15/06/2026
🇸🇳 fans Ecobank Sénégal
𝗟𝗲 𝗰𝗶𝗻𝗲́𝗺𝗮 𝘀𝗲 𝗻𝗼𝘂𝗿𝗿𝗶𝘁 𝗱𝗲 𝗽𝗮𝘀𝘀𝗶𝗼𝗻, 𝗱𝗲 𝘁𝗿𝗮𝗻𝘀𝗺𝗶𝘀𝘀𝗶𝗼𝗻 𝗲𝘁 𝗱𝗲 𝗿𝗲𝗻𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗲𝘀. 𝗖’𝗲𝘀𝘁 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗰𝗲𝘁 𝗲𝘀𝗽𝗿𝗶𝘁 𝗾𝘂𝗲 𝘀𝗲 𝘁𝗶𝗲𝗻𝗻𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗲𝘀 𝗝𝗼𝘂𝗿𝗻𝗲́𝗲𝘀 𝗱𝗲𝘀 𝗖𝗶𝗻𝗲́𝗽𝗵𝗶𝗹𝗲𝘀 𝟮𝟬𝟮𝟲, rendez-vous incontournable des amoureux du septième art. En marge de cet événement organisé ce vendredi 12 juin au CICES, nous avons rencontré 𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Président du Cadre des Cinéphiles. Vision, bilan, enjeux et perspectives : il nous livre sa lecture du paysage cinématographique sénégalais et partage son engagement en faveur d’une culture cinématographique plus accessible, plus dynamique et davantage ancrée dans les réalités de notre époque.
𝐈𝐧𝐭𝐫𝐨𝐝𝐮𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧
Monsieur le Président, merci de nous accorder cet entretien à l'occasion de cette nouvelle édition des Journées des Cinéphiles.
Sur le festival
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Pouvez-vous présenter les Journées des Cinéphiles aux lecteurs qui découvrent cet événement pour la première fois ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Merci, COLY, de nous offrir cette opportunité de présenter la Journée des Cinéphiles, un rendez-vous désormais incontournable pour les passionnés de cinéma et les acteurs de la création audiovisuelle.
La Journée des Cinéphiles est une initiative portée par l’Association Cadre des Cinéphiles à travers son ciné-club. Organisée chaque année, elle vise à mettre en lumière les différentes activités, formations et productions réalisées tout au long de l’année, tout en créant un espace de rencontre, de partage et de célébration autour du septième art.
Au cours de cette année, notre association a mené de nombreuses actions en faveur de la promotion du cinéma et de la formation des jeunes talents. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons qui motivent l’organisation de cette manifestation. Lors de l’édition précédente, nous avions proposé un programme concentré sur une seule journée. Cette année, face à l’ampleur des réalisations accomplies et à l’intérêt grandissant du public, nous avons choisi d’étendre l’événement sur deux journées afin d’offrir une programmation plus riche et plus diversifiée.
Comme je l’ai souligné, cette rencontre constitue avant tout un moment de valorisation du travail accompli par les membres du ciné-club et les jeunes cinéastes que nous accompagnons. Le Cadre des Cinéphiles développe depuis plusieurs années des programmes de formation en cinéma destinés aux passionnés souhaitant acquérir des compétences dans les différents métiers du secteur audiovisuel. Aujourd’hui, nous sommes fiers d’accueillir notre troisième promotion, preuve de la vitalité et de la pérennité de cette initiative.
Cette édition sera également marquée par la remise officielle des attestations de fin de formation aux apprenants ayant validé leur parcours. Ce sera un moment fort, symbolisant l’aboutissement de plusieurs mois d’apprentissage, de pratique et de créativité.
Le public aura aussi l’opportunité de découvrir « Le Sixième », le film de fin de formation réalisé par les apprenants de la première promotion. Cette œuvre collective illustre parfaitement le talent, l’engagement et les compétences développées par ces jeunes cinéastes au cours de leur formation.
