06/05/2026
Dossier MEGARAMA : Sorties nationales VS petites salles municipales - Décryptage !
Tout commence par un article paru dans LE MONDE, le groupe cinématographique Mégarama qui compte une trentaine de salles à travers le Maroc, L'Espagne et la France (parc de 11 salles à ce jour chez nous) mettrait la pression au distributeurs et tenterait en coulisse de barer la route aux salles municipales quant à leur accès aux sorties en première semaine.
Depuis fin avril, la petite exploitation a trouvé le méchant de son scénario. Hors, il s'agit là des coulisses du métier de direction, programmation pas mal méconnu du grand public.
Dans ce décryptage, je vais donc vous donner mon analyse personnel, étant projectionniste, pardon ! technicien de cinéma depuis plus de 15 ans, en poste dans la petite exploitation et formé dans la grande.
La France est le pays qui compte le parc de salles le plus fourni d'Europe, et dans ce panel, on doit cette première place à notre formidable maillage territorial. Multiplex, mono écran, complexe de 1 à 4 écrans se partagent la programmation du 7è art chaque mercredi.
Multiplex : Cinémas d'une dizaine de salles ou plus, où nous savons que les gros titres seront dispo le mercredi de la sortie à six séances par jour, et qu'en cas de succès, le ou les films resteront à l'affiche un mois ou plus.
Un quart d'heure de publicité, mêlant commerçants locaux et aussi M&M'S et SUV.
La programmation peut être soit 100% généraliste commercial/grand public. Et parfois mêler locomotives et films d'auteurs, documentaires, films de patrimoines, recherches et découvertes. Pour résumé films indépendants d'auteurs français ou étranger à petit budget, ne bénéficiant pas du matraquage médiatique, et c'est souvent dommage, car il y a de petites perles.
Selon le positionnement et la ligne éditoriale, le lieu de projection peut vous proposer quelques séances en Vost avec une majorité de séances en version française.
Que vous soyez du côté de notre Rege national Vo addict, ou team stream VF, ce qui compte c'est de se rendre au cinéma :)
Et si tu habites dans une ville de taille moyenne, ou dans un petit bourg, tu a ta salle municipale, ou gérée par ta communauté de communes. Soit mono écran, soit 2 voir 3 salles.
Moins de séances par jour, des soirées débats pour discuter de la cruauté du monde, des ateliers pour les petits et un bon goûter à partager après un programme de courts-métrages.
Souvent moins de publicité, voir pas du tout, mais des bandes-annonces, ou tout simplement pas de première partie : c'est l'heure, le film démarre, point. Tu peux avoir le film du moment 3 semaines après sa sortie.
Et ta salle dite "de proximité" (comme si un multiplex n'était pas capable d'en faire de la proximité) te propose un ticket entre 5,80 et 8,00€ et une formule abonnement défiant souvent toute concurrence, ce qui fait toujours plaisir à ton budget culture et loisirs.
Hors, le prix est bien le fond de tout ça. Un cinéma établi une programmation en fonction du calendrier de sorties. L'Ayant droit du film comprenez distributeur (Gaumont, Universal, Disney...) étudi la proposition de la salle en question, et ils établissent un contrat de location d'une "copie" du film. La copie sera attribuée selon plusieurs critères (nombres de séances hebdomadaires, nombre de semaines où le film restera à l'affiche, et négociation du taux de location du film.)
Le taux de loc, c'est quoi? C'est la part que va reverser le cinéma au distributeur/ayant droit.
Aussi, plus le film sera récent, plus le taux sera élevé. Voici un exemple de taux "généralement" appliqués :
- 50% les 3 premières semaines.
- 40% à partir de la 4ème semaine.
- 30% ou 25% à partir de la 6ème semaine.
Ce pourcentage représente la part distributeur que le cinéma devra reversé sur factures, sur chaque ticket vendu pour le film.
Et sur chaque ticket vendu dans chaque cinéma de France il y a aussi des taxes, une TVA, et une part de Taxes Spéciales Additionnelle, comprenez une taxe qui alimente ce qu'on pourrait comparer à un "livret A". La taxe alimente ce fond sur chaque ticket vendu, et la salle peut formuler une demande de déblocage des fonds au CNC, pour financer un besoin pour l'entretien ou le fonctionnement du cinéma.
