09/02/2026
💥 [Exemple de « chicane » réussie!] Cet été, mon chum a littéralement charrié des tonnes d’asphalte (processus de renaturalisation de la cours, yé!). Je l’ai appuyé de mon mieux, quelques heures ici et là.
À un moment donné, je me suis rendu compte que je vivais de la frustration à l’idée que ma belle-fille de 20 ans, qui avait amorcé le projet en donnant les premiers coups de pic, ne s’impliquait plus.
J’ai décidé de lui en parler. (Parce que je sais qu’elle et moi sommes capables de se parler des « vraies affaires ». Et parce que je sais d'expérience qu’en parler est pour moi la meilleure manière de rester une belle-mère ouverte et détendue – si je garde la frustration, je vais finir par la lui faire payer d’une manière dont je ne serai pas fière.)
Avec sa permission, voici un résumé de notre dialogue.
- Joanie, je vois que je suis frustrée que tu ne nous aides pas à enlever l’asphalte.
- Ok… a répondu Joanie en reculant un peu. Mais moi, je vais aider davantage après, dans l’aménagement de la cour.
- Ok, donc, toi tu vois ta contribution plus après… [reformulation, pour ralentir et tenter d'entendre vraiment]
- Oui.
- Ok… [Après, je m'amène, j'explore en live] Je vois que moi, je suis inquiète de voir ton père forcer autant. J’ai peur qu’il s’épuise, qu’il se fasse mal. Si tout le monde l’aidait, j’aurais l’esprit plus tranquille.
- Ok…
- Ouains. [prise de conscience en direct] C’est peut-être à lui de voir comment il gère son énergie…
- Ouin…
- Mais je vois que je reste frustrée… je reste inquiète. Merci d’être là pour le dialogue, ça m’aide à aller voir ce qui se passe pour moi…
- Ok…
- Oui, je vois qu’il y a une inquiétude de fond aussi. Ce n’est pas juste par rapport à toi, mais je suis inquiète par rapport à ta génération. À votre âge, on faisait tellement de choses que vous ne faites pas. Je suis inquiète de ce que vous allez devenir, de ce que le monde va devenir. Me dirais-tu ce que tu entends quand je dis ça?
- Ben, c’est sûr que moi, j’ai un autre point vue…
- Attends, avant de me donner ton point de vue, me dirais-tu ce que tu entends que moi je dis, ça m’aiderait à me sentir entendue.
- Ok, tu es inquiète pour notre génération. Tu te demandes ce qu’on va être capables de faire.
- Oui. [Ouf, ça faisait du bien qu’elle le reformule! Je suis tellement reconnaissante que ma belle-fille accepte d’avoir ce genre de conversations avec moi.]
- Mais moi, ce que je pense, c’est que chaque génération d’adultes a pensé ça des plus jeunes…
Oh que ça m’a fait réfléchir. Je ne me souviens pas exactement du reste de notre dialogue. Mais il me reste de cet échange la question suivante :
Et si un mes besoins, dans tout ça, étaient le deuil et l’humilité?
Deuil que les choses ne se passent pas comme je voudrais qu’elles se passent. Deuil que tout en voulant faire mieux que la génération précédente, ma génération de parents, en faisant de son mieux, on se retrouve devant des jeunes anxieux qui passent devant l’écran beaucoup plus d'heures qu'on voudrait. Deuil devant les impacts de la technologie. Deuil de ne pouvoir vraiment saisir la réalité de ces jeunes.
Et en dessous du besoin de deuil, un besoin de confiance en la vie. C’est grand, la vie. C’est mystérieux et incontrôlable. Ça va trouver son chemin.
- Merci beaucoup Jo, je suis contente d’avoir eu cette conversation avec toi (clin d’oeil au film Viking où les personnages se disent cela à répétition, sans que ça ait aucune authenticité).
Fin de la conversation en rigolant.
Merci la CNV (Communication non violente).
Prochaines représentations du spectacle-conférence « Le Cours de chicane » : 25 septembre à Québec et 26 septembre à Saguenay (liens dans les commentaires).