Caché derrière une petite maison, le cinéma l’Argoat est peu visible au passant. Alors qu'il s'apprête à déposer le bilan en 1994, "La Belle Equipe" se constitue en association afin de sauvegarder la salle. "Lorsque nous sommes arrivés, la salle ne comptait plus que 5 000 entrées par an, explique Sylvie Lagrue, présidente de l’association. Notre objectif principal était de remonter les entrées ave
c une programmation plus variée". Pour autant, la simple volonté ne suffit pas. Il a fallu découvrir le fonctionnement d’une salle de cinéma, apprendre les méandres administratifs. "Nous avons découvert la face cachée du secteur, la pression des distributeurs, pourquoi nous ne pouvons avoir un film en sortie nationale, pourquoi nous devons sortir tel film pour obtenir tel autre… Puis il a fallu connaître les différentes instances cinématographiques : le CNC, l’association des cinémas d’art et essai, la mise en place des dossiers, la logistique, les transports... Sans compter les trois bénévoles qui ont dû se former à la projection", se souvient Sylvie. Aujourd’hui, avec l’aide des anciens exploitants devenus membres de l’association,"La Belle Equipe” maîtrise parfaitement son cinéma et a su mettre en place des actions efficaces, permettant de doubler le nombre des entrées. Leur adhésion aux Ecrans d’Armor leur a permis d’accueillir des hôtes de marque tels que Bernard Stora, Niels Tavernier ou Philippe Muyl. De même, la participation à Cinécole, le développement de la VO, la diffusion de films d’art et essai et de documentaires ont attiré un nouveau public. "Désormais, nous sommes reconnus comme ayant une bonne programmation. Parallèlement aux sorties nationales, nous proposons également des films tournés en Bretagne ou abordant des sujets qui interpellent les gens d’ici : l’agriculture durable, la seconde guerre mondiale et les prisonniers bretons, l’avenir de la médecine en milieu rural… Pour autant, l’effort doit se poursuivre et de nombreuses actions restent encore à mettre en place." Tourné vers l'avenir, l’Argoat doit se battre quotidiennement pour conserver et étoffer son public. "Nous sommes dans un milieu rural et social assez fragile. Pour avoir la même croissance que les autres salles, nous devons faire 4 fois plus de travail d’animation", souligne Sylvie. Raison pour laquelle l’association travaille avec un programmateur qui propose un choix de films quelque peu différent. Des ententes avec les autres cinémas locaux ont également leur intérêt." "Nous avons eu des moments difficiles, surtout quand le public n’est pas au rendez-vous, mais également des moments très forts, notamment avec le venue de Lucie Aubrac ou la diffusion du film sur les oubliés de 39-45. Pour cette raison, il ne faut pas lâcher la barre et rester constamment en éveil", conclut Sylvie.