Tu l'a compris, plus le ciné passe le film tôt, plus son taux de partage avec le distributeur est élevé. Logique, car les recettes engendrées par un film sont majoritairement récoltées ses deux premières semaines de sorties.
Le but des studios, gagner de l'argent et si possible rentabiliser le film au plus vite. Un distributeur qui accumule les flops à répétition met donc son existence en danger.
Et les petits distributeurs indépendants qui gèrent les sorties des films d'auteurs plus intimistes optent pour la même logique, n'ayant pas une major pour sécuriser derrière, ils prennent un vrai risque à chaque sorties, c'est pour cela qu'ils mettent du coeur à l'ouvrage à caser les films dans des salles art et essais performantes, prêtes à défendre le film et le porter à la connaissance de son public.
En gros, que ce soit du divertissement à des millions de dollars ou un film indépendant à 700 000 euros, tout le monde fait le maximum pour préserver son activité, sauvegarder son emploi, en un mot gagner de l'argent, pour être à l'équilibre sur le bilan de fin d'année.
Car le succès ou semi succès d'un film pour un distributeur de films sert à proposer le suivant.
Et si ça flop, tempi puisque la distribution s'appuie aussi sur le coup de coeur et l'envie de faire découvrir une perle expérimentale au plus grand nombre.
Ce contexte posé, revenons à Mégarama.
Un cinéma se trouve dans une zone de chalandise, pour vulgariser c'est une zone étendue sur X kilomètres où l'on connait le nombre d'habitants et donc le public potentiel dans un rayon de 30 min en voiture.
Pour un exploitant de cinéma, avoir le film en sortie nationale, ça veut dire avoir le film le mercredi de sa sortie dans sa salle.
Et "apparemment" Mégarama mettrait la pression aux distributeurs en leur disant "si vous donnez le film en 1re semaine à la petite salle locale qui pratique des tarifs à 6 ou 7 euros la place, nous on ne passe pas votre film !", "ou si vous nous donnez le film, merci de ne pas le donner en même temps au cinéma de quartier".
Alors spoilers alerte, ce type d'arrangement existe depuis très longtemps.
Après, reparlons du taux à 50%, le distributeur touche la moitié du prix du billets. Il a donc intérêt à programmer son film dans un cinéma qui pratique des prix plus élevés car ses recettes n'en sont mécaniquement que meilleur.
Oui, le multiplex peut tiquer à voir le petit cinéma qui est à 20 min diffuser le film pour 7 euros, avec moins de séances par semaines, et une exposition souvent convenue à 2 semaines. Là où lui doit faire en une journée, le nombre de séances que l'autre ne fera pas par semaine.
Car la petite salle est souvent toujours classée art et essai, et en contrepartie de diffusion de films faisant peut d'entrées se voient attribuer une subvention en compensation et en remerciement du soutien. Ajouter à ça, le cinéma municipal, associatif... se voit attribuer certaines subventions, soit du ministère, soit de la municipalité, de la régions ou la communauté de communes.
Les chaines de multiplex, elles peuvent se voir attribuer la subvention art et essais, si elle est classée, en sachant que sans porter de jugement sur les films, les séances art et essais sont des séances avec peu de spectateurs,trices.
Si à la fin de l'année, le multiplex privé n'est pas à l'équilibre, c'est pas la municipalité qui viendra combler le déficit.
Vu le contexte actuel chronologie des médias, plateformes VOD, changements des habitudes, les gros complexes souffrent d'une baisse de fréquentation. Et leur rentabilité ne dépendent que de leurs accès aux gros films. Le reste des marges s'appliquent sur les ventes de confiserie, souvent premier poste de revenu pour un grand établissement.
Alors oui, dans ce contexte Mégarama dit avoir besoin de chaque tickets, à vous de voir si c'est entendable.
Pourquoi des séances plus chers dans les multiplex ?
Un projecteur numérique laser grande capacité 90 000 euros, électricité, clim, chauffage, remplacement plus fréquent du matériel (amplis, processeur son, fauteuils...), impôts sur les bénéfices, charges de personnel plus important et j'en passe.
Tout cela pour un grand cinéma doit être financé par les ventes de conf, et la moitié du prix du billet qu'il leur reste.
Des commissions sur les ventes en ligne ? Oui, la solution dématerialisée ça coute chers.
