31/01/2026
⚠️ EN FLANDRE AUSSI, CA DISCUTE BEAUCOUP SUR LE FERROVIAIRE ! Par exemple avec cet interview d'un ancien patron de la SNCB, Jo Cornu :
"Les personnes qui prennent régulièrement le train doivent s'organiser cette semaine pour arriver à destination à l'heure. Cinq syndicats ferroviaires sont en grève jusqu'à vendredi soir. Ils protestent contre les projets du gouvernement fédéral de ne plus recruter de fonctionnaires à la SNCB à partir de cet été.
L'objectif est de supprimer progressivement le statut de fonctionnaire. De cette manière, la SNCB devrait être prête pour la libéralisation du rail. Mais qu'en est-il réellement de cette libéralisation ? Nous posons la question à Jo Cornu, ancien CEO de la SNCB. (Vrt, Radio 1, Emission "Le monde aujourd'hui", 26/01/26, extraits traduits)
✅ Monsieur Cornu, il y a déjà longtemps, en 2014, vous avez déclaré dans une interview accordée à notre magazine Pano que la SNCB n'était en réalité pas prête pour la libéralisation. Pourquoi agir ainsi ? Et quelle est votre opinion à ce sujet aujourd'hui ?
Jo Cornu. À l'époque, je pensais déjà que la libéralisation était en réalité absurde. Et pourquoi est-ce absurde ? Tout d'abord, parce que les chemins de fer sont structurellement déficitaires partout. Pourquoi ? Parce qu'ils pratiquent des tarifs bien inférieurs au prix de revient.
Par exemple, la SNCB avait des recettes d'environ 6 centimes d'euro par kilomètre et par voyageur, alors que les coûts s'élevaient à environ 20 centimes d'euro. Si l'on prend l'exemple de la France, la SNCF coûte 20 milliards d'euros par an à l'État français. Cela signifie que chaque famille française qui paie des impôts contribue en réalité à hauteur de plus de 50 euros par mois aux chemins de fer.
Si l'on libéralise et que l'on crée de la concurrence, on ne crée pas une véritable concurrence entre les entreprises, mais une concurrence entre des entreprises qui vivent toutes aux frais de l'État.
Si l'on observe les pays où la libéralisation existe, par exemple la France, on constate qu'il y a de la concurrence sur la ligne Paris-Lyon, car le trafic y est important. On y trouve les Espagnols et les Italiens. Cependant, en réalité, on libéralise un secteur qui doit structurellement dépendre de l'aide de l'État, et on crée de la concurrence entre des entreprises qui dépendent de l'aide de l'État. C'est en fait absurde.
✅ Mais d'autres pays le font, n'est-ce pas ?
Jo Cornu. Ils le font, mais avec modération. Les seuls à l'avoir fait à grande échelle sont les Anglais. Là-bas, les tarifs ont presque triplé. Les Anglais paient près de 20 centimes d'euro par kilomètre et par voyageur. Mais finalement, cela s'est également soldé par un échec en Angleterre.
Le véritable problème des chemins de fer n'est pas la libéralisation ou la concurrence. Le véritable problème est le suivant : comment rendre les chemins de fer plus efficaces ? Et c'est un problème de technologie. D'un point de vue technologique, les chemins de fer sont en réalité le secteur le plus en re**rd de l'économie.
Journaliste
✅ Vous dites donc qu'il faut y accorder plus d'attention ?
Jo Cornu. Bien sûr. C'est sur cela qu'il faut se concentrer. Prenez par exemple le système européen de contrôle des trains. Il a été introduit il y a plus de vingt ans et est aujourd'hui pratiquement achevé, mais il diffère d'un pays à l'autre. C'est une situation problématique.
Si l'on observe l'actualité dans d'autres secteurs, comme celui de l'automobile, on parle de voitures autonomes et de taxis sans chauffeur. Une voiture roule dans deux dimensions et évolue dans un environnement complexe et en mouvement. Un train roule sur une seule voie, dans une seule dimension, avec peu de mouvement dans son environnement.
On pourrait donc s'attendre à ce que les trains soient entièrement automatisés et offrent des performances et une ponctualité bien supérieures.
✅ Vous dites en fait : moins de coûts et plus d'efforts en matière d'efficacité et de technologie. Mais le fait est, Monsieur Cornu, que cette libéralisation est en principe prévue pour 2032 pour le transport de personnes. Que reste-t-il à faire d'ici là ?
Jo Cornu. Je pense que l'on se trompe fondamentalement sur ce point. Je l'ai d'ailleurs dit à l'époque à la Commission européenne. J'ai été pendant deux ans président du comité consultatif de la Commission européenne pour les technologies de l'information. J'ai alors dit très clairement : c'est absurde.
Il faut se concentrer sur la technologie. C'est une position que le gouvernement belge devrait également adopter, à mon avis. Il ne faut pas simplement suivre le mouvement et dire : « Oui, très bien, nous allons libéraliser », sans avoir une idée claire de la manière dont cela fonctionnera concrètement.
✅ Quels changements cela impliquera-t-il pour le voyageur ? Ce n'est pas simple. Aura-t-on la SNCF, les Italiens ou peut-être les Espagnols, comme en France ? Et sur quelles lignes circuleront-ils ? Jo Cornu. Probablement pas sur les lignes locales, mais sur les trajets les plus fréquentés, par exemple entre Gand et Bruxelles.
✅ Quelles seront les conséquences pour la SNCB ?
Jo Cornu. Cela sera difficile. Il y aura une pression sur les prix. La SNCB dispose aujourd'hui d'un réseau unique couvrant l'ensemble du pays. Cela complique les choses. Si l'État français, qui verse déjà 20 milliards d'euros par an à la SNCF, décide demain de passer à 21 milliards, il pourra tout simplement éliminer la SNCB des lignes très fréquentées.
La libéralisation concerne les entreprises publiques qui sont mises en concurrence les unes avec les autres, et cette concurrence est totalement déloyale car tout le monde vit des subventions de l'État.
✅ Votre position est claire : vous n'êtes pas favorable à la libéralisation. Jo Cornu, ancien CEO de la SNCB, merci de nous avoir accordé cet entretien. Au revoir.
Pour écouter l'intégralité de l'interview en néerlandais c'est ici