14/03/2025
🚨"𝗟𝗲𝘀 𝗜𝗻𝘃𝗲𝗿𝘁𝘂𝗲𝘂𝘀𝗲𝘀" , 𝘂𝗻 𝗳𝗶𝗹𝗺 𝗯𝗼𝘆𝗰𝗼𝘁𝘁𝗲́ ?
𝐋𝐞 𝐅𝐄𝐒𝐏𝐀𝐂𝐎 𝟐𝟎𝟐𝟓 𝐚 𝐞́𝐭𝐞́ 𝐦𝐚𝐫𝐪𝐮𝐞́ 𝐩𝐚𝐫 𝐝𝐞𝐬 œ𝐮𝐯𝐫𝐞𝐬 𝐟𝐨𝐫𝐭𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐞𝐧𝐠𝐚𝐠𝐞́𝐞𝐬, 𝐩𝐚𝐫𝐦𝐢 𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬, 𝐋𝐞𝐬 𝐈𝐧𝐯𝐞𝐫𝐭𝐮𝐞𝐮𝐬𝐞𝐬 𝙙𝙚 𝙡𝙖 𝙧𝙚́𝙖𝙡𝙞𝙨𝙖𝙩𝙧𝙞𝙘𝙚 𝙗𝙪𝙧𝙠𝙞𝙣𝙖𝙗𝙚̀ 𝘾𝙝𝙡𝙤𝙚́ 𝘼𝙞̈𝙘𝙝𝙖 𝘽𝙊𝙍𝙊 . 𝐋𝐞 𝐥𝐨𝐧𝐠 𝐦𝐞́𝐭𝐫𝐚𝐠𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐫𝐢𝐜𝐞 𝐛𝐮𝐫𝐤𝐢𝐧𝐚𝐛𝐞̀ 𝐂𝐡𝐥𝐨𝐞́ 𝐀𝐢̈𝐜𝐡𝐚 𝐁𝐨𝐫𝐨, 𝐚 𝐬𝐮𝐬𝐜𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐞𝐬 𝐫𝐞́𝐚𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐯𝐢𝐯𝐞𝐬, 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐚𝐝𝐦𝐢𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐭 𝐫𝐞𝐣𝐞𝐭. 𝐀𝐥𝐨𝐫𝐬 𝐪𝐮’𝐢𝐥 𝐞́𝐭𝐚𝐢𝐭 𝐥’𝐮𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐟𝐢𝐥𝐦𝐬 𝐛𝐮𝐫𝐤𝐢𝐧𝐚𝐛𝐞̀ 𝐞𝐧 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐞́𝐭𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥’𝐄́𝐭𝐚𝐥𝐨𝐧 𝐝’𝐨𝐫 𝐝𝐞 𝐘𝐞𝐧𝐧𝐞𝐧𝐠𝐚, 𝐥’𝐚𝐜𝐜𝐮𝐞𝐢𝐥 𝐪𝐮𝐢 𝐥𝐮𝐢 𝐚 𝐞́𝐭𝐞́ 𝐫𝐞́𝐬𝐞𝐫𝐯𝐞́ 𝐚 𝐥𝐚𝐢𝐬𝐬𝐞́ 𝐮𝐧 𝐠𝐨𝐮̂𝐭 𝐚𝐦𝐞𝐫 𝐚̀ 𝐬𝐚 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐫𝐢𝐜𝐞, 𝐪𝐮𝐢 𝐝𝐞́𝐧𝐨𝐧𝐜𝐞 𝐮𝐧 𝐯𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐛𝐨𝐲𝐜𝐨𝐭𝐭.
Ce film aborde un sujet rarement exploré dans le cinéma africain : la vie sentimentale et le désir des femmes de plus de 40 ans. Dans un contexte où la société tend à invisibiliser ces femmes en les privant symboliquement de leur droit aux émotions et aux plaisirs, Chloé Aïcha Boro a voulu briser les tabous. Mais ce regard audacieux n’a manifestement pas fait l’unanimité.
Dans une interview accordée à la chaîne DW 17 POUR CENT, la réalisatrice a exprimé sa profonde désolation :
"𝘐𝘤𝘪, 𝘢𝘶 𝘉𝘶𝘳𝘬𝘪𝘯𝘢 𝘍𝘢𝘴𝘰, 𝘦𝘯 2025, 𝘤𝘦 𝘧𝘪𝘭𝘮 𝘦𝘴𝘵 𝘵𝘳𝘢𝘪𝘵𝘦́ 𝘥𝘦 𝘧𝘪𝘭𝘮 𝘱𝘰𝘳𝘯𝘰𝘨𝘳𝘢𝘱𝘩𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘴𝘶𝘳 𝘭𝘦𝘴 𝘳𝘦́𝘴𝘦𝘢𝘶𝘹 𝘴𝘰𝘤𝘪𝘢𝘶𝘹, 𝘱𝘢𝘳𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘦, 𝘦𝘯𝘤𝘰𝘳𝘦 𝘶𝘯𝘦 𝘧𝘰𝘪𝘴, 𝘭𝘢 𝘴𝘰𝘤𝘪𝘦́𝘵𝘦́ 𝘦𝘴𝘵𝘪𝘮𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘲𝘶𝘢𝘯𝘥 𝘶𝘯𝘦 𝘧𝘦𝘮𝘮𝘦 𝘢 𝘥𝘦́𝘱𝘢𝘴𝘴𝘦́ 40 𝘢𝘯𝘴, 𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘯’𝘢 𝘱𝘭𝘶𝘴 𝘥𝘳𝘰𝘪𝘵 𝘢𝘶𝘹 𝘴𝘦𝘯𝘵𝘪𝘮𝘦𝘯𝘵𝘴 𝘯𝘪 𝘢𝘶 𝘥𝘦́𝘴𝘪𝘳. 𝘋𝘦́𝘧𝘦𝘯𝘥𝘳𝘦 𝘤𝘦 𝘱𝘳𝘰𝘱𝘰𝘴, 𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘥𝘦𝘷𝘦𝘯𝘪𝘳 𝘭’𝘦𝘯𝘯𝘦𝘮𝘪 𝘱𝘶𝘣𝘭𝘪𝘤 𝘯𝘶𝘮𝘦́𝘳𝘰 𝘶𝘯."
