armées passent 24 heures à s'observer, espérant que l'autre commette l'erreur d'attaquer. Mais Lee n'a plus les moyens et Meade ne bouge pas de ses positions. Le 4 juillet, l’Army of Northern Virginia commence à plier bagages et fait retraite vers la Virginie, poursuivie par la cavalerie nordiste qui la harcèle sans parvenir à l’empêcher de fuir.
L'Armée du Potomac reste maître du terrain et remporte la Bataille de Gettysburg. Sur près de 160 000 hommes engagés, près de 53 000 sont hors de combat, tués, blessés, disparus et capturés. C'est la bataille la plus imposante et la plus sanglante de l'histoire du continent américain.
Personne ne le sait encore, mais toute la guerre de Sécession bascule pendant ces quelques jours de juillet 1863. Gettysburg tue les derniers espoirs confédérés d’imposer une paix négociée à Washington. Et à Vicksburg, sur le Mississippi, assiégée depuis le 18 mai, le Lieutenant General John C. Pemberton réalise qu’il n’a plus le choix. Il doit capituler la ville et se rendre au Major General Ulysses S. Grant, qui parachève la conquête du Mississippi.
Capt. Tim Larry