Par ailleurs, notre association a organisé un ambitieux camp de tournage intitulé « Mbappat Film », une expérience unique au cours de laquelle huit films ont été produits en seulement vingt-et-un jours dans plusieurs localités du Sénégal, notamment à Dakar, Paoskoto et Nioro du Rip. Ce projet a permis aux participants de vivre une véritable immersion professionnelle, de mettre en pratique leurs acquis et de renforcer leur maîtrise des techniques de réalisation cinématographique.
Parmi les œuvres qui seront projetées lors de cette édition figurent notamment « Dankafu (Alerte) » du réalisateur El Hadji GUEYE, « Jéego », « Nawétani » réalisé par Abdoul Kader AKA DIEDHIOU ‘’ Batoki’’, ainsi que la productions issues du camp de tournage de la première promotion du cadre des cinéphiles.
Au-delà des projections, la Journée des Cinéphiles sera rythmée par des échanges avec les réalisateurs, des rencontres avec les participants, des discussions autour des œuvres présentées et des moments de partage entre professionnels, étudiants et passionnés de cinéma.
Cette manifestation se veut avant tout une célébration du talent, de la créativité et de l’engagement des jeunes cinéastes sénégalais. Elle constitue également une plateforme de promotion du cinéma émergent, de découverte de nouveaux talents et de renforcement des dynamiques culturelles qui contribuent au rayonnement du cinéma sénégalais.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quelle est la vision qui guide ce festival depuis sa création ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Notre vision est née à la suite de notre formation à Ciné Banlieue Dakar, sous la direction de Monsieur Abdoul Aziz Boye. Nous avons été profondément inspirés par son engagement en faveur de la transmission du savoir cinématographique à travers des formations gratuites et accessibles à tous. Son modèle de partage et de démocratisation du cinéma nous a donné l'envie de poursuivre cette même mission.
C'est dans cet esprit que nous avons créé le Cadre des Cinéphiles, avec pour objectif principal d'offrir des formations gratuites et de contribuer à la promotion de la culture cinématographique auprès des jeunes et du grand public.
Aujourd'hui, nous en sommes à notre troisième promotion, ce qui témoigne de l'intérêt croissant suscité par notre initiative. Notre ambition est de transmettre les connaissances, de vulgariser les métiers du cinéma et de rendre cet art plus accessible, notamment auprès des populations qui en sont souvent éloignées.
Basés à l'Unité 4 des Parcelles Assainies, dans la banlieue dakaroise, nous accueillons des apprenants venant de divers horizons : Médina, Tivaouane Peulh, Keur Massar et bien d'autres localités. Cet engouement démontre l'importance de créer des espaces de formation et d'échange autour du cinéma.
À travers nos activités, nous participons à la valorisation du cinéma sénégalais et africain, tout en contribuant à l'émergence d'une nouvelle génération de passionnés et de professionnels. C'est cette volonté de transmission, de partage et de promotion du septième art qui constitue le cœur de notre vision.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quels sont les principaux objectifs de cette édition 2026 ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Pour l’édition 2026, notre ambition est de faire de la transmission et de l’employabilité des jeunes le cœur de nos échanges et de nos actions. Après avoir exploré, lors de l’édition précédente, la place du cinéma dans la Vision Sénégal 2050, nous avons choisi cette année de concentrer nos efforts sur l’accompagnement de la nouvelle génération. L’objectif est de créer des passerelles entre les professionnels expérimentés et les jeunes talents, de promouvoir le transfert de compétences et d’ouvrir de nouvelles perspectives d’insertion et de développement de carrière dans les industries culturelles et créatives.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘:Pourquoi est-il important aujourd'hui de promouvoir la culture cinématographique auprès du grand public ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : En tant que cinéphiles, nous portons une vision forte : celle d’un cinéma accessible à tous, partout et pour tous les publics. Lorsque nous étions plus jeunes, le cinéma populaire occupait une place importante dans notre quotidien. Avec seulement 200, 300 ou 500 FCFA, chacun pouvait se procurer un ticket et vivre l’expérience du grand écran.