Ces paroles traduisent l’ampleur du rejet auquel le film a été confronté. Accusé d’aller à l’encontre des normes sociales établies, il a été sévèrement critiqué par une partie du public, au point d’être, selon sa réalisatrice, occulté lors du FESPACO.
Au-delà des critiques, Chloé Aïcha Boro évoque les sacrifices personnels et financiers qu’elle a fait pour mener à bien ce projet.
"𝘊’𝘦𝘴𝘵 𝘶𝘯 𝘧𝘪𝘭𝘮 𝘵𝘰𝘵𝘢𝘭𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘢𝘶𝘵𝘰𝘱𝘳𝘰𝘥𝘶𝘪𝘵. 𝘑’𝘢𝘪 𝘮𝘪𝘴 𝘵𝘰𝘶𝘵𝘦𝘴 𝘮𝘦𝘴 𝘦́𝘤𝘰𝘯𝘰𝘮𝘪𝘦𝘴 𝘦𝘵 𝘫𝘦 𝘴𝘶𝘪𝘴 𝘦𝘯𝘥𝘦𝘵𝘵𝘦́𝘦 𝘫𝘶𝘴𝘲𝘶’𝘢𝘶 𝘤𝘰𝘶 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘫𝘦 𝘯𝘦 𝘭’𝘢𝘪 𝘫𝘢𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘦́𝘵𝘦́. 𝘑𝘦 𝘴𝘶𝘪𝘴 𝘱𝘳𝘰𝘧𝘰𝘯𝘥𝘦́𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘮𝘢𝘭𝘩𝘦𝘶𝘳𝘦𝘶𝘴𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘤𝘦 𝘧𝘪𝘭𝘮 𝘴𝘰𝘪𝘵 𝘢̀ 𝘤𝘦 𝘱𝘰𝘪𝘯𝘵 𝘣𝘰𝘺𝘤𝘰𝘵𝘵𝘦́, 𝘷𝘪𝘭𝘪𝘱𝘦𝘯𝘥𝘦́ 𝘦𝘵 𝘲𝘶𝘦 𝘭𝘦 𝘮𝘦𝘴𝘴𝘢𝘨𝘦 𝘯𝘦 𝘴𝘰𝘪𝘵 𝘱𝘢𝘴 𝘦𝘯𝘵𝘦𝘯𝘥𝘶."
Loin d’être un simple projet cinématographique, Les Invertueuses représente pour la réalisatrice un engagement sincère et courageux. Mais au lieu de la reconnaissance espérée, elle dit avoir été confrontée à une violence inattendue :
"𝘑’𝘢𝘪 𝘥𝘰𝘯𝘯𝘦́ 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘮𝘰𝘯 𝘤œ𝘶𝘳 𝘦𝘵 𝘣𝘦𝘢𝘶𝘤𝘰𝘶𝘱 𝘥𝘦 𝘵𝘦𝘯𝘥𝘳𝘦𝘴𝘴𝘦, 𝘦𝘵 𝘪𝘭 𝘢 𝘦́𝘵𝘦́ 𝘳𝘦𝘤̧𝘶 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘦́𝘯𝘰𝘳𝘮𝘦́𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘥𝘦 𝘷𝘪𝘰𝘭𝘦𝘯𝘤𝘦."
Cette controverse soulève des questions essentielles : pourquoi un tel rejet d’un film qui met en lumière une réalité universelle ? Ces réactions contrastées qui ont entouré Les Invertueuses au FESPACO, témoignent-elles d’une réticence à aborder des sujets considérés comme subversifs ?
jusqu’où un artiste peut-il aller dans l’expression de sa vision ? Doit-il se conformer aux attentes du public ou au contraire bousculer les normes établies, quitte à susciter rejet et incompréhension ?
Chloé Aïcha Boro n’en est pas à son premier film engagé. Connue pour ses œuvres qui interrogent la société burkinabè et africaine, elle semble aujourd’hui plus déterminée que jamais à défendre son travail. Si Les Invertueuses a été rejeté par une partie du public, il a aussi trouvé un écho auprès de ceux qui y voient un pas important vers une représentation plus juste et plus libre des femmes dans le cinéma africain.