09/05/2026
Il y a 29 ans Ouahioune et Ait Hamouda
LETTRE DE DJAFFAR OUAHIOUNE AUX SIENS
Azul fellawen a les jeunes !
Je vous écris d’un lieu où le temps ne compte plus, mais où la mémoire, elle, demeure vive. Je suis Djaffar je suis en compagnie de mon ami Kamal, ceux que vous n’avez pas connu, ceuxi qui sont tombés un matin de mai, dans un lycée qui sentait encore la craie et l’espoir.
À ceux qui ont cru nous faire taire par les balles et la peur, je m’adresse d’abord : vous n’avez pas réussi. Vous avez arrêté des corps, pas une idée. Vous avez interrompu des voix, pas un combat. Ce que nous portions ne s’est pas éteint avec nous. Il vit encore dans chaque mot libre, dans chaque conscience éveillée. Non, notre terre n’est pas devenue ce que vous vouliez en faire : Kaboul. Elle est restée debout. Elle résiste encore.
À vous maintenant, les miens, les jeunes de Kabylie et ceux de toute l'Algérie qui partagez nos rêves, qui portez en vous cette même flamme :
Je vous vois. Ceux que j’ai laissés bébés ont aujourd’hui l’âge d’homme. Cela me remplit d’une joie silencieuse de vous entendre parler s teqvaylit, de vous voir aimer votre terre comme nous l’aimions. Dans chaque mot que vous prononcez, je reconnais une victoire.
Mais je ne vous cacherai pas ma peine. Trente années ont passé, et notre combat continue. Il est long, il l’a toujours été. C’est un héritage lourd, façonné par des siècles de résistance. Rien ne nous a jamais été donné, tout a été arraché.
Et pourtant, ce qui me blesse le plus, ce sont vos divisions. Je vous vois vous opposer, vous fragmenter, vous perdre dans des luttes tant villageoises que nationales qui vous affaiblissent. Ne croyez pas que nous étions parfaits. Nous aussi, nous avions nos désaccords. Mais nous savions distinguer l’essentiel du secondaire. Sur l’essentiel, nous ne cédions pas : notre langue, notre dignité, la démocratie, et l’idée d’une Algérie moderne et libre débarrassée des virus islamistes et totalitaires
Nous ne donnions jamais à nos ennemis le spectacle de nos fractures.
Si nous avons tenu, si certains d’entre nous ont porté les armes, ce n’était pas pour que vous héritiez de nos luttes. C’était pour que vous puissiez vivre debout, en paix, sans peur. Pas pour vous voir vous déchirer pendant que d’autres rêvent encore de vous effacer, de vous faire disparaître dans une identité qui n’est pas la vôtre, de faire de votre pays un sattelite de l'Arabie.
Les jeunes ! Ne vous laissez pas faire.
Vivez. Pour vous-mêmes. Pour vos villages. Pour votre pays.
Ne devenez pas des ombres qui marchent.
Ne soyez pas des morts-vivants.
À mes côtés, Kamal est là. Toujours le même sourire, la même douceur. Il acquiesce à chaque mot que je vous adresse. Nous vous regardons avec espoir, malgré tout.
Et nous attendons.
Peut-être que l’année prochaine, nous vous écrirons encore. Mais cette fois, avec fierté. Avec reconnaissance. Parce que vous aurez su être à la hauteur de ce que nous avons rêvé pour vous.
Ne laissez pas notre sacrifice devenir un souvenir vide.
Faites-en une promesse tenue.
Djaffar et Kamal qui vous aiment.
PS : Tassaft Ouguemoune nous manque mais nous comptons sur vous pour en faire un village phare.
***Ahmed Ammour***