Aujourd’hui, ce type d’initiative se fait de plus en plus rare, ce qui limite l’accès de nombreux citoyens aux œuvres cinématographiques. C’est dans cette optique que nous avons choisi de délocaliser cette édition au CICES. Ce lieu offre une grande capacité d’accueil et bénéficie d’une position stratégique, proche des zones de la banlieue dakaroise.
Notre ambition est d’élargir davantage le public du festival et de permettre à des personnes qui n’ont pas habituellement accès aux salles de cinéma de découvrir et d’apprécier les films dans des conditions optimales. Cette démarche s’inscrit dans notre volonté de démocratiser l’accès à la culture, de rapprocher le cinéma des populations et de donner à cette édition une dimension encore plus inclusive et populaire.
𝐒𝐮𝐫 𝐥'𝐞́𝐝𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝟐𝟎𝟐𝟔
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quel est le thème retenu pour cette édition et pourquoi ce choix ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Le thème retenu pour cette année est « Le cinéma, facteur de transmission du savoir ». C’est autour de cette réflexion que s’articuleront les différentes activités du Méga Ciné Jotaay.
Pourquoi avoir choisi ce thème ? Tout d’abord parce que le cinéma suscite un intérêt grandissant auprès des jeunes. De plus en plus d’entre eux s’orientent vers des formations en cinématographie et dans les métiers de l’audiovisuel. Cependant, beaucoup abandonnent en cours de route, faute de soutien ou de compréhension de la part de leur entourage. En effet, de nombreux parents ne perçoivent pas encore pleinement le potentiel éducatif, culturel et professionnel du cinéma.
Au sein de notre ciné-club, nous accompagnons des jeunes, y compris des universitaires déjà engagés dans des parcours académiques solides. Pourtant, lorsqu’ils choisissent de se consacrer au cinéma, certains de leurs proches considèrent encore cette voie comme une simple distraction, sans véritable avenir professionnel. Cette perception constitue souvent un frein à leur épanouissement et à leur réussite.
C’est pourquoi nous accordons une importance particulière à la formation de nos apprenants. Notre objectif est de leur transmettre les compétences nécessaires pour réussir dans ce secteur, vivre de leur passion et contribuer au développement de leur communauté. Une formation n’a de sens que si elle permet à ceux qui la suivent de valoriser leurs acquis et de les transformer en opportunités concrètes.
À travers ce thème, nous souhaitons faire comprendre aux jeunes que les formations que nous dispensons peuvent leur ouvrir de réelles perspectives professionnelles. Le cinéma n’est pas seulement un moyen d’expression artistique ; il constitue également un véritable vecteur d’emploi, d’entrepreneuriat et de création de richesse.
Nous souhaitons également sensibiliser les autorités publiques afin qu’elles accordent au cinéma toute la place qu’il mérite dans les politiques culturelles et éducatives. Le cinéma est un puissant outil de transmission des connaissances, de préservation de la mémoire collective, d’éducation citoyenne et de développement économique. À ce titre, il doit être reconnu comme un véritable levier de développement pour notre pays.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quelles sont les principales innovations ou nouveautés de cette année ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Les nouveautés de cette édition incluent notamment une formation en intelligence artificielle, un outil récent qu’il est aujourd’hui essentiel de comprendre en tant que cinéaste, tant pour son utilisation que pour son intégration dans la chaîne de création, jusqu’à la colorimétrie et le traitement de l’image en cinéma. Cette initiative s’inscrit pleinement dans les innovations portées par cette édition.
Par ailleurs, le festival a été déplacé au CICES, contrairement à l’année dernière où il se tenait dans une petite ruelle. Ce choix traduit notre volonté de démontrer notre capacité de mobilisation et l’ampleur croissante de l’événement.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Combien de films et de pays sont représentés dans la programmation ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Dans la programmation d’aujourd’hui, seuls les films issus du cadre des cinéphiles seront projetés. En effet, cette journée des cinéphiles est consacrée à la restitution des activités menées tout au long de l’année par ce dispositif, notamment les productions cinématographiques réalisées dans ce cadre. Elle constitue un moment de valorisation et de partage du travail accompli par les cinéphiles.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quels critères ont guidé la sélection des œuvres projetées ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Il n’y avait pas de critères de sélection, car il s’agit de nos propres productions. Nous les avons nous-mêmes filmées et montées, ce qui explique l’absence de processus de sélection.
