Au cours de ces quinze dernières années, le Monde est incontestablement entré dans l'ère de l'anti-terrorisme. Après la décolonisation, les polices des sociétés contemporaines ont mis à profit les acquis sécuritaires des guerres coloniales pour les recycler dans le maintien de l'ordre « démocratique ». Et tou-te-s celles et ceux qui aujourd'hui contestent cet ordre doivent être traité-e-s comme te
rroristes. La nuance n'existe plus. Après les défaites cinglantes des impérialistes lors de la décolonisation s'est développée l'idée que la guerre pouvait être propre, et surtout qu'elle pouvait se livrer partout, y compris au cœur de la société. Les expériences contre-insurrectionnelles des guerres d'Indochine, d'Algérie ou du Vietnam, ont servi à élaborer des doctrines policières adaptables à toutes les formes de sociétés, contre celles et ceux qui menacent leur stabilité. Dans cette guerre de basse intensité que les États démocratiques livrent à leurs populations récalcitrantes, les techniques de contre-guerilla servent de support au maintien de l'ordre. Tandis que les armées opèrent des « frappes chirurgicales » sur les terrains de guerre, avec l'idée qu'il ne faut plus envoyer de soldats au contact, les polices agissent de même en privilégiant le « maintien à distance » des manifestant-e-s. C'est la doctrine française du maintien de l'ordre. Les années 2000, c'est donc la généralisation des armes dites « non létales ». C'est surtout la généralisation d'un paradoxe : il existerait des armes offensives qui ne tuent pas mais neutralisent. Fusils qui ne tuent pas, grenades qui ne tuent pas, balles qui ne tuent pas. Mais la police tire à vue. Depuis le sommet sur l'immigration à Vichy en 2008 et celui de l'OTAN à Strasbourg en 2009, nous étions de plus en plus nombreuses-x à avoir été blessé-e-s par des armes de police au cours de manifestations, mais il a fallu que certain-e-s de nos ami-e-s aient les jambes incrustées de débris métalliques lors du weekend de résistance anti-THT du Chéfresne en juin 2012 pour que nous nous décidions à creuser la question des armes. Il nous semblait important que chacun-e connaisse mieux, pour y faire face, les armements qui nous menacent et nous mutilent. Nous dédions nos efforts à tout-e-s celles et ceux qui gardent en eux les marques indélébiles de la répression policière et à tout-e-s celles et ceux qui continuent de croire en la nécessité de se révolter.