07/03/2026
𝟏𝟕 𝐦𝐚𝐫𝐬 𝐚𝐮 𝐂𝐢𝐧𝐞́𝐦𝐚 𝐀𝐯𝐞𝐧𝐭𝐮𝐫𝐞 : 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐟𝐢𝐥𝐦𝐬 𝐝𝐞 𝐋𝐞𝐨́𝐧 𝐊𝐥𝐢𝐦𝐨𝐯𝐬𝐤𝐲, 𝐮𝐧 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐯𝐞𝐫𝐭𝐢𝐠𝐞.
León Klimovsky est aussi un personnage singulier de cette programmation. Né à Buenos Aires en 1906 de parents juifs émigrés de l’Empire russe, dentiste de formation, il fonde le premier ciné-club argentin en 1929 avant de commencer à réaliser dans les années 40. Sa filmographie argentine est celle d’un homme de culture autant que d’un artisan : il adapte Dostoïevski, Dumas, Ernesto Sabato. En 1944, il collabore à une r***e d’intellectuels de gauche argentins. Il s’installe ensuite en Espagne dans les années 50 et c’est là que sa carrière de réalisateur prend une nouvelle direction …
The Werewolf vs. The Vampire Woman (1971)
Klimovsky réalise ici le cinquième film de la saga Waldemar Daninsky, personnage créé par Paul Naschy, de son vrai nom Jacinto Molina, en 1968. Naschy invente, Klimovsky exporte : c’est grâce à cette coproduction ouest-allemande que le loup-garou espagnol obtient sa première vraie visibilité internationale. Les deux hommes formeront un duo prolifique de neuf films, fondé sur une alchimie étrange. Naschy admirait l’efficacité de Klimovsky, mais lui reprochait de ne jamais reprendre une scène une deuxième fois. Un artisan pressé, au sens le plus noble du terme.
Ce loup-garou n’est pas un monstre triomphant. C’est une victime de sa propre malédiction, un être mélancolique qui sait ce qu’il est, sait ce qu’il fait sous la pleine lune, et ne peut pas s’en empêcher. Cette mélancolie le distingue radicalement de ses homologues anglo-saxons. Les deux étudiantes qui réveillent la comtesse vampire Wandesa sont l’Autrichienne Gaby Fuchs et l’Allemande Barbara Capell, dont la présence était une condition du financement ouest-allemand. Quant à la comtesse elle-même, elle est incarnée par Patty Shepard, Américaine expatriée en Espagne, dont la présence froide et envoûtante rappelle Barbara Steele.
I Hate My Body (1974)
Trois ans plus t**d, Klimovsky revient avec un film d’une tout autre nature, longtemps invisible, et qui vient tout juste de refaire surface grâce à une restauration depuis le négatif original signée Mondo Macabro, sortie en janvier 2026.
Le sujet est audacieux pour l’époque : le cerveau d’un ingénieur est transplanté dans le corps d’une femme récemment décédée. Il se réveille dans un corps qu’il ne reconnaît pas, contraint de naviguer dans un monde qui le perçoit désormais comme une femme. Toute la violence sociale que cela implique, le regard des autres, la perte de soi, l’impossibilité de se faire comprendre, est au cœur du film. Ce n’est pas un film de monstres. C’est un film sur ce que c’est d’être prisonnier d’une enveloppe qui n’est pas la sienne, dans une société qui ne vous voit pas tel que vous êtes.
En 1974, en Espagne franquiste, ce sujet n’a pas de nom dans le débat public. Pas de mouvement, pas de visibilité, pas de mots acceptables. Le cinéma de genre est la seule façon de le faire exister à l’écran sans que la censure ne s’en empare. Et pourtant, le film ne se cache pas : il regarde son personnage avec une empathie réelle, sans le ridiculiser, sans en faire un monstre. On pourrait croire que ce sujet est plus facile à traiter aujourd’hui. Mais un film qui poserait ces questions avec cette franchise, sans étiquette, sans discours militant, juste à travers un corps et un regard, c’est peut-être plus rare qu’on ne le croit, même au 21eme siècle.
Dans le rôle principal, Alexandra Bastedo, actrice britannique habituée des coproductions européennes. Face à elle, Narciso Ibáñez Menta, l’un des grands noms du fantastique hispanique, surnommé « l’artisan de la peur », né en Argentine comme Klimovsky, formé sur les scènes de Buenos Aires, émigré en Espagne. Deux hommes venus du même monde, qui se retrouvent ici dans une complicité naturelle.
17 mars · Première double séance · Cinéma Aventure · cycle EXORCISING FRANCO organisé par le festival offscreen
Lien billetterie : https://www.cinema-aventure.be/catalogue/festival/?D384C1CF-56F3-8EED-B65E-B49818985B02
Graphisme : Nitro Company