𝐒𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐜𝐢𝐧𝐞́𝐦𝐚 𝐚𝐟𝐫𝐢𝐜𝐚𝐢𝐧
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quel regard portez-vous sur l'évolution du cinéma africain ces dernières années ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : En effet, la vision que je défends repose avant tout sur la nécessité de créer notre propre modèle économique. Le simple copier-coller des modèles existants ne peut fonctionner durablement, car nous sommes différents, avec nos réalités, nos contraintes et nos ambitions propres. C’est pourquoi il est essentiel de développer un système adapté à notre contexte.
De nombreux cinéastes sénégalais disposent de projets de films, mais ceux-ci restent souvent en attente faute de budget de production. Certains choisissent d’attendre des conditions idéales, un choix que je respecte pleinement. Cependant, en tant que cinéphiles et acteurs engagés du secteur, nous avons fait le choix d’avancer autrement : ne pas attendre, mais travailler avec les moyens disponibles.
C’est une vision que je porte pour le cinéma africain dans son ensemble : chaque pays doit construire son propre modèle économique. Le Sénégal n’est pas la Gambie, la Gambie n’est pas le Gabon, et ainsi de suite. Chaque nation possède ses réalités culturelles, économiques et structurelles. C’est donc à partir de ces spécificités que nous devons bâtir des modèles viables afin de réussir le développement de nos industries cinématographiques.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quels sont les principaux défis auxquels les cinéastes africains sont confrontés aujourd'hui ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : La première difficulté réside dans le manque de moyens financiers. Ensuite, il y a un déficit de transmission et de formation, pourtant essentiels dans le cinéma. On ne peut pas faire du cinéma sans comprendre réellement ce que l’on veut raconter ni maîtriser les outils nécessaires à sa réalisation. Sans une formation solide, la pratique devient rapidement très compliquée.
Un autre enjeu majeur est la capacité à concurrencer les productions européennes et internationales. Ce déséquilibre s’explique en grande partie par le manque de moyens, mais aussi par une insuffisante prise en compte, par nos autorités, des enjeux réels et des défis auxquels nous faisons face dans ce secteur.
Si ces problématiques étaient mieux comprises, les investissements seraient plus adaptés. À titre d’exemple, la FOPICA dispose d’un budget d’environ deux milliards, alors que certaines productions internationales, comme Game of Thrones, mobilisent des budgets qui dépassent parfois ceux de plusieurs États réunis. Cela illustre clairement l’écart considérable entre nos ambitions et les moyens actuellement disponibles.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Comment ce festival contribue-t-il à la promotion des talents émergents ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : La contribution consiste d’abord à former ces jeunes, en les accompagnants dans la réalisation de leur premier projet et dans sa promotion. En effet, de bout en bout, chaque projet nécessite un encadrement. Beaucoup de jeunes, lorsqu’ils arrivent chez nous, ne connaissent pas encore les fondamentaux du cinéma.
𝐒𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐣𝐞𝐮𝐧𝐞𝐬𝐬𝐞
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quelle place accordez-vous aux jeunes dans cette édition ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Dans ce ciné-club, il n’y a que des jeunes, et nous les responsabilisons pleinement. D’ailleurs, ce sont eux qui organisent cet événement. Pour ma part, j’assure uniquement un rôle de supervision, en retrait. Ce sont donc les jeunes qui sont en première ligne et qui apportent également leur expertise. Nous leur accordons une place importante, voire centrale.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Des ateliers ou masterclass sont-ils prévus pour accompagner les futurs professionnels du cinéma ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Exactement. Cette année, le festival proposera plusieurs ateliers de formation, notamment des ateliers consacrés à l’Intelligence Artificielle (IA) appliquée aux industries créatives ainsi que des ateliers d’actorat destinés aux comédiens et aux jeunes talents.