Ta petite salle de proximité, son implantation est souvent une volonté des élus de ton territoire, et en fin d'année son budget est votée à l'avance, une provision pour l'amener à l'équilibre, et le classement art et essais ? Une salle quasi vide, oui mais en contrepartie d'un virement non négligeable tous les ans.
C'est génial, cela permet de créer une diversité de programmation, de proposer à l'affiche les mêmes films d'auteurs que dans les cinémas art et essais de grandes villes.
Les débats, les festivals, les soirées spéciales permettent de vivre une expérience interactive, et il convient de défendre aussi que la salle de cinéma est aussi un lieu de rencontres, et pas une salle où l'on entre et on sort pour "juste avoir vu".
Une salle premium dans un multiplex, c'est un gros poste d'investissements. La fin de la lampe Xénon qui a ouvert la voie à la projection laser plus qualitative et moins énergivore a aussi sonnée le début de l'obsolescence programmée.
Une lampe, ça se changeait, les blocs ventilos ? Tous les
20 000h ça se changeait ! Avec la projection laser au bout de
40 000h c'est fini, et c'est le projecteur que l'on change.
Pour un gros cinéma qui fait 6 séances par jour voir plus tu comptes 6 à 8 ans.
Les fauteuils cuirs confort
Ce facteur qui est entièrement nouveau, car oui un projecteur argentique était quasi immortel un peut d'huile, des courroies neuves, un peu de graisses et ça durait 40 ans.
Un projecteur numérique dont la lampe avait une durée de vie limitée certes peut durer 20 ans.
Là c'est 8 ans maximum, tu diminue si 3D souvent.
Et le prix d'un fauteuils en cuir de la salle premium ? 5 ans d'économies pour quelqu'un payé au-dessus du Smic.
Face aux changements, les grosses salles ont misé sur l'expérience de confort d'image et de son que l'on ne peut pas retrouver à la maison. Alors oui, en tant que grosses structures, ils ont les épaules pour le proposer, mais c'est un endettement dont il faut honorer le remboursement, d'où la majoration dans la majorité des cas.
Le cinéma de proximité, avec un projecteur moins puissant avec un écran plus petit, la source laser durera plus longtemps, et le jour où besoin d'investissements, les élus et les subventions sont là. Ton cinéma de quartier est souvent moins regardant sur le fauteuils un peut défraichi, le changement de l'écran conseillé à intervalles régulier.
Mégarama défend son modèle économique, et de l'autre côté la petite salle qui n'a pas accès aux films ne fait pas de recettes, ce qui ne l'arrange pas non plus.
Après, les directions des petites salles sont souvent des profils motivés par le projet culturel, la défense de l'art et essais. Car c'est à la foi leur mission culturelle, et aussi les objectifs de subventions allouées pour l'équilibre financier de la structure.
Mégarama a donc laisser échapper qu'il juge un peut injuste que des salles plus petites, qui ont moins de charges, touche quasiment tout le temps des subventions qui les amènent à l'équilibre, et ceux en privilégiant un pourcentage de séances qui tourne quasiment à vide, ponctué par le fait que leur prix du ticket rapporte peu aux distributeurs des films.
Dans cette relative réalité, le groupe met en avant le fait qu'il serait économiquement préférable de privilégier les grandes structures, qui sont plus fragilisées que les petites depuis le Covid et ne se voient pas allouer des subventions locales pour arriver à l'équilibre.
Dans le même temps, la recherche et l'élaboration des salles premium représentent des investissements que la salle de proximité n'a pas à endosser.
De plus, ce type d'ERP à jauges plus conséquentes doit honorer une imposition que la petite salle n'a pas à supporter.
Face à ce constat, Mégarama pointe juste du doigt qu'il a besoin des 160 entrées semaine de la petites salles en 1re semaine pour augmenter sa possibilité de se rapprocher de l'équilibre en fin d'années.
Oui mais les grands groupes ont les affiches gratuites !!
Il y a eu des avancées en ce sens ces dernières années, Disney et Universal proposent leurs affiches gratuitement quelque soit la taille de la structure (sauf exception).
Je suis pour l'accès aux films pour tous et partout, mais il faut entendre la voix de grandes entreprises privées qui sont soumises à l'aléatoire du marché des sorties de films, et qui en cas de coup dur, ne sont pas toujours soutenue par des subventions.
