21/04/2026
La Kuzma Stabi S, jumelée au bras Stogi S, n’est pas une platine qu’on découvre ; c’est une machine qui révèle la musique en la débarrassant de tout ce qui l’encombre. Issue de l’atelier slovène de Franc Kuzma, cette combinaison s’inscrit dans une lignée de modèles où la philosophie de la maison : simplicité mécanique, rigueur des matériaux, contrôle absolu des vibrations et se traduit en objet sonore tangible, loin des effets de mode.
Kuzma ne croit pas aux sous‑systèmes cloisonnés : pour lui, tout ce qui relie aiguille, rainure, portée et espace d’écoute doit être pensé comme une seule chaîne de transmission rigide et non‑résonante. La Stabi S incarne littéralement ce credo : là où d’autres reposent sur une plaque métallique ou un plateau de MDF, elle s’appuie sur deux barres de laiton massif de 50 mm, croisées en T et solidarisées par serrage, de façon à éliminer toute “plaquette” vibrante entre le palier, le plateau et le support de bras. Le palier à axe acier, logé dans un matériau composite résine‑textile très rigide et peu résonant, et le plateau aluminium massif de 30 mm, attestent d’une obsession de la rigidité et du contrôle des modes de résonance, conformément à la feuille de route Kuzma.
Concrètement, la structure en T de la Stabi S fige mécaniquement la distance entre plateau et bras, ce qui réduit à presque rien les micro‑déplacements qui, dans une conception conventionnelle, se traduisent par instabilité de l’image et coloration. Le moteur, lui, est isolé dans sa propre tour de laiton, reliée par une courroie plate, ce qui limite la transmission des vibrations du moteur au châssis principal, tout en maintenant une cinématique de rotation très stable. Le tout pèse dans les 13 kg (châssis + son plateau de 4 kg), une masse contenue mais suffisante pour conférer une assise solide sans surcharger inutilement la mécanique.
Le bras Stogi S prolonge la même logique de pensée : là où certains unipivots jouent sur la légèreté au risque de mollesse, Kuzma choisit l’aluminium massif, usiné en bloc, pour le porte‑cellule, et le laiton pour la base, afin de conjuguer faible masse effective (environ 11g) et grande rigidité mécanique. Le système unipivot est soigneusement rodé, avec un pivot d’extrémité roulée et polie, testé puis affinée pour limiter friction, bruit et irrégularités de forme, ce qui permet une articulation très douce mais parfaitement contrôlée du porte‑cellule. Les réglages VTA, azimut et force d’appui sont complets, sans compromettre la rigidité, et l’option de wiring équilibré renforce encore la pureté du signal vers la pré‑ampli.
Dans l’univers Kuzma, la Stabi S occupe une place de référence compacte : elle reprend la philosophie des Stabi XL et Stabi R – rigidité, isolation, paliers et matériaux haut de gamme à un échelon plus accessible, ce que de nombreux critiques saluent comme une “vraie grande” platine dans un format modeste. Sur le marché des platines haut de gamme, elle détonne par son design industriel, presque brut, qui refuse les habillages de façade et affiche sans vergogne ses tubes laiton et sa structure en T.
Sur le plan sonore, la Stabi S/Stogi S ne cherche pas à “impressionner” par un dessin spectaculaire ou une exagération des aigus ; elle privilégie une présentation neutre, dimensionnellement cohérente, où les images sonores se placent avec une tranquille stabilité. La rigueur mécanique se traduit par une base propre et dense, une scène débarrassée de bruits de fond et de vibrations parasites, et une capacité très fine à distinguer les micro‑nuances de timbre et de dynamique, ce qui fait d’elle une compagne idéale des cellules MC performantes. La combinaison peut sembler un peu “sage” pour l’auditeur friand de sensations immédiates, mais elle gagne en longueur de souffle et en capacité à révéler la structure profonde de l’enregistrement.
Le design du duo Stabi S/Stogi S n’est ni “tendance” ni décoratif : il est une traduction directe de la recherche de rigidité et d’isolation. La structure en T, les barres de laiton nues, le plateau épais et la tour de moteur à part, donnent une allure presque "steampunk", qui tranchera avec les plates‑formes laquées et les plateaux MDF classiques. Il n’est pas question ici de “goût” mais de cohérence ; ce look “qu'on aime qu'ou on déteste”, est en réalité une signature visuelle de la philosophie Kuzma : l'objet ne se cache pas, il se révèle, dans sa logique de construction et son efficacité mécanique au service de la musique.