L’année dernière, nous avions mis l’accent sur les thématiques de la production et de la distribution cinématographiques, permettant aux participants de mieux comprendre les mécanismes de création, de financement et de diffusion des œuvres audiovisuelles.
Par ailleurs, le Méga Ciné Jotaay constituera l’un des temps forts de cette édition. Cette grande master class sera animée par le Professeur Djiby Diakhaté, figure reconnue du monde académique et culturel, aux côtés de Modibo Diawara, éminent spécialiste du cinéma. Ensemble, ils partageront leur expertise, leurs expériences et leurs réflexions sur les enjeux actuels et futurs du cinéma africain et mondial.
Cette programmation ambitieuse vise à offrir aux participants un espace d’apprentissage, d’échanges et de perfectionnement, tout en favorisant la rencontre entre professionnels confirmés, étudiants, artistes et passionnés du septième art.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui rêvent de faire carrière dans le cinéma ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Pour moi, le cinéma n’est la propriété de personne. C’est un art universel, ouvert à toutes celles et tous ceux qui souhaitent s’y engager avec passion et détermination. Chacun a la possibilité d’y trouver sa place et de réussir, à condition d’être prêt à apprendre et à persévérer.
L’essentiel est d’abord de savoir ce que l’on veut faire dans ce domaine. Il faut prendre le temps de se documenter, de faire des recherches et de comprendre ce qu’est réellement le cinéma, ses métiers, son langage et ses exigences. Une bonne formation, qu’elle soit académique ou autodidacte, est également un atout majeur.
Lorsque l’on comprend les fondements du cinéma et que l’on nourrit une véritable passion pour cet art, le reste devient plus accessible. Le travail, la curiosité, la discipline et la persévérance sont les clés qui permettent de transformer un rêve en réalité.
𝐒𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐞𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐥'𝐢𝐦𝐩𝐚𝐜𝐭 𝐝𝐮 𝐟𝐞𝐬𝐭𝐢𝐯𝐚𝐥.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quel rôle jouent les partenaires institutionnels et privés dans la réussite de cet événement ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : À ce jour, notre principal partenaire institutionnel demeure le FOPICA. Les autres appuis dont nous bénéficions s’inscrivent essentiellement dans le cadre d’échanges de services, de contributions en nature ou de collaborations fondées sur des relations de confiance. En dehors de la Direction de la Cinématographie, nous ne comptons pas d’autres partenaires institutionnels officiellement engagés à nos côtés.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quel impact le festival a-t-il sur l'industrie cinématographique nationale ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : C’est déjà une grande satisfaction pour nous, car, comme je vous l’avais indiqué, cette salle dispose d’une capacité de 1 200 places. En plusieurs années passées dans l’environnement cinématographique, il est rare de voir une salle de cette envergure mobilisée pour un événement de ce type. Louer et surtout remplir une salle de 1 200 places représente un véritable défi.
À titre de comparaison, la plupart des salles de cinéma de Dakar offrent en moyenne entre 300 et 400 places. Réunir 1 200 spectateurs exige donc une importante mobilisation et un travail de préparation considérable en amont.
La raison est simple : notre cible principale n’est pas uniquement le milieu des cinéastes, mais avant tout les cinéphiles, les passionnés et les amoureux du cinéma. Ce sont eux que nous avons souhaité inviter à cet événement. On ne peut pas être cinéaste sans être cinéphile, mais on peut être cinéphile sans être cinéaste. Cela nous permet donc de toucher un public beaucoup plus large et plus diversifié.
Vous constaterez d’ailleurs par vous-même la présence de nombreuses personnes qui n’ont jamais eu l’occasion de franchir les portes d’une salle de cinéma. Souvent, les infrastructures sont éloignées de leur lieu de résidence ou demeurent peu accessibles.