Les habitués de la salle de proximité sont généralement plus volontaire à patienter une ou deux semaines pour découvrir une grosse nouveauté, car ils choisissent le lieu avant le film.
L'Augmentation du nombre de séances hebdomadaires demandées aux petites salles sont souvent mal perçues par la petite et moyenne exploitation.
Mais le multiplex, lui aussi, se plie à des séances et des horaires anecdotiques pour respecter son contrat de location de copie, et ceux dans le but de répondre aux attentes de ses cinéphiles et à celle du distributeur.
Chaque distributeur, pour chacun de ses films est totalement libre du plan de sortie, et des salles auxquelles il attribut les copies en première semaine et au-delà.
Il peut privilégier le multiplex et le cinéma de centre-ville, ou seulement la salle art et essais capable de faire performer un titre en particulier, en fonction de la situation.
Certains distributeurs imposent aussi un tarif minimum pour les séances CE et de groupes scolaires.
La tarification imposée existe également sur les contenus alternatifs (concerts, opéra ext...)
Dire que la grande exploitation souffre plus de la baisse de fréquentation en dépit de ses investissements et de ses charges toujours plus importante par rapport à la salle associative, ce n'est pas exagéré, c'est la réalité d'aujourd'hui.
Mais un cinéma qui ne propose pas les films que les gens ont envie de voir et un cinéma qui souffre, et il n'est pas en mesure de remplir son rôle, et c'est aussi ce que vit la petite exploitation, c'est vrai aussi.
Cependant, bien que la situation soit fragile dans les deux cas, une salle associative, communal, ou inter communal ne risque quasiment pas le dépôt de bilan, si la municipalité accorde de l'importance à la culture.
La direction des petites salles doit trouver l'équilibre entre hits et respecter un quota de gain de subventions.
La direction d'un multiplex a la pression quotidienne de la performance, du réajustement du prix du pop-corn et ainsi de sa marge pour viser l'équilibre en fin d'année.
Cette direction risque la mutation ou l'éviction si les performances ne sont pas atteintes, là où la direction de la petite salle risque quelques remarques si la subvention baisse pour un motif autre que "l'état à fait des coupes".
Et où on défendra le concept de la salle presque vide au motif de l'exception culturel.
Il y a donc un fossé entre ses deux réalités de gestion que le spectateur lambda ne soupçonne pas.
Chacune et chacun doit en conséquence choisir sa salle de cinéma, par plaisir, et pour le découvrir dans les conditions qu'il/elle juge optimales.
Il ne s'agit pas là de trancher sur qui a raison ou tord, il en va simplement de reconnaitre qu'une entreprise privée, si elle fait plus de bénéfices n'a en revanche pas la sécurité de l'équilibre financier. Et d'un point de vue comptable, comment en vouloir à Mégarama ?
Après la question de la découverte en première semaine est parfois un faux débat. Michael en 3è semaine, pour moins chers avec moins de monde, et avec quelques Vo la semaine ? Beaucoup signent ! Et tempi pour les spoils tik tok.
Et d'autres veulent y être day one avec la même excitation que quand on se connecte sur ticket master, et pouvoir lire les critiques spectateurs sur Allociné, et celle de Merej qui poste ses avis très tôt.
Le public est varié, mais il est présent, chaque type de structure se bat pour continuer à exister avec les leviers qui sont les siens.
Est-ce que le projet d'une nouvelle subvention pour la grande exploitation serait une idée recevable ?
Le prix d'une séance Imax? Quand on connait les coulisses et ce que cela implique, c'est à mes yeux justifié.
Il y a une marge sur tout, mais votre cinéma marge moins fort que l'état sur votre carburant.
L'Etat lui s'accorde des recettes pour un budget bien loin d'être équilibré, donc le cinéma et les exploitants peut importe leur taille font du bon travail !
Et les révélations du bras de fer que Mégarama applique, ça fait partit des négociations quotidiennes, Mégarama injecte sa part dans l'écosystème si bien rodé que propose notre pays, en matière de partage des recettes et d'autofinancement de nos films.
Doit-on lui en vouloir de tenter d'accroitre son positionnement pendant que les petits cinémas sont encore soutenus par L'Etat ?
L'Important c'est de continuer d'aller au cinéma, petites salles ou multiplex, ce qui compte c'est de profiter d'une toile.