14/02/2017
« Quarante ans de lutte, il faut bien que je voie le résultat de tout ça… », tels étaient les mots du vieux patriarche quelques mois avant sa disparition si inattendue. Elle laisse un goût de cendre pour tous ceux qui espéraient un dénouement heureux de la crise politique qui touche aujourd’hui la RDC.
Considéré par le peuple congolais comme un véritable Moïse des temps moderne, Ya Tsh*tshi comme le surnomme ses partisans, présente bien plus de ressemblance avec cet illustre personnage qu’il n’y parait à première vu.
L’un comme l’autre, tout jeune, ont apprit à gouverner.
À 28 ans, Etienne Tshisekedi entre au gouvernement comme commissaire adjoint à la Justice. À 33 ans, il devient ministre de l’intérieur. Ainsi tous deux figuraient parmi les plus proches de leurs chefs respectifs, Ramsès pour l’Egypte antique & Joseph Mobutu pour le jeune Congo indépendant.
En outre, un fait marquant fut à l’origine de leur rupture radical contre le pouvoir qu’ils ont un temps accompagné:
Moïse, voyant un contremaitre égyptien frapper un Hébreux, il le tue sans l’ombre d’une hésitation. A cet instant son destin bascula à tout jamais.
De la même manière, le massacre de Katekelay au Kasaï, en 1978, constitue pour Tshisekedi un appel à la rébellion. Les faits : une centaine de chercheurs diamant clandestins sont tués par l’armée de Mobutu.
S’ensuit pour le Kasaïen quarante ans de traversée du désert. Quarante ans d’avanies et d’épreuve politique, ponctués ici ou là d’éphémères moments de gloires. Sujet à toutes les humiliations et trahisons, il a subit toutes les brimades. Pressions, détention, liberté surveillée, relégation au village, arrestations abusives, emprisonnement, actes de torture physique et psychologique. Rien ne lui sera épargné.
Sans jamais reculer, il démontra une telle force de caractère qu’il réussit le tour de force de démythifié le légendaire Mobutu qui comme le tyran d’Egypte, fut frappé des plus terrible calamités. Effondrement économique, manifestations à répétition, disette, pillages, partition du pays, guerre civil, crise de réfugié (génocide rwandais), invasion d’armées étrangères et enfin renversement du régime.
S’il est entendu que les fléaux ayant frappés l’Egypte, il y a 5000 ans ont peu avoir une similitude avec la situation du Zaïre des dernières années, il est toujours surprenant de constater que l’entêtement du pouvoir face aux revendications les plus élémentaires de la majorité de la population semble être les prémices de grande convulsion politique.
Animé de la même foi inaltérable dans le salut de leur peuple, Tshisekedi réclamait l’état de droit et la démocratie pour les congolais comme Moïse écrivit les tables de la loi et proclama les dix commandements de Dieu devant les hébreux.
L’homme avait pris, ces derniers mois, une dimension telle, qu’il assurait un rôle d’arbitre, à la tête du Conseil national de transition. Bien que controversé, Il était ce guide qui devait nous mener à la terre promise. Mais à l’instar de Moïse son chemin s’est arrêté dans le désert, bien qu’il pu embrasser du regard ce nouveau Congo qu’il appelait de ses vœux.
Aujourd’hui si l’homme n’est plus, le mythe lui est bien vivant. Il incarne une force de résistance, de courage et d’abnégation pour la jeunesse. Bien qu’Etienne Tshisekedi n’ait pu atteindre son objectif de son vivant, il aura semé l’idée d’un avenir plus beau pour son peuple. « Prenez-vous en charge », tonnait-il au crépuscule de sa vie. Le message que nous transmet le « vieux » par son parcourt nous oblige et rend la lutte pour la liberté plus important que jamais.