Notre démarche consiste justement à recréer ce lien de proximité entre le public et le cinéma. Nous voulons amener le cinéma vers les populations, démocratiser l’accès aux œuvres et faire en sorte que chaque citoyen puisse vivre l’expérience du grand écran. C’est cette vision qui guide notre action et qui donne tout son sens à cet événement.
𝐏𝐞𝐫𝐬𝐩𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞𝐬 𝐝'𝐚𝐯𝐞𝐧𝐢𝐫
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quelle est votre ambition pour les prochaines éditions ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : L’évolution du festival témoigne de son développement constant. Après une première formule organisée sur une seule journée l’an dernier, cette édition s’étend désormais sur deux jours. Pour les prochaines éditions, nous envisageons d’élargir davantage la durée de l’événement afin de proposer une programmation encore plus diversifiée, de favoriser les échanges entre les acteurs culturels et de consolider son rayonnement à l’échelle nationale et internationale.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Comment voyez-vous l'avenir du cinéma sénégalais dans les dix prochaines années ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Optimistes ! Comme je vous l’ai toujours dit, il y a aujourd’hui de nombreux jeunes qui se battent avec passion pour comprendre ce qu’est réellement le cinéma et pour maîtriser ses différents métiers.
Pour ma part, je suis convaincu que ceux qui persévèrent, qui ne baissent jamais les bras et qui continuent à apprendre avec humilité finiront par récolter les fruits de leurs efforts. Comme j’ai l’habitude de le répéter à mes étudiants et apprenants : celui qui travaille avec sérieux, détermination et constance sera entendu et reconnu demain, même très loin dans le monde du cinéma.
Le chemin est parfois long et semé d’obstacles, mais la persévérance finit toujours par ouvrir des portes. C’est pourquoi je reste confiant : si cette dynamique se poursuit, dans dix ans, nous verrons émerger de grands cinéastes, réalisateurs, scénaristes et techniciens capables de porter haut les couleurs de notre cinéma.
Inch’Allah, l’avenir du cinéma appartient à cette jeunesse passionnée qui ose rêver, apprendre et créer.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Quel message souhaitez-vous adresser aux cinéphiles, aux professionnels du cinéma et au grand public ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Avant tout, j’aimerais adresser un message aux cinéphiles : tenez bon et continuez à soutenir le cinéma sénégalais.
Aux cinéastes sénégalais également, je voudrais lancer un appel. Pour que notre industrie cinématographique puisse grandir et se renforcer, il est essentiel que nous développions une véritable culture de la salle de cinéma. Trop souvent, nous ne prenons pas l’habitude d’acheter un billet pour aller voir les œuvres de nos confrères et consœurs.
Pourtant, faire vivre cette industrie passe aussi par cet acte simple mais fondamental : se rendre dans une salle, payer son ticket, regarder un film et soutenir le travail d’un autre cinéaste. C’est ainsi que se construit un écosystème solide, capable de créer de la valeur, d’encourager la production locale et de donner au cinéma sénégalais les moyens de ses ambitions.
Soutenir le cinéma, ce n’est pas seulement réaliser des films, c’est aussi être présent dans les salles pour célébrer et accompagner les œuvres de ceux qui font avancer notre culture et notre patrimoine cinématographique.
𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘: Si vous deviez résumer l'esprit des Journées des Cinéphiles 2026 en une phrase, quelle serait-elle ?
𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐆𝐔𝐄𝐘𝐄, « 𝐉𝐞́𝐞𝐠𝐨 » : Je dirais que notre meilleure réponse réside dans notre évolution constante, qui témoigne de notre capacité d'action et de notre force de frappe.
Monsieur le Président, merci d'avoir répondu à nos questions. Nous vous souhaitons un excellent festival et beaucoup de succès pour cette édition 2026.
𝐈𝐧𝐭𝐞𝐫𝐯𝐢𝐞𝐰 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐬𝐞́𝐞 𝐞𝐭 𝐫𝐞𝐜𝐮𝐞𝐢𝐥𝐥𝐢𝐞 : 𝐏𝐚𝐫 𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