18/08/2025
VoilĂ qu'il est dit đđŸđđŸđđŸđđŸđđŸ
Que pensez-vous de cette magnifique analyse de l'acteur Ndong
đđđ LE ET LE BIAIS DES "BEAUX ET BELLES".
Dans beaucoup de pays africains, notre cinĂ©ma et mĂȘme notre contenu visuel de fiction sont encore prisonniers dâun travers que jâappelle . Comme si seuls les visages lisses, les silhouettes "parfaites" et les sourires blancs selon les canons occidentaux avaient droit de citĂ© Ă lâĂ©cran.
Ce phĂ©nomĂšne est plus subtil quâil nây paraĂźt. DerriĂšre cette obsession se cache une idĂ©e reçue : pour sĂ©duire le public, il faudrait montrer ce quâil y a de âplus beauâ dans la sociĂ©tĂ©. Mais cette idĂ©e a un coĂ»t : elle appauvrit notre cinĂ©ma, nie la diversitĂ© rĂ©elle de nos visages, et Ă©touffe le talent de centaines dâacteurs et dâactrices qui nâont rien de âconventionnelâ dans leur apparence.
Il faut dire les choses clairement : la hiĂ©rarchie des visages lĂ nâest pas nĂ©e de nos cultures. Pendant des dĂ©cennies, lâOccident a exportĂ© des critĂšres figĂ©s de beautĂ© â peau claire, traits fins, corps sculptĂ©s â qui ont contaminĂ© nos imaginaires. RĂ©sultat : dans nos castings, on a parfois lâimpression de chercher un mannequin avant de chercher un acteur.
Et pourtant, le cinĂ©ma, les autres contenus visuels de fiction, ne sont pas des concours de beautĂ©. Le , le câest la vie racontĂ©e par des visages, des corps, des voix. Quand on sâenferme dans le âcasting des beauxâ, on dĂ©serte la rĂ©alitĂ© pour fabriquer une vitrine artificielle.
Je pense à tous ces et aux visages atypiques : nez fort, cicatrices, corps lourds ou fragiles, dents écartées, regards singuliers.
Dans un cinéma mature, ce sont ces singularités qui donnent de la profondeur aux personnages. Mais chez nous, trop souvent, ils ne trouvent presque jamais de rÎle.
Le rĂ©sultat est tragique : nous perdons des talents immenses simplement parce que nous avons peur de sortir des normes. On prĂ©fĂšre un acteur âjoliâ mais mĂ©diocre Ă un acteur habitĂ©, puissant, qui porte dans ses traits lâhistoire de son peuple.
Un film nâest pas seulement un objet esthĂ©tique, câest un miroir.
Quand le public africain regarde un Ă©cran qui ne montre que des visages âstandardisĂ©sâ, il ne se reconnaĂźt pas. Il admire, peut-ĂȘtre, mais il ne se voit pas. Or le cinĂ©ma le plus fort est celui qui raconte lâhumain tel quâil est, avec ses beautĂ©s multiples, ses aspĂ©ritĂ©s, ses contradictions.
Câest pourquoi , malgrĂ© ses dĂ©fauts, a conquis le continent : parce que les NigĂ©rians se sont vus tels quâils sont dans leurs films. Pas idĂ©alisĂ©s, pas blanchis, pas filtrĂ©s.
Beaucoup de producteurs justifient les choix lĂ par lâĂ©conomie : âSi on ne met pas des visages attirants, le public ne viendra pas.â
Câest faux. Ce qui attire le public, ce nâest pas seulement la beautĂ© physique. Câest mĂȘme d'abord lâhistoire, câest lâĂ©motion, câest la vĂ©ritĂ©.
Un acteur avec un physique atypique mais une intensitĂ© dramatique peut captiver mille fois plus quâun mannequin qui rĂ©cite.
LâAfrique est un continent de diversitĂ©. Nos visages racontent des histoires millĂ©naires : rides profondes, peaux marquĂ©es par le soleil, corps gĂ©nĂ©reux ou filiformes, regards ardents ou timides.
Chaque visage est un patrimoine. Les ignorer, câest appauvrir notre cinĂ©ma.
Donc, si on veut bĂątir un digne de ce nom, on doit briser cette obsession des âbeaux et des bellesâ. On doit apprendre Ă aimer nos visages rĂ©els, Ă leur donner la place quâils mĂ©ritent.
Le gagnera en puissance le jour oĂč il osera montrer tous les visages : beaux, atypiques, marquĂ©s, singuliers. Le jour-lĂ , la plupart de nos films cesseront dâĂȘtre une copie pĂąle des standards occidentaux pour devenir de vĂ©ritables miroirs de nos peuples.
Et peut-ĂȘtre quâalors, au lieu de chercher la beautĂ© dans les visages âparfaitsâ, nous apprendrons Ă la retrouver dans lâintensitĂ© dâun regard, la sincĂ©ritĂ© dâune ride, la profondeur dâune voix.
_A.N
